Cergy-Vauréal : les escrocs utilisaient de fausses ordonnances de l’hôpital Tenon à Paris

Deux hommes ont été interpellés, suspectés d’avoir tenté de se faire délivrer des médicaments anticancéreux très coûteux, pour plusieurs milliers d’euros de préjudice, dans le cadre probable d’un trafic international.

 Vauréal, ce vendredi. L’un des suspects s’était présenté avec une fausse ordonnance pour se faire délivrer un médicament anticancéreux, valant 4 760 euros la boîte.
Vauréal, ce vendredi. L’un des suspects s’était présenté avec une fausse ordonnance pour se faire délivrer un médicament anticancéreux, valant 4 760 euros la boîte. LP/Frédéric Naizot

Les ordonnances étaient douteuses et ne sont pas passées inaperçue dans les pharmacies de Vauréal et du Bontemps, à Cergy. Deux hommes ont été interpellés par les services de police pour avoir tenté de se faire remettre des médicaments anticancéreux extrêmement coûteux, valant plusieurs milliers d'euros la boîte. Cette pratique frauduleuse se répète en France depuis plusieurs mois, toujours avec les mêmes ordonnances falsifiées à l'en-tête de l'hôpital Tenon, à Paris (XXe).

Les policiers de la sûreté départementale du Val-d'Oise ont été saisis de l'enquête après la plainte déposée par la pharmacie du Bontemps, à Cergy-Saint-Christophe. Le 8 septembre dernier, un client régulier de l'officine s'était présenté avec une ordonnance émanant de l'hôpital Tenon et avec sa carte Vitale personnelle. Il souhaite se faire délivrer des préparations médicales destinées au traitement du cancer, d'une valeur totale de 12 000 euros. Des médicaments qui ne lui ont pas été fournis par la pharmacie qui a alerté la police.

Les enquêteurs ont rapidement appris auprès de l'hôpital parisien qu'un lot d'ordonnances avait été dérobé puis utilisé dans un premier temps dans la capitale, puis sur l'ensemble du territoire français.

Les deux individus reconnaissent les faits

Âgé de 30 ans, défavorablement connu des services d'enquête du Val-d'Oise, cet habitant de Cergy a été rapidement identifié du fait de l'utilisation de sa carte Vitale, et placé en garde à vue. Il a reconnu les faits sans difficulté, tout en précisant avoir agi pour le compte d'un commanditaire, contre rémunération. Il serait entré en relation avec celui-ci via les réseaux sociaux. Selon la caisse primaire d'assurance maladie, contactée par les enquêteurs, il s'agissait de sa seule tentative.

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Le 22 septembre dernier, des faits identiques se sont produits à quelques kilomètres de là, à la pharmacie de la Bussie, à Vauréal. Un homme âgé de 35 ans, habitant la commune, qui se révélera également connu des services de police, s'est présenté avec une ordonnance de l'hôpital Tenon. Il voulait se faire délivrer une boîte de Lynparza 50 mg, un médicament anticancéreux, valant 4 760 euros la boîte. Il a été également interpellé par la sûreté départementale après cette tentative, également unique, et placé en garde à vue. Il aurait partiellement reconnu les faits.

Les deux suspects, poursuivis pour tentative d'escroquerie, vont faire l'objet d'une audience de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC) devant le tribunal judiciaire de Pontoise, en janvier et en février 2021.

Des ordonnances volées à Tenon et utilisée partout en France

À Perpignan au mois de mars dernier, mais aussi, auparavant, à Toulouse ou Nantes, ces mêmes faits se sont produits avec les mêmes ordonnances provenant du même hôpital parisien. Celui-ci a déposé par moins de 180 plaintes pour des usages frauduleux d'ordonnances falsifiées, sur toute la France. Les suspects se faisant délivrer des médicaments anticancéreux ou anti-hépatite C, dont le tarif va de 1 700 euros à 15 000 euros la boîte.

L'Union des syndicats de pharmacien d'officine, l'USPO, a diffusé un message d'alerte en décembre 2019 pour avertir les pharmaciens de ce trafic. « Les ordonnances ont été volées dans le service du Professeur G. Amarenco, chef de service à l'hôpital Tenon, à Paris. L'hôpital Tenon a déjà porté plainte. Nous vous recommandons d'être extrêmement vigilants face à ces ordonnances et d'appeler, en cas de doute, le prescripteur ou l'hôpital avant de délivrer et de facturer à l'Assurance maladie », indique le syndicat.

« Au-delà des risques de santé publique liés à la distribution non contrôlée de produits pharmaceutiques (destinées à des pathologies lourdes), ce type de faits génère un préjudice très élevé pour l'assurance maladie, et peut impacter la disponibilité des traitements en entraînant de fait une pénurie », ajoute pour sa part la direction de la police du Val-d'Oise.

« La collecte de médicaments via ces escroqueries alimente un trafic de médicaments, lesquels sont revendus à l'étranger par des réseaux criminels, ajoute-t-elle. Ces derniers recrutent des petites mains à qui ils fournissent les fausses ordonnances, via les réseaux sociaux comme Snapchat, et qui se chargent de récupérer les produits directement dans les pharmacies. »