Au lycée d’Herblay-sur-Seine, le grand oral du bac se prépare déjà

Cette nouvelle épreuve du baccalauréat est au cœur du projet d’établissement, qui accompagne les élèves de tous les niveaux pour les préparer. Une approche qui semble séduire la rectrice de l’académie de Versailles.

 Herblay-sur-Seine, vendredi. La préparation au Grand oral, nouvelle épreuve du bac, a déjà commencé pour les élèves de terminale.
Herblay-sur-Seine, vendredi. La préparation au Grand oral, nouvelle épreuve du bac, a déjà commencé pour les élèves de terminale.  LP/A.C.

« Qu'avez-vous pensé de leur prestation? » demande à l'assemblée Camille Beau-Marquer, professeure de Sciences économiques et sociales une fois les applaudissements terminés. Devant l'enseignante, au lycée Montesquieu d'Herblay-sur-Seine, 35 élèves de terminal spécialité SES assis par petits groupes dans la salle de théâtre. Tous portent le masque, qui ne semble pas les gêner dans l'exercice.

Quatre sont debout, attendant feuille à la main les retours de leurs camarades sur l'exposé qu'ils viennent de produire sur le thème du jour : la politique climatique. Argumentaire, débit de parole, éloquence, postures… c'est l'ensemble de leur performance qui est décortiqué avec bienveillance par la classe.

« C'était clair et intéressant, ils ont parlé distinctement mais ils y avaient peut-être quelques tics de langage comme des euh », note une camarade. « Jules se balance un peu sur ses pieds ? », remarque un autre. L'enseignante distille des conseils pour corriger les petits défauts.

L'objectif de l'exercice? Commencer à préparer le Grand oral du bac, l'une des nouveautés introduites par la réforme de l'examen. Les terminales de cette année seront les premiers à s'y confronter : 20 minutes devant un jury de trois personnes précédées de 20 minutes de préparation.

Un « petit oral » instauré dans le lycée

Avec un coefficient de 10 en voie générale et de 14 pour le bac technologique, l'épreuve n'est pas à négliger. C'est pourquoi le lycée Montesquieu a fait de sa préparation un des grands axes de son projet d'établissement. « Toutes les disciplines sont mobilisées. Des lettres à la SVT (sciences et vie de la terre) en passant par l'anglais, on parle de grand oral qui peut impressionner, mais aussi dans les projets artistiques, souligne la proviseure Djamila Soufi, en rappelant que Montesquieu a la particularité de proposer une option et une spécialité théâtre.

« Cependant, nous ne partons pas de rien. Il se passe déjà des choses autour de l'oral dans leur scolarité, mais l'idée est de mettre en place toute une action cohérente d'accompagnements de nos élèves avec pour fil rouge le Grand oral », ajoute-t-elle.

Et l'établissement de penser également aux promotions qui suivront. Le lycée va ainsi instaurer dès cette année un « petit oral », en lien avec leurs stages, pour les secondes et un « oral intermédiaire » pour les élèves de premières axé, lui, sur leur projet de poursuites d'étude, l'un des thèmes obligatoires de cette nouvelle épreuve.

« Préparer les élèves dès le plus jeune âge »

Une approche qui semble séduire Charline Avenel, rectrice de l'académie de Versailles en visite vendredi au lycée pour rappeler le plan de formations et les différentes mesures prises pour aider à préparer cette échéance qu'elle s'engage à suivre toute l'année. Parmi elles, une « masterclass » virtuelle accessibles mercredi à toutes les classes de l'académie.

« L'idée est bien de préparer les élèves dès le plus jeune âge à ce grand oral avec des écoles primaires associées ou encore des collèges participants à des concours d'éloquences. L'oral apporte de l'égalité là où l'écrit inhibe », assure la responsable. Cette dernière reprend ainsi le titre du rapport sur lequel s'est appuyé le gouvernement pour construire l'examen, mettant en avant l'argument de l'égalité des chances. À l'inverse, certains enseignants craignent, eux, que l'accent mis dans cette épreuve sur le formalisme mette en difficulté les élèves qui ne possèdent pas ces codes.

« Ça me va bien parce que je suis nulle à l'écrit »

Au sein de la classe de SES d'Herblay, les exigences demandées semblent plutôt bien maîtrisées bien que l'on soit en début d'année. Mais la perspective de ce nouveau Grand oral séduit plus ou moins les élèves. « Moi ça me va bien parce que je suis nulle à l'écrit. Mais, comme on est les premiers à y passer, notre préparation va être courte par rapport aux élèves des années qui vont suivre », estime Kristelle, 17 ans.

LP/A.C.
LP/A.C.  

« On apprend un peu les choses au dernier moment, ajoute un de ses camarades. J'étais persuadé qu'on nous avait dit qu'on serait assis lors de l'épreuve et là on nous dit qu'on sera debout ». Pour Lucas, oral ou écrit, c'est le sujet qui compte : « Pour moi, c'est vraiment ça qui fait que l'on est à l'aise ou pas. »

La difficulté est de trouver du temps

Amerigo, lui, ne s'est pas encore tout à fait forgé une opinion. « Moi, je ne sais pas trop, hésite Amerigo, 16 ans. Mes oraux, même si je n'en ai pas eu beaucoup jusqu'ici [ l'oral du bac de français a été annulé en raison de la crise sanitaire ], se sont toujours bien passés mais je pense à ma sœur notamment qui, comme beaucoup, n'est pas à l'aise à l'oral et pour qui ça va être dur. »

Un état de fait que connaît bien Camille Beau-Marquer. « J'ai des élèves qui ont vraiment une appréhension de l'oral en général, donc l'objectif est de le dédramatiser avec des exercices comme celle-ci car cette nouvelle épreuve a vraiment des effets bénéfiques, souligne l'enseignante. Mais la difficulté est de trouver le temps pour les organiser : pour une séance comme celle de ce vendredi, il faut mobiliser 4 heures, pour la préparation et que tous les groupes puissent ensuite passer à l'oral, car ils sont 35. Nous n'avons plus de demi-groupe. »