Auteur pour Kendji Girac, Zaz et Amel Bent... Kerredine Soltani veut se faire un nom comme interprète

Auteur à succès, l’artiste, qui a grandi à la cité Joliot-Curie, à Argenteuil (Val-d’Oise), veut désormais se faire un nom comme interprète, en sortant «le Visage basané».

 Argenteuil, le 12 octobre. Kerredine Soltani sort une série de chansons où il raconte son enfance à la cité Joliot-Curie.
Argenteuil, le 12 octobre. Kerredine Soltani sort une série de chansons où il raconte son enfance à la cité Joliot-Curie. LP/Thibault Chaffotte

Son dernier clip, sorti la semaine dernière, s'appelle « le Visage basané ». « C'est une histoire d'amour avec une fille des beaux quartiers. C'était à l'adolescence. J'étais persuadé qu'elle ne voulait pas de moi à cause de mes origines », explique Kerredine Soltani. Cette romance déçue a eu lieu à Argenteuil. La fille de ses rêves habitait dans les pavillons du quartier d'Orgemont. Un univers lointain, vu de son HLM.

Disque d'or resté dans l'ombre, celui qui a grandi à la cité Joliot-Curie (il vit désormais à Paris) veut désormais se faire un nom comme interprète. Mais si son nom ne vous dit peut-être rien, vous avez sûrement déjà entendu ses chansons. Car Kerredine Soltani a produit le premier album de Zaz en 2010 et avait écrit la chanson à succès « Je veux », qui a fait le tour du monde et a été récompensée par une Victoire de la musique en 2011.

Auparavant, il avait été l'auteur de « Monte le son DJ », de Digital, en 2003. Puis, « Question de Feeling » d'Eilijah l'année suivante. Bien installé dans l'industrie musicale, il a aussi collaboré avec de nombreux artistes Julie Zenatti, Natasha St-Pier, Lââm, Sofia Essaïdi, Élisa Tovati, Tal ou encore Kendji Girac.

Sa source d'inspiration, son enfance, sa famille

Après « Nos Rêves d'enfant », clip tourné à Joliot-Curie et sorti début septembre, l'artiste poursuit le récit de son enfance. Le prochain, à sortir en novembre, s'appellera « Première ligne » et évoquera ses parents. « C'est comme un roman en plusieurs tomes. C'est une série sur ma vie, confie-t-il. Là, j'ai envie de prendre mon temps, de donner de l'importance à chaque chanson. »

Cette histoire commence en 1976 dans ces barres d'immeuble. « J'en ai que des bons souvenirs. J'ai eu une enfance très équilibrée », souligne-t-il. Le quartier a bien changé depuis cette époque. « Il ressemblait à ça mais en mieux. Il y avait plus de mixité ethnique et sociale, ajoute-t-il. Aujourd'hui, on a l'impression que c'est devenu un ghetto. »

Il se souvient de l'épicier marocain chez qui il allait chercher des bonbons. La maison de quartier faisait figure de salle de jeu. « On voyait des films, on jouait à des jeux de société. Il y avait des buffets qui avaient une durée de vie de deux minutes. On se jetait dessus - on aurait dit les courses à Enghien - et on se remplissait les poches de peur qu'il n'y en ait plus », se souvient-il en rigolant. Il concède qu'encore maintenant, il a du mal à ne pas se précipiter vers les petits fours lors des cocktails.

Un travail d'écriture commencé à 8 ans

Dans cet univers, les conditions de vie de ses camarades en pavillon font figure d'Eldorado. « Chaque enfant avait sa chambre, ils avaient même un jardin, où ils allaient cueillir des fraises et des cerises. Nous, quand on en mangeait c'était rare, c'est parce qu'il y avait une promo », explique-t-il. Faute d'avoir le garage Playmobil, il se l'était fabriqué avec des couvertures. Ses dessins, ils les faisaient avec ses doigts sur la buée de sa fenêtre.

LP/T.C.
LP/T.C.  

La musique est venue pallier sa timidité. « J'étais le plus petit de la fratrie et de la bande d'amis, explique-t-il. J'avais cette culture du respect des plus anciens. On ne parle pas quand il y a des gens plus âgés autour. » C'est l'écriture qui lui a d'abord permis de s'exprimer. « Je pense que j'ai commencé à 8 ans. C'était des rimes avec des fautes d'orthographe », relate-t-il.

Le chant est venu vers 10 ans. « J'ai commencé à chanter pour que les gens s'intéressent à moi », indique-t-il. Plus tard, il se met au rap. « J'essayais de faire de l'improvisation. Je m'entraînais à rimer tout le temps en parlant », ajoute-t-il.

La musique ne l'a jamais quitté, mais n'a pas tout de suite été son métier. Après des études de droit et de commerce, il devient chargé de mission au ministère de la Culture et pour l'Elysée, puis travaille comme chargé de promotion dans le cinéma. En 2002, il monte une agence de comédiens spécialisée en doublage. « C'était des boulots alimentaires de luxe », commente-t-il.