Comment les secours luttent contre les baignades sauvages à Cergy-Pontoise

A vélo, en bateau ou avec un drone, les agents de prévention, surveillants de baignade et secouristes essayent de faire respecter le règlement comme ils le peuvent. Et éviter des noyades mortelles, comme le samedi 8 août dernier.

 Neuville-sur-Oise, samedi 15 août. À bateau, en vélo ou par drone, les agents de l’île de loisirs luttent contre la baignade interdite.
Neuville-sur-Oise, samedi 15 août. À bateau, en vélo ou par drone, les agents de l’île de loisirs luttent contre la baignade interdite. LP/V.T.

Le secouriste de l'île de loisirs de Cergy-Pontoise s'arrête devant un bout de plage en terre, où un arbre, couché, trempe dans l'eau. C'est ici, il y a trois semaines, que Vincent et deux collègues ont sauvé un homme, âgé de 25 ans, de la noyade. « Il était sur le bord, il est tombé. Sauf qu'ici, il y a une profondeur de 4 m. Quand vous ne savez pas nager, ça peut être fatal, souligne le pompier professionnel. Il a eu de la chance. »

Un autre nageur imprudent n'a, lui, pas pu être sauvé le samedi 8 août. L'homme de 34 ans s'était aventuré dans le lac des Cayennes, interdit à la baignade, avant de se noyer. Ces drames, qui se répètent d'année en année malgré les affichages et la prévention, la direction de l'île de loisirs tente, tant bien que mal, de les empêcher.

Comment les secours luttent contre les baignades sauvages à Cergy-Pontoise

A vélo, en bateau ou avec un drone, les agents de prévention, surveillants de baignade et secouristes essayent de faire respecter le règlement comme ils le peuvent. « Nous pouvons demander aux gens de sortir de l'eau, expliquer la dangerosité, mais après? Les gens doivent être responsables et écouter », insiste Stéphane Vanroy, régulateur et responsable secours sécurité, les yeux rivés sur les images des caméras de vidéosurveillance.

«Les drames arrivent par manque de vigilance des parents»

Sur le bateau pneumatique, Vincent navigue sur le plan d'eau de 5 ha. Le pompier professionnel, lunettes de soleil sur yeux, observe les rivages à la recherche d'un nageur imprudent dans l'eau. « Il y a des endroits plus sensibles que d'autres », glisse-t-il. Il passe ainsi, lentement, au niveau du fort, scrute le débarcadère d'où partent canoës et paddles, avant de plisser les yeux aux abords de la plage dite « terre-neuve ».

Comment les secours luttent contre les baignades sauvages à Cergy-Pontoise

Au talkie-walkie, le secouriste alerte ses collègues de pique-nique sur la plage ou de barbecues sauvages, rappelle les règles élémentaires de sécurité aux kayakistes et amateurs de paddle qu'il croise. Mais aucun baigneur imprudent à l'horizon. « On ne va pas s'en plaindre ! lance Vincent. Peut-être que les gens n'osent plus après les drames… qui sait ? » Les maigres éclaircies ne suffisent visiblement pas à prendre le risque de braver l'interdit.

A l'espace baignade, Majide, chef de poste, s'apprête à s'installer sur sa chaise haute alors que l'heure du déjeuner approche. Avec trois collègues, le surveillant de baignade va veiller sur les quelque 2 500 personnes venues profiter de l'eau.

« Ça va, c'est une petite affluence, on peut avoir 6000 personnes quand il y a la canicule. Le danger, c'est un gamin isolé se noie sans que l'on s'en aperçoive. Souvent, les drames arrivent par manque de vigilance des parents », fustige le maître nageur.

Comment les secours luttent contre les baignades sauvages à Cergy-Pontoise

Sur son vélo, Mathieu, agent de prévention reconnaissable à son t-shirt orange, a lui la charge de surveiller les plans inaccessibles en bateau. Dont l'étang des Cayennes. « C'est très compliqué. Je ne peux que leur dire de sortir de l'eau, parfois ils s'énervent ou nous défient du regard, souffle l'étudiant de 24 ans. On peut répéter les mêmes choses, encore et encore, si les gens veulent se mettre en danger… »

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Les gens «ne comprennent pas»

Saisonnier à l'île de loisirs depuis six ans, Mathieu regrette le manque d'évolution dans l'état d'esprit des visiteurs. « Ils ne comprennent pas, déplore-t-il. Mais cela a tendance à s'arranger, la direction met les moyens. Il y a plus de caméras de vidéosurveillance qu'avant par exemple [80 caméras, contre 30 en 2017]. Nous aussi, nous faisons plus attention. » En ce samedi, l'agent de prévention ne surprendra personne s'aventurer dans l'étang interdit.

Comment les secours luttent contre les baignades sauvages à Cergy-Pontoise

En milieu d'après-midi, le soleil pointe le bout de son nez et la température grimpe. Au poste de secours et sécurité Stéphane Vayron décide de sortir le drone. S'il aperçoit des baigneurs imprudents, Stéphane peut délivrer un message enregistré à travers l'engin. « Cela nous permet d'agir à distance et d'avoir une vision globale, avec des yeux un peu partout », appuie le régulateur.

Avec sa télécommande, Stéphane survole les mêmes lieux « sensibles » visiter en bateau par Vincent quelques minutes plus tôt. Sur les images aériennes, sublimes, toujours aucun nageur. Le secouriste zoom quand une tâche provoque le doute… Mais rien. « Bon, visiblement il ne fait pas assez beau pour eux, lance, surpris, le régulateur. Je ne me fais pas d'illusion. Dès qu'il y aura un grand soleil, on recommencera à faire la police. »