Autoroute A15 : la fronde s’organise dans le Val-d’Oise contre la voie réservée au covoiturage

Une pétition a été lancée en ligne et plusieurs collectivités ont voté des motions contre le projet de voie réservée au covoiturage sur l’autoroute A15 dans le sens province-Paris.

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 L’Etat envisage de réserver la voie de gauche de l’autoroute A15 au covoiturage, sur une distance de 8 km, entre Franconville et le pont de Gennevilliers.
L’Etat envisage de réserver la voie de gauche de l’autoroute A15 au covoiturage, sur une distance de 8 km, entre Franconville et le pont de Gennevilliers. DR

La grogne continue de monter contre le projet de voie réservée au covoiturage sur l'autoroute A15 dans le sens province-Paris. Dans la foulée d'une conférence de presse organisée le 6 février, durant laquelle de nombreux élus du Val-d'Oise ont fait connaître leur mécontentement dans le sillage de la présidente (Libres!) de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, les opposants à la future expérimentation de l'Etat s'organisent. Une pétition a été mise en ligne le 11 février sur la plate-forme Change.org, par le conseil départemental et l'union des maires du Val-d'Oise.

« Neutraliser une voie sur l'A15, déjà largement saturée, ne fera qu'accroître la congestion sur cet axe où les usagers ont subi les conséquences de l'affaissement du viaduc en 2018, explique le texte, signé ce mardi par plus de 1400 personnes. Quant à l'environnement, la pollution tant sonore qu'atmosphérique sera accrue, du fait notamment de l'augmentation des émissions de gaz à effets de serre. »

Une lettre adressée au ministre des Transports

De nombreuses collectivités ont également voté des motions officielles contre cet essai visant à neutraliser une voie sur huit kilomètres entre Franconville et le pont de Gennevilliers, dans le sens province-Paris.

C'est notamment le cas du conseil départemental du Val-d'Oise. Le texte, voté vendredi dernier en séance, propose notamment « de privilégier l'utilisation de voies nouvelles ou de la bande d'arrêt d'urgence pour la circulation de véhicules de covoiturage et éventuellement d'autobus, évitant ainsi de rajouter de la congestion à la congestion, et d'accroître ainsi la pollution de l'air, en plus de dégrader la qualité de vie des habitants de Grand-Couronne n'ayant pas d'alternative à l'utilisation de la voiture ».

Autoroute A15 : la fronde s’organise dans le Val-d’Oise contre la voie réservée au covoiturage

La présidente (LR) du département, Marie-Christine Cavecchi, s'est par ailleurs associée à 35 maires du 95 pour écrire à Jean-Baptiste Djebbari, ministre délégué aux Transports. « Si nous sommes favorables et travaillons déjà avec le département du Val-d'Oise et la région Ile-de-France à la création de voies supplémentaires, nous ne pouvons en revanche accepter que l'offre de déplacement de tout un territoire oublié du Grand Paris se trouve de nouveau affaiblie », expliquent les élus en demandant « une rencontre rapide ».

De leurs côtés, sept parlementaires LREM — les députés Naïma Moutchou, Cécile Rilhac, Dominique Da Silva, Zivka Park, Guillaume Vuilletet, David Corceiro et le sénateur Alain Richard — ont amorcé le dialogue avec le gouvernement. « Notre recommandation, que le gouvernement a entendue, est de soumettre ce projet à une réelle concertation auprès des élus locaux et des citoyens avant toute décision », considèrent-ils. Pour eux, cette expérimentation ne peut avoir lieu en pleine crise sanitaire. Et sa relance « supposerait que des conditions favorables soient préalablement réunies avec un développement d'aires de covoiturage adaptées, une aide aux citoyens covoitureurs et des aménagements sur l'autoroute évitant l'aggravation de la congestion existante ».

Le PS et EELV favorables à l'expérimentation

Quelques voix s'élèvent tout de même pour laisser sa chance à l'expérimentation. « Une voie réservée au covoiturage peut interroger, c'est vrai, mais une voie réservée aux bus et aux transports collectifs, n'est-ce pas justement la possibilité de modifier les comportements, de rendre nos déplacements plus vertueux, de rendre plus résilients nos territoires », a ainsi interrogé lors de la séance plénière Nicolas Bougeard, conseiller départemental (PS) d'Argenteuil.

Europe Ecologie-les Verts (EELV) a fait savoir, de son côté, qu'il soutenait le projet. « EELV 95 rappelle son souhait de voir émerger le covoiturage ainsi que la création d'infrastructures facilitant cette pratique (voies dédiées, aires de covoiturage, applications permettant de faciliter la rencontre entre offreurs et demandeurs…) comme le propose l'Etat sur l'autoroute A15, plus précisément entre Franconville et le pont de Gennevilliers, explique l'organisation. Par la promotion du covoiturage, les villes deviendront plus saines, moins encombrées et plus conviviales. » EELV demande par ailleurs à l'Etat de prolonger cette voie réservée au covoiturage sur l'ensemble de l'A15.

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A n'en pas douter, ce sujet devrait s'inviter lors de la campagne pour les élections départementales et régionales des 13 et 20 juin.