Beaumont-sur-Oise : le lac des Ciments répare les dégâts d’un été d’intrusions record

Le site privé, appartenant à la fédération de plongée Ile-de-France, est nettoyé par les plongeurs depuis la rentrée. Ce week-end, des habitants se sont joints à eux car le problème concerne tout le monde.

 Beaumont-sur-Oise, samedi. Opération nettoyage au lac des Ciments, après que les visiteurs de l’été ont laissé derrière eux des montagnes de détritus.
Beaumont-sur-Oise, samedi. Opération nettoyage au lac des Ciments, après que les visiteurs de l’été ont laissé derrière eux des montagnes de détritus. LP/Marie Persidat

Au lac des Ciments, on essaie d'effacer les traces d'un été cauchemardesque. Durant tout le week-end, des bénévoles se sont relayés pour nettoyer les abords du plan d'eau de Beaumont-sur-Oise recouverts de détritus en tout genre. Et la tâche est immense.

Les centaines de personnes qui se sont introduites en toute illégalité dans la propriété de la fédération de plongée Ile-de-France durant les beaux jours - parfois entre 800 et 1 200 personnes certains samedis et dimanches de chaleur - ont laissé derrière eux des montagnes d'ordures.

« On trouve beaucoup de bouteilles en plastique et en verre, des maillots de bain, des serviettes, des bouées, des serviettes hygiéniques, des préservatifs », égrènent les citoyens de bonne volonté effarés par l'état de ce site magnifique.

Un site à « préserver à tout prix »

Voilà déjà plusieurs semaines que les plongeurs se retrouvent régulièrement pour remettre en état les lieux. Samedi des habitants de Beaumont-sur-Oise et de Nointel sont venus rejoindre leurs rangs. « C'est la première fois que je viens », confie la jeune Alice.

En retirant ses gants de nettoyage, elle laisse son regard se perdre dans le bleu translucide des eaux du lac né dans le cratère d'une ancienne carrière. « J'en entendais parler depuis longtemps. Et effectivement c'est un site merveilleux ! Le voir dans cet état, cela me rend triste. On ne pouvait pas le laisser comme ça… » Marie-José est habitante de longue date de Nointel. « Nous avons la chance d'avoir ça chez nous, il faut le préserver à tout prix ! »

Des déchets jusque dans les jardins des riverains

Si les riverains se mobilisent - ils étaient une vingtaine samedi matin - c'est aussi parce que la problématique de l'intrusion déborde largement les frontières de la parcelle privée de 28 hectares, dont une partie est classée en zone naturelle d'intérêt écologique faunistique et floristique (Znieff). Les week-ends d'affluence, les habitants voient leurs quartiers se transformer en immense parking.

LP/Ma.P.
LP/Ma.P.  

« Ce que l'on ramasse ici au bord de l'eau, on le retrouve aussi chez nous, même parfois dans nos jardins, s'agace Didier. Nous avons aussi des problèmes de nuisance nocturne parce que parfois ils passent une partie de la nuit près de l'eau. Nous ne voulons pas que cela recommence. »

Cet amas de déchets, « ça dépasse tout ce que nous avons connu »

À quelques encablures de la zone en cours de nettoyage, des plongeurs enfilent leur combinaison. Après avoir été obligée de fermer le site à la pratique sportive, courant août, à cause des intrusions, la fédération a rouvert dès qu'elle a pu.

Cette base fédérale, idéale avec ses différentes profondeurs allant de 9 à 30 mètres, accueillait ces dernières années jusqu'à 8 000 plongées par an. Lorsqu'elle a repris le lieu en 2015, le comité Ile-de-France de la fédération française d'études et de sports sous-marins (FFESSM) était bien au courant de la problématique des visites clandestines et de leur lot de désagréments.

« Quand nous sommes arrivés, nous avons rempli une quinzaine de bennes de déchets, avec énormément de verre, explique-t-on à la fédération. Mais là, la quantité est ahurissante… Ça dépasse tout ce que nous avons connu. »

Le lac infesté de plastique

L'organisme, qui a dépensé 2 millions d'euros pour aménager le site, explique que le phénomène d'intrusion a commencé à s'accélérer l'année dernière, pour atteindre des sommets en 2020, en situation de post-déconfinement. Aujourd'hui les plongeurs sont encore en train de réparer les dégâts. Trois pontons sur quatre ont été endommagés. « Ils ont arraché des planches pour faire du feu, indique un responsable. Des barbecues, on en retrouve partout abandonnés. Même dans l'eau. Mais dans le lac, le gros problème c'est le plastique. »

Gabriel, retraité de Montmagny et amateur de plongée, est amer en remplissant son sac-poubelle de détritus ramassés au sol. « On le vit mal car c'est un site que l'on fréquente régulièrement, on aimerait qu'il reste comme nous le laissons. Ici beaucoup de choses sont faites par des bénévoles. Cela nous fait râler de voir que certains se dévouent pendant que d'autres cassent. »

Les gendarmes ne se déplacent pas assez

Dépassée par le nombre d'intrusions malgré les grillages et barbelés installés (et sans cesse découpés à la disqueuse), la fédération s'est sentie complètement démunie cet été. « Nous appelions la gendarmerie plusieurs fois par jour, personne ne venait… » Francis Merlo, le président du comité Ile-de-France, en est persuadé : « La seule solution, c'est que la force de l'ordre publique intervienne, assène-t-il. Nous essayons de faire front, avec les villes de Beaumont et Nointel. Mais que pouvons-nous faire de plus? Nous avons dû déposer une cinquantaine de plaintes, à chaque fois elles sont classées sans suites. »

La fédération a également déposé une requête de référé liberté auprès du tribunal administratif en juillet - sans effet - et une autre auprès du Conseil d'Etat. Francis Merlo a aussi écrit aux ministres de l'intérieur et de la justice.

La solution serait de dissuader les gens de venir

Mais les seules réponses concrètes pour le moment viennent plutôt de l'échelon local. « Nous essayons de trouver des solutions mais des miracles, on n'en fait pas, admet Jean-Michel Aparicio, le maire (DVG) de Beaumont-sur-Oise. Il faut qu'on se mette tous autour d'une table. »

La ville a déjà mis en place en urgence une campagne de sensibilisation, en implantant aux abords du site des silhouettes représentant tous les jeunes qui ont péri dans le lac depuis 2013, cinq au total, le dernier âgé de 22 ans s'étant noyé le 9 août dernier.

Un film de prévention a également été réalisé et diffusé dans les trains de la ligne H. Les images y seront à nouveau projetées à partir du printemps prochain. Avec pour objectif d'informer tous les visiteurs, venant pour la plupart des départements de la petite couronne, sur la dangerosité des lieux. « Quand on voit les gens venir avec leurs enfants, cela nous fait bondir, s'insurgent les plongeurs. Ici il n'y a pas de petite profondeur, la roche tombe très vite, et c'est extrêmement glissant. »