«C’est un film engagé, c’est un cri» : le confinement, source d’inspiration pour Francis Renaud

Le long-métrage réalisé par l’acteur dans le Val-d’Oise, intitulé « Première ligne », a été sélectionné au festival Polar de Cognac. Il y sera projeté en compétition officielle et s’inspire directement de la crise sanitaire.

 Le film « Première Ligne » a été tourné entièrement au smartphone durant le confinement par l’acteur Francis Renaud.
Le film « Première Ligne » a été tourné entièrement au smartphone durant le confinement par l’acteur Francis Renaud. DR

« J'espère que ce film prendra les gens aux tripes. » L'acteur Francis Renaud partira prochainement pour Cognac, avec dans ses bagages un long-métrage détonnant. Le comédien l'a tourné durant toute la période du confinement qu'il a passée à Vétheuil. « Première ligne » raconte l'histoire d'une enfant de 9 ans qui se retrouve confinée avec sa maman, aide-soignante. Les personnages sont tout simplement interprétés par celles avec qui Francis Renaud a vécu cette période d'enfermement si particulière : sa propre fille Eva-Rose et son ex-compagne Jennifer Miramont, ancienne actrice devenue secrétaire médicale.

A tout point de vue, ce film est un « ovni », comme le reconnaît l'acteur connu pour ses nombreux rôles dans des films policiers comme « 36 Quai des orfèvres » ou « MR73 » d'Olivier Marchal. Francis Renaud a filmé avec un smartphone, s'inspirant au jour le jour de l'actualité et du vécu de sa famille.

« La nuit je ne dormais plus, j'étais en ébullition »

Il était loin de se douter, au mois de mars, que ce réflexe de passionné de cinéma donnerait naissance à un long-métrage. « Quand le confinement a été annoncé, Jennifer m'a proposé de revenir à Vétheuil (NDLR : où il a vécu durant dix ans), j'ai juste pris un sac et je suis parti », raconte celui qui est installé depuis peu à Vernon (Eure) à quelques kilomètres de là. « À la radio, j'ai entendu qu'on lançait un concours de court-métrage sur le thème du confinement. Je me suis dit, on va s'amuser. Et puis cela a dépassé le court. Je filmais tous les jours. Je faisais script, décorateur, je veillais aux raccords, c'était intense. La nuit je ne dormais plus, j'étais en ébullition. »

Des plans ont aussi été tournés en extérieur, notamment dans le Vexin. DR
Des plans ont aussi été tournés en extérieur, notamment dans le Vexin. DR  

Francis Renaud avait déjà réalisé un film en 2000, racontant l'itinéraire de trois jeunes gens dans une vallée minière de l'Est de la France. Il n'avait pas touché à la caméra depuis vingt ans.

L'acteur, à la sensibilité exacerbée, avait très envie de se remettre à la réalisation pour exprimer ses angoisses, ses colères aussi. « C'est un film engagé, c'est un cri », explique-t-il. Choqué par l'histoire d'une aide-soignante qui avait reçu des menaces de ses voisins en pleine épidémie de Covid-19, il s'est inspiré de ce fait divers pour construire son intrigue.

« J'ai voulu rendre hommage au milieu médical. » Francis Renaud endosse lui-même le rôle d'un policier, une autre « profession qui se fait beaucoup taper dessus ».

Sa fille de 9 ans tient le premier rôle

Mais le personnage central de ce film, c'est bien Eva-Rose, qui se réfugie dans la lecture et dans les jeux de sa console, pour tenter d'oublier ce monde devenu insupportable. Guidée par son père, elle joue avec toute la spontanéité de ses 9 ans. « Ce film est totalement libre. J'aime beaucoup l'improvisation quand elle est intelligente, cela peut être remarquable quand elle est tenue. » Enfermé à Vétheuil, Francis Renaud a décidé de faire des contraintes imposées par le confinement un véritable atout.

« Première ligne » est ainsi tourné selon le principe du Dogme95, le manifeste prônant un cinéma dépouillé édicté par Lars Von Trier (« Les Idiots ») et Thomas Vinterberg (« Festen »). Une seule caméra, pas de maquillage, pas d'effet. « J'ai juste joué un peu sur la lumière ambiante », confie le comédien.

1500 clips montés au fur et à mesure

Au fil des jours, la petite équipe a aussi tourné en extérieur, notamment à l'hôpital d'Aincourt ou celui de Vernon, ou encore au supermarché Carrefour de Limay (Yvelines). « La nature est aussi très présente. J'ai été cherché de magnifiques couchers de soleil à Vétheuil. » Au total, Francis Renaud a filmé 1500 clips, montés au fur et à mesure par un professionnel basé à Bayonne Mathias Bracho Lapeyre.

Grâce aux réseaux sociaux, l'acteur a également pu trouver de quoi nourrir sa bande-son, demandant à des compositeurs ou rappeurs de composer pour lui. « Le film autoproduit et autofinancé pourrait faire 2h30 », souligne Francis Renaud. « Nous avons dû couper beaucoup de choses pour arriver à 1h12 dans la version qui va être projetée à Cognac. » Si l'œuvre trouve un distributeur, elle peut bien sûr encore évoluer. Cognac pourrait lui offrir un tremplin.

Festival Polar de Cognac, du 16 au 18 octobre. Programme sur www.festival-polar-cognac.fr

Bande-annonce du film « Première ligne »