Comment le café de la mairie à Auvers-sur-Oise est devenu la mythique maison de Van Gogh

Régine Tagliana raconte dans un livre comment ses parents Micheline et Roger ont participé à la renaissance de l’auberge dans laquelle avait séjourné le peintre Van Gogh.

 Auvers-sur-Oise. L’auberge Ravoux, où vécut Vincent Van Gogh, est devenue un lieu incontournable pour les touristes, désireux d’en savoir plus sur le peintre.
Auvers-sur-Oise. L’auberge Ravoux, où vécut Vincent Van Gogh, est devenue un lieu incontournable pour les touristes, désireux d’en savoir plus sur le peintre.  LP/Thibault Burban

C'est aujourd'hui un lieu mythique. Central dans le paysage touristique auversois. Et pourtant, au début des années 1950, l'auberge Ravoux n'était rien d'autre qu'un café réputé malfamé, dans lequel rares étaient les habitants qui osaient mettre un pied. La renaissance de cette bâtisse, aujourd'hui connue dans le monde entier par les amateurs de peinture, est liée à la détermination d'un couple. Micheline et Roger Tagliana ont tenu l'établissement pendant plus de trente ans. Et ils ont réussi à transformer le « café de la mairie » en « maison de Van Gogh ». Un site accueillant de nombreux artistes et capable d'attirer les plus grandes vedettes du showbiz, aussi bien que les retraités du coin pour l'incontournable partie de cartes du matin.

Régine Tagliana-Ullrich raconte dans un livre comment ses parents ont repris l’auberge dans laquelle s’est éteint Van Gogh pour en faire un lieu mythique. LP/Marie Persidat
Régine Tagliana-Ullrich raconte dans un livre comment ses parents ont repris l’auberge dans laquelle s’est éteint Van Gogh pour en faire un lieu mythique. LP/Marie Persidat  

Le couple Tagliana reprend le café en 1952

Pour que cette longue page de l'histoire d'Auvers ne soit pas oubliée, la fille des aubergistes Régine Tagliana-Ullrich, vient d'éditer un livre. « Je voulais graver l'histoire de mes parents dans le marbre », sourit celle qui a grandi à l'auberge et qui vit toujours dans la commune où elle se consacre aujourd'hui à la peinture. « J'ai rassemblé tous les documents, j'avais des caisses pleines car Papa gardait tout. » Régine a ensuite raconté l'incroyable saga de sa famille à Evelyne Demory-Dupré, auteur de livres sur le patrimoine, qui s'est chargée de la raconter. Le texte est émaillé de multiples photos, reproductions d'œuvres et de documents, plantant le décor de ce lieu décidément pas comme les autres.

Roger et Micheline Tagliana dans le café qu’ils ont repris à Auvers-sur-Oise. DR
Roger et Micheline Tagliana dans le café qu’ils ont repris à Auvers-sur-Oise. DR  

Pourtant en 1952, Micheline et Roger Tagliana cherchaient juste une affaire à reprendre. Ils géraient alors un bar à Boran-sur-Oise (60). Mais le hasard fait que Roger, passionné de foot, est nommé entraîneur de l'équipe d'Auvers. Alors pourquoi ne poser ses valises au centre de la bourgade… Le couple ne connaît pas spécialement ce Van Gogh dont le nom figure sur la petite plaque commémorative, au milieu de la façade du café de la mairie. Les débuts sont difficiles dans cette auberge qui n'est même pas encore reliée à l'eau courante. « Pendant longtemps, mon père a été obligé de travailler de nuit à Paris dans une brasserie pour faire vivre la famille », explique Régine.

Le film de Minelli propulse Auvers sur le devant de la scène

Mais les Tagliana sentent qu'un autre destin attend ce lieu situé juste en face de la mairie. Ils voient bien qu'Auvers accueille toujours une colonie d'artistes, que des spécialistes de la peinture viennent en pèlerinage. Et ils savent écouter. Notamment les conseils d'un collectionneur, Pierre Bourut qui fréquente l'auberge. Roger se met alors à organiser des expositions d'art qui peu à peu s'imposeront jusque dans le milieu parisien.

« C'était un organisateur né, reconnaît sa fille. Et ma mère assurait la logistique. C'était une très bonne cuisinière. » Tous les ingrédients du succès sont désormais réunis. Le tournage sur place du film de Vincente Minelli avec Kirk Douglas dans le rôle de Van-Gogh sera l'étincelle. Nous sommes en 1955, la même année, les Tagliana décident d'ouvrir la chambre du peintre au public. Le film de cinéma a un tel retentissement qu'il met l'artiste hollandais et Auvers-sur-Oise sur le devant de la scène. C'est une autre vie qui commence pour Micheline et Roger.

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De Chabrol à David Bowie

Les peintres de ce qu'on a appelé « l'école de Pontoise » (Charles Matton, René Blanc…) y exposent régulièrement. L'acteur Daniel Gélin vient lire des poèmes à l'auberge à l'occasion du centenaire de la naissance de Vincent Van Gogh. Et dans son sillage, ce sont de nombreuses personnalités de la Nouvelle vague qui s'approprient le lieu. Gérard Blain, Bernadette Lafont, Jean-Claude Brialy mais aussi Claude Chabrol puis Claude Lelouch aiment venir ici.

Dans les années 1970, un tout autre genre de vedettes s'entichera du café. Le site n'est en effet qu'à quelques kilomètres du château d'Hérouville et de son studio d'enregistrement. L'auberge verra alors défiler les membres du groupe Pink Floyd, David Bowie ou encore Johnny Hallyday. « Ils finissaient d'enregistrer à minuit, ils venaient alors à Auvers et ma mère se remettait aux fourneaux pour eux », explique Régine.

Micheline travaillera sans relâche jusqu'en 1986. Cette année-là, déjà veuve, elle rend son tablier. Sans se retourner. Elle peut en effet prendre sa retraite tranquille : le destin de l'auberge est désormais tracé. Le site occupe une place de choix dans le cœur des amoureux de la peinture et des touristes. La suite, c'est Dominique Janssens qui l'écrira. Mais c'est une autre histoire.

Du café de la mairie à la Maison de Van Gogh de Régine Tagliana-Ullrich, Evelyne Demory-Dupré, 87 pages, 20 €, en vente dans les librairies la 23e marche à Auvers-sur-Oise, Lettres et merveilles à Pontoise, à l'atelier de Régine rue Daubigny.