26 ans, petit-fils de, élu local depuis peu… il est le nouveau président du Vexin

Benjamin Demailly vient d’accéder à la présidence du parc du Vexin, à cheval sur le Val-d’Oise et les Yvelines. Le petit-fils d’un des pères fondateurs du parc, inconnu jusqu’à son élection, veut d’abord travailler main dans la main avec les agriculteurs.

 Théméricourt (Val-d’Oise). Ici au siège du PNR, Benjamin Demailly est le petit-fils de l’ancien président et père fondateur du parc, Gérard Claudel (sur l’affiche).
Théméricourt (Val-d’Oise). Ici au siège du PNR, Benjamin Demailly est le petit-fils de l’ancien président et père fondateur du parc, Gérard Claudel (sur l’affiche). LP/Marie Persidat

Dans son bureau au siège du Parc naturel régional (PNR) du Vexin français, à cheval sur le Val-d'Oise et les Yvelines, Benjamin Demailly travaille sous l'œil de son grand-père. Dès qu'il a pris possession de la pièce dévolue au président fin septembre, le jeune homme de 26 ans a tout de suite planté le décor en accrochant une vieille affiche de campagne de Gérard Claudel au mur.

Oui, il est bien le petit-fils de cette figure incontournable du Vexin et du Val-d'Oise (il fut conseiller général et maire d'Ennery pendant des décennies), l'un des pères fondateurs du parc régional, aujourd'hui âgé de 95 ans. « Je m'attends à beaucoup de comparaisons dans les prochains mois, reconnaît le nouvel élu. Mon grand-père a laissé une trace très importante ici. Avec un tel héritage, forcément on se met davantage de pression. »

De Gérard Claudel, Benjamin Demailly a d'abord hérité le franc-parler. Il n'en fait pas de mystère, il y a encore quelques mois il ne pensait pas du tout devenir président du PNR. Son prédécesseur, Marc Giroud (élu à la tête de la structure depuis 2013 après avoir lui-même succédé à Gérard Claudel et Jean Pichery), briguait d'ailleurs un nouveau mandat.

Elu à Ennery depuis mars seulement

Le jeune habitant d'Ennery, lui, était tout nouveau en politique. Il n'a fait son entrée au conseil municipal de la commune qu'en mars dernier. Après s'être d'abord engagé dans le milieu associatif (au sein du comité de jumelage ou encore du foyer rural), il avait naturellement été sollicité pour rejoindre l'équipe municipale. « On m'a demandé de représenter Ennery au sein du PNR, j'étais présent dans la liste du maire pour cette mission », explique-t-il.

Si le destin de la petite commune est immanquablement marqué par le nom des Claudel, Benjamin, lui, n'a jamais vécu cette réalité de près.

LP/Ma.P.
LP/Ma.P.  

Il a grandi dans le Pas-de-Calais, où ses parents avaient repris une exploitation agricole. Ce n'est qu'une fois son bac en poche qu'il s'est installé dans le fief des Claudel. D'abord par commodité lorsqu'il s'est inscrit à l'Ecole internationale des sciences du traitement de l'information (Eisti) de Cergy pour ses études. Ensuite par choix lorsque, travaillant à La Défense (Hauts-de-Seine), il n'a pas voulu renoncer à un cadre de vie rural qui lui convenait bien.

«Il a été élu sans se faire connaître avant et sans proposer de projet»

Son entrée au conseil municipal s'est ensuite faite de manière naturelle. Son arrivée à la présidence, elle, est plutôt le fruit d'un travail de groupe. « Il y avait une volonté de représenter une voie alternative », résume sobrement le jeune homme. Poussé par un groupe d'élus qui ne souhaitaient pas réélire Marc Giroud, Benjamin Demailly a accepté d'être candidat.

Le sortant n'a appris l'existence d'un challenger que le soir même de l'élection. « Je ne savais même pas qui il était », lâche Marc Giroud. « Il a été élu sans se faire connaître avant et sans proposer de projet, c'est pour le moins curieux », observe le maire de Vallangoujard.

Si son élection a surpris, Benjamin Demailly était visiblement prêt. Il semble s'être glissé avec aisance dans le costume de président et évoque avec conviction les axes sur lesquels il souhaite travailler.

Répondre aux interrogations des agriculteurs

A commencer par le dialogue à renouer, suggère-t-il, avec les agriculteurs. Petit-fils, fils et frère de cultivateur, le jeune homme sait de quoi il parle. « Il y a un gros travail à faire, annonce-t-il. Le PNR sans les agriculteurs n'a aucun sens, nous sommes là pour eux, et ils sont là pour nous. » Si le territoire du Vexin compte plus de 300 exploitations, leur activité se résume encore pour l'essentiel à de la grande culture céréalière.

Mais la profession elle-même est en proie à des questionnements intenses ces dernières années. Le nouveau président du PNR le sait, l'avenir passera par les changements de pratique. « Mon objectif c'est de favoriser davantage la diversification, à travers l'élevage ou le maraîchage notamment », annonce Benjamin Demailly.

Transformer oui, mais en passant par le dialogue, le débat. « Il va falloir analyser et comprendre pour avoir des leviers de diversification. Notre rôle c'est d'être là pour épauler les agriculteurs, relayer leurs initiatives et aussi être force de proposition. Il y a un besoin sur le territoire. Mais il faut un temps long pour que les agriculteurs choisissent le circuit court. »

Développer le tourisme responsable

Benjamin Demailly a une vision très dynamique du rôle d'un parc naturel. Le PNR a été créé pour « sanctuariser », une zone rurale, face à une ville nouvelle qui menaçait de devenir envahissante. Mais le territoire doit vivre pour assurer son avenir. « Développer en protégeant et protéger en développant, c'est la formule que mon grand-père répétait à l'envi », rappelle le nouveau président.

Il rêve de développer encore le tourisme, de manière responsable, d'aider les artisans du Vexin, aujourd'hui plus que jamais affaiblis. Il affirme également son ambition de travailler davantage avec les écoles du territoire. D'un point de vue purement pédagogique, mais aussi sur des sujets très concrets. « Nous devons avoir une grande réflexion sur la valorisation des déchets. Méthanisation, compostage, nous pouvons apporter des solutions alternatives. Mais pourquoi n'arriverions-nous pas d'abord à trier tous les déchets de nos cantines? Il y a une urgence climatique. Il faut monter de vrais projets. »

VIDÉO. Découvrez le Vexin en Montgolfière

Le PNR lui-même est déjà dans un processus de transformation permanente. Il est en ce moment même en train de réviser sa charte, pour la troisième fois depuis le classement du territoire en Parc naturel régional en 1995. Une grande concertation a débuté à ce sujet fin septembre. La finalisation de ce nouveau document prendra encore plusieurs années.

« Il y aura de nouveaux volets à intégrer, je crois que Marc Giroud voulait quelque chose sur la biodiversité notamment, pourquoi pas ? », lance Benjamin Demailly qui ne veut pas faire du passé table rase. Marc Giroud, d'ailleurs, compte bien continuer à siéger, même s'il se retrouve désormais simple élu. « Je suis maire, toujours passionné par ce territoire. Je continuerai de m'engager, d'une autre manière », prévient-il.