Brûlée vive par son compagnon : «Emilie s’est battue comme vous n’imaginez pas»

Me Frédéric Zajac a a rendu hommage ce vendredi à la résilience de la femme de 32 ans, au procès de son ex-fiancé. Ce dernier est accusé d’avoir tenté de l’assassiner en 2007, à Châtenay-en-France (Val-d’Oise).

 Nanterre (Hauts-de-Seine), ce vendredi. Emilie et Me Frédéric Zajac, son avocat, pour le procès en appel de Johann B.
Nanterre (Hauts-de-Seine), ce vendredi. Emilie et Me Frédéric Zajac, son avocat, pour le procès en appel de Johann B. LP/Frédéric Naizot

« Emilie, c'est une victime avec grand V. Un an après l'accident, elle est venue me voir, quelques mois après être sortie de l'hôpital. Je l'ai vue, martyrisée par les blessures. J'ai rencontré une jeune femme, le sourire accroché au visage, qui m'a donné des leçons de courage, de résilience. » En quelques mots, Me Frédéric Zajac dresse le portrait d'Émilie, 32 ans, qui depuis le début du procès en appel devant la cour d'assises de Nanterre (Hauts-de-Seine), reste debout, souriante, malgré le calvaire enduré depuis les faits.

Après deux jours de suspension due au malaise à la barre de l'accusé, le procès de Johann B., a pu reprendre ce vendredi. L'homme de 35 ans est soupçonné d'avoir tenté d'assassiner sa fiancée en simulant un accident de voiture, avant de l'embraser avec de l'alcool à brûler, le 9 novembre 2007, à Châtenay-en-France (Val-d'Oise). Une journée d'audience qui s'est conclue par la plaidoirie de l'avocat de la partie civile, Me Zajac.

«Vous l'avez entendu se plaindre ? Jamais !»

« Son premier combat était le combat de la vie, de la survie, le combat du courage et de la souffrance, le combat d'une jeune femme qui avait envie de revenir ce qu'elle était un an plus tôt. Elle l'a gagné, souligne-t-il. Elle a le sourire. Emilie est une femme qui nous donne des leçons. Vous l'avez entendu se plaindre ? Jamais ! Son deuxième combat, c'est celui de la vérité : Savoir comment j'ai pu m'embraser comme une torche vivante. »

Après treize années de procédure et de procès, Johann B. nie farouchement avoir tenté d'assassiner Emilie, au prix d'une multiplication des versions pour le moindre élément du dossier. Ce que l'avocat d'Emilie a mis en lumière.

« On a le droit de ne pas se souvenir. Mais on a essayé de falsifier la réalité », estime Me Zajac qui évoque notamment la jalousie obsessionnelle d'un accusé décrite par des témoins, le chantage au suicide sur l'A1 admis du bout des lèvres à l'audience, après treize ans de dénégation.

Emilie fait face, sans haine ni violence

Au chapitre des éléments incontournable, il insiste sur la présence de l'alcool à brûler totalement absente des premières déclarations de l'accusé, de la blessure dans le creux du genou gauche d'Emilie qui contredit également ses déclarations. « Le poplité gauche, cela tue la version de l'accusé ! Quand elle est assise dans la voiture, ce n'est pas possible. Elle ne peut être brûlée au 4e degré que si elle est debout. Emilie a reçu l'alcool à brûler quand elle sort de la voiture. C'est ce qu'elle dit depuis le début. »

« Il n'y a pas de haine chez elle. Pas de violence. Elle s'est battue comme vous n'imaginez pas. Les souffrances, il n'y a pas pire. Toutes les meilleures années de sa vie, on a manqué de les sacrifier. Le feu, la défiguration. Elle était une plaie vivante. Elle est extraordinaire. » Il cite l'écrivain Paulo Coelho : « Personne ne peut retourner en arrière, mais tout le monde peut aller de l'avant. Demain quand le soleil se lèvera, je veux pouvoir regarder cette journée comme la première de ma vie. » Aux jurés : « Faite en sorte qu'elle aille de l'avant. »

Jusqu'au dernier moment, il nie

Plus tôt, Johann B. a été interrogé par ses avocats une dernière fois sur les faits, notamment sur un élément clé : l'apparition des flammes, qu'il situe aux pieds d'Emilie lors de la reconstitution, ce que l'enquête démontrera comme impossible, puis plus tard sur l'épaule de la victime. Mais il invoque alors la mémoire qui s'évanouit. « J'ai très peu de souvenirs… J'ai voulu effacer beaucoup de souvenirs. Il y a des images que je n'ai plus. Celles des flammes sur le tableau de bord, je ne les ai plus. Il y a beaucoup de choses dont je ne me souviens plus non pas parce que je suis coupable mais parce que j'ai oublié. »

Il réaffirme son innocence tout en regrettant ne pas avoir su sauver Emilie, éteindre les flammes sur elle. « Je m'en voudrais toute ma vie. J'aurai voulu penser tout de suite au blouson. Je n'ai pas su faire les bons gestes au bon moment. Je suis détruit pour ça. Toutes ces opérations, tout ce qu'elle a subi. Je n'ai pas de mot assez fort. Même le mot compassion n'est pas assez fort. Je regrette ce qui s'est passé. Si je pouvais prendre sa place, je le ferais. »

« Etait-ce un acte volontaire? » lui demande Me Henri Leclerc. « J'aimais Emilie. Jamais je ne lui aurais fait de mal. Je lui aurais donné ma vie. » Son procès se termine ce samedi. Johann B. avait été condamné à 20 ans de réclusion en première instance à Pontoise.