Comment les entreprises du Val-d’Oise s’adaptent au Brexit

Les entreprises val-d’Oisiennes travaillant avec le Royaume-Uni ont dû changer le 1er janvier leur méthode de travail, avec plus ou moins de bonheur, le Brexit étant passé par là : démarches administratives, douanes…

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 Illustration. Un ferry arrive au port de Ouistreham début janvier. Les camions qui en descendent étaient les premiers à se confronter aux nouvelles règles du Brexit.
Illustration. Un ferry arrive au port de Ouistreham début janvier. Les camions qui en descendent étaient les premiers à se confronter aux nouvelles règles du Brexit. LP/Esteban Pinel

« Au 1er janvier, nous ne connaissions pas les règles. Alors l'après-Brexit, je ne le connais pas trop. » Pascal Théry, le patron de la société de transport Challenge intercontinental Express, installée à Saint-Witz, vit « une période de mise en place chagrinante » Depuis que le Royaume-Uni a quitté l'Union européenne, son organisation de travail a quelque peu changé.

« Il faut tout prévoir », souligne le transporteur dont 5 à 10 de ses camions se rendent quotidiennement Outre-Manche. « La réinstauration de la douane, ce sont avant tout des contraintes administratives. Au même titre qu'une personne doit présenter son passeport, nous nous devons avoir un document douanier indiquant quelles marchandises, quels poids, quelles valeurs fiscales pour chacun des colis de chaque camion, explique le dirigeant.

C'est seulement quand tout est à jour, quand tout le monde, expéditeur et destinataire ont montré patte blanche, que le camion peut partir. Cela demande une mise en place colossale », poursuit le patron de cette entreprise familiale, qui compte 120 salariés.

Dans ces conditions, pas question de charger un colis à la dernière minute. « Il y a une perte de chiffre d'affaires, car parfois nous aurions la place pour mettre une palette, un colis de plus, mais faute de document administratif, ce n'est pas possible. Cela nous bloque dans la capacité de chargement », souligne Pascal Théry, qui a recruté deux personnes pour les formalités douanières et l'organisation des camions.

«Ce n'est pas plus compliqué qu'avant, ni plus simple, c'est juste différent»

A contrario, Chez OEM Services à Roissy, une entreprise spécialisée dans la logistique de l'import-export pour les compagnies aériennes, on est finalement plutôt agréablement surpris. « Jusqu'à début décembre, il y avait beaucoup d'incertitudes. Alors en lien avec nos clients anglais, nous avions mis en place des systèmes douaniers alambiqués, explique Damien Roger, le directeur logistique. Mais le dernier accord a simplifié ce qui avait été anticipé pendant des mois et, finalement pour notre secteur d'activité, ce n'est pas plus compliqué qu'avant, ni plus simple, c'est juste différent ».

Le groupe ne souffre donc pas des files de camions tant redoutées. « On est même un peu surpris que ça se passe si bien, poursuit Damien Roger. Mais on reste vigilant car aujourd'hui, l'activité en raison du Covid n'est pas du tout celle que l'on aurait connue il y a un an, il y a une forte baisse. » 40 % dans le secteur de l'aéronautique depuis mars. Une tendance qui fut rapide mais restée stable depuis.

L'entreprise, qui compte une centaine de salariés sur son siège social de Roissy et quatre autres antennes dans le monde, a donc déjà les yeux rivés vers l'après Covid. « On verra comment ça se passe à ce moment-là surtout si l'activité reprend d'un coup. Mais on a fait un gros travail déjà pour s'adapter et prévoir la remonter en charge ».

«On change de procédure»

Le Brexit a eu peu de conséquences pour Etna industrie. Basée à Argenteuil, cette société fabrique des équipements de régulation des fluides (soupapes de sécurité, détendeurs, régulateurs de pression, commandes hydrauliques pour disjoncteur haute tension, etc.) Si elle réalise 40 % de son chiffre d'affaires à l'export, le Royaume-Uni représente moins de 5 % de ses clients étrangers.

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« Avec le Brexit, on change de procédure, indique Carole Gratzmuller, la dirigeante de l'entreprise. Avant on pouvait expédier nos produits comme on voulait. Selon les produits qu'on exporte, désormais il peut y avoir des droits de douane. ». Les trois quarts des produits de la société en sont exemptés. Pour les autres produits, il est possible d'obtenir une exonération en mentionnant l'origine européenne des produits, si ces exportations font partie de l'accord Brexit. En produisant en Europe, avec des matières premières européennes, Etna dispose d'un avantage. Par ailleurs, la société a dû obtenir un numéro d'exportateur enregistré (REX), pour pouvoir expédier Outre-Manche des produits d'une valeur supérieure à 6 000 €.