Beaumont-sur-Oise : Sylvie, retrouvée morte dans sa voiture incendiée, un féminicide oublié ?

Le corps inerte de Sylvie Peixoto, 45 ans, avait été retrouvé en janvier 2019. L’enquête qui allait confondre son mari s’est arrêtée après la mort de ce dernier, car il s’est immolé le lendemain par le feu. Le frère de Sylvie veut rétablir la vérité.

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 Sylvie Peixoto est la victime d’un très probable féminicide oublié, à Beaumont-sur-Oise. Elle aurait été tuée à 45 ans par son mari qui s’est ensuite suicidé.
Sylvie Peixoto est la victime d’un très probable féminicide oublié, à Beaumont-sur-Oise. Elle aurait été tuée à 45 ans par son mari qui s’est ensuite suicidé. Frédéric Naizot/Le Parisien

Le silence a enveloppé la disparition de Sylvie Peixoto. Elle avait 45 ans, lorsque la mère de famille fut retrouvée morte dans sa voiture brûlée, sous le pont de Bernes-sur-Oise, le soir du 6 janvier 2019. Un silence qui est la conséquence du suicide de son mari, le lendemain.

Il s'est donné la mort dans une dépendance de son pavillon de Beaumont-sur-Oise, s'aspergeant d'essence, avant de s'immoler par le feu. Carlos Alves, 43 ans, allait inévitablement être désigné comme le meurtrier par l'enquête qui a dès lors été clôturée.

« L'enquête pour homicide volontaire sur la personne de Sylvie Peixoto a été classée sans suite pour extinction de l'action publique, liée au décès par suicide de l'auteur des faits, Carlos Alves », précise le parquet de Pontoise pour qui l'origine criminelle de la mort de Sylvie Peixoto laisse peu de place au doute. « Les conclusions de l'enquête confirment que Madame Peixoto était déjà inconsciente au moment du départ du feu dans son véhicule et avait été vraisemblablement victime de son mari. »

Sylvie Peixoto et son mari, soupçonné de l’avoir tuée, ont été enterrés côte à côte par la famille dans le cimetière de Beaumont-sur-Oise. LP/Frédéric Naizot.
Sylvie Peixoto et son mari, soupçonné de l’avoir tuée, ont été enterrés côte à côte par la famille dans le cimetière de Beaumont-sur-Oise. LP/Frédéric Naizot.  

Selon son frère, Sylvie voulait divorcer

Charles Peixoto, le frère de Sylvie, entend révéler les circonstances du décès tragique de sa sœur, dont il ne se remet toujours pas. Il veut effacer l'hypothèse d'un suicide évoquée juste après les faits et rétablir la vérité. « Il faut que les gens sachent ce qui s'est vraiment passé, ce que Sylvie a subi ce jour-là. Il l'a tuée. C'est la réalité », souligne Charles Peixoto. « J'agis en mémoire de Sylvie et de toutes les femmes qui subissent cela. »

Ce frère inconsolable a fait parvenir à l'ensemble de la famille et aux proches, en France et au Portugal, un document dans lequel il retrace les grandes lignes de ce qui est arrivé le soir du 6 janvier 2019 : la mort de sa sœur causée par son mari puis la tentative de celui-ci de faire disparaître les traces de son crime en mettant le feu à la voiture, le corps installé sur la banquette arrière de la Golf.

Charles Peixoto a pu avoir accès à certaines pièces de l'enquête des gendarmes. Il évoque une dispute qui survient au sein du couple alors que Sylvie Peixoto se préparait à quitter le domicile conjugal de Beaumont-sur-Oise. « Elle avait lancé une procédure de divorce en avril 2018 et avait commencé à rechercher un appartement. Elle prévoyait de faire le tour des agences le lundi. »

Le corps déposé sur la banquette arrière

Il explique que la dispute aurait éclaté pour une somme d'argent que sa sœur avait mis de côté et qui a disparu. De l'argent récolté sur les marchés le dimanche « pour gagner son indépendance ». Elle aurait attribué la disparition à son mari qui le contestait et qui avait également pris connaissance d'un SMS d'un ami reçu par sa sœur. Selon le frère, le mari aurait étouffé Sylvie avant de transporter le corps.

Charles Peixoto, le frère de Sylvie Peixoto. LP/Frédéric Naizot
Charles Peixoto, le frère de Sylvie Peixoto. LP/Frédéric Naizot  

« Sur les images vidéo de la ville, saisies par les gendarmes, on voit la Golf partir à toute allure de la rue de Senlis, sauter sur le dos-d'âne installé devant le lycée et aller en direction de Bernes. » C'est là, sous le pont, vers 20 heures, en pleine nuit, que la Golf prend feu, « pour que cela ne se voie pas », ajoute-t-il. « Sur les vidéos, on le voit revenir en courant, la capuche de son survêtement sur la tête. Il semble fatigué. Il marche un peu et retourne à la maison. Il repart plus tard avec son fourgon en direction du pont. »

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La suite de son périple, suivi par les caméras, se situe à L'Isle-Adam, dans la zone commerciale, où il retrouve sa fille pour dîner. « Après avoir tué et brûlé sa femme… Il avait le temps de reprendre ses esprits, d'appeler les secours et les gendarmes. »

Dans la voiture, «elle était déjà morte»

Mais un grain de sable a tout enrayé. « Si Sylvie avait brûlé, cela aurait réussi… », poursuit Charles Peixoto. « Mais un passant a vu les flammes et a alerté les pompiers qui ont éteint la voiture. L'incendie avait démarré sur les sièges avant. Les jambes de Sylvie ont été brûlées. Mais elle n'a pas été carbonisée. » L'autopsie allait révéler quelques jours plus tard un élément décisif. « Elle n'a pas inhalé de fumée. Elle était déjà morte. »

Le pont de Bernes, sous lequel le corps de Sylvie Peixoto a été retrouvé, dans sa Golf incendiée, le 6 janvier 2019. LP/Frédéric Naizot.
Le pont de Bernes, sous lequel le corps de Sylvie Peixoto a été retrouvé, dans sa Golf incendiée, le 6 janvier 2019. LP/Frédéric Naizot.  

Le mari sera entendu par les gendarmes avant de se donner la mort le lendemain des faits, vers 23 heures. « Je crois qu'il pensait qu'elle allait le ruiner en divorçant », poursuit le frère de Sylvie. « Elle voulait juste mener une vie normale. Il ne s'est pas donné la mort par remords. Il n'a pas assumé. Il a fui. »

Sylvie Peixoto a été inhumée dans le cimetière de Beaumont-sur-Oise où sa tombe jouxte celle de son mari. Elles sont ornées des mêmes plaques. « Ils ont été enterrés ensemble. Lors de la cérémonie, sur chacun des cercueils, il y avait une photo de l'un et de l'autre. Et entre les deux, la belle photo d'un couple amoureux. Comme s'il ne s'était rien passé », souligne Charles Peixoto, en relevant que l'histoire familiale complexe a jeté un voile sur les faits.

Sylvie devrait toutefois être inhumée prochainement au Portugal ajoute le frère, père de trois enfants, qui a bien du mal à surmonter la disparition de sa sœur, car il se reproche de n'avoir pas été présent lorsqu'il l'aurait fallu.

«Carlos ne veut pas me récupérer : il veut me posséder»

« Sylvie avait beaucoup de cœur. Elle était aussi franche et directe. Elle était courageuse, plus courageuse que moi. Elle me défendait quand on était petits. Il ne fallait pas toucher à son frère ! Nous avons eu une enfance très difficile avec une mère alcoolique qui nous frappait. Nous avons appris tous les deux à grandir ensemble à Sarcelles. Les parents qui se sont séparés ne nous protégeaient pas. Nous nous protégions ensemble. »

Il évoque une jeune femme qui a travaillé très vite et ne passe pas le Bac. « Elle voulait être libre. » Il raconte aussi la crise dans le couple cinq ans avant le drame, le départ de sa sœur, puis son retour. « Un jour elle m'a confié : Carlos ne veut pas me récupérer. Il veut me posséder. »

La mort de Sylvie Peixoto ne figure pas dans les statistiques. Cette année-là, 146 femmes avaient été tuées par leur mari ou leur ex-conjoint, selon les chiffres de l'enquête de la délégation aux victimes, publiés par le ministère de l'intérieur. Soit 25 de plus que l'année précédente. En 2019, 27 hommes avaient aussi été tués par leurs conjointes ou ex-compagnes.