Attainville : ils veulent créer une première usine de méthanisation, le maire s’y oppose

Quatre agriculteurs veulent ouvrir une unité de méthanisation, avec l’objectif de fournir du gaz domestique pour 1900 logements. La municipalité, elle, est opposée au projet.

 Baptiste Montmirel, Mathieu Boissy et Sébastien Caille (de gauche à droite) espèrent ouvrir la première unité de méthanisation du Val-d’Oise.
Baptiste Montmirel, Mathieu Boissy et Sébastien Caille (de gauche à droite) espèrent ouvrir la première unité de méthanisation du Val-d’Oise. LP/Christophe Lefevre

Le Val-d'Oise comptera-t-il bientôt une unité de méthanisation? Si les voisins de la Seine-et-Marne ou de l'Oise ont depuis longtemps adopté ce mode de production d'énergie naturelle, les projets lancés jusqu'ici dans le département n'ont pas abouti. Quatre agriculteurs d'Attainville, Montsoult et Villiers-le-Sec ont en tout cas bon espoir de créer la première unité du 95, sur le territoire d'Attainville. L'objectif serait de produire du gaz domestique pour 1900 logements.

« Nous avons actuellement des marchés malmenés pour nos cultures, explique Mathieu Boissy, l'un des agriculteurs. Nous avons besoin de trouver de nouveaux débouchés et une façon de pérenniser nos exploitations. »

« Le but est d'être parfaitement autonome »

Les exploitants souhaitent alimenter la future unité avec le produit de leur exploitation. Ils vont notamment cultiver des CIVE (Culture Intermédiaire à Vocation Energétique) spécialement dédiées à cette pratique, entre deux productions de blé, colza, maïs. « L'idée, c'est que nos terres soient le plus possible garnies d'une culture, reprend Mathieu Boissy. Cela présente beaucoup d'avantages pour une parcelle. »

Ils utiliseront également de la pulpe issue de la betterave. Le digestat, matière restant à l'issue du processus, servira de fertilisant pour les terres. « Le but est d'être parfaitement autonome, soufflent les responsables. Nous sommes dans un cercle que l'on estime vertueux, car cela va permette de baisser considérablement les engrais chimiques. »

La mairie craint notamment une hausse de la circulation

Le quatuor a déposé une demande de permis de construire, qui doit désormais être examinée par les services de la préfecture. Mais il doit d'ores et déjà faire face à la municipalité, opposée au projet, et qui a même lancé une pétition. Elle a déjà recueilli plus de 1 100 signatures. « Nous ne voulons pas de cela à 650 m des habitations, explique le maire (SE), Yves Citerne. Nous subissons déjà les nuisances du Centre d'Enfouissement technique. La première chose que l'on verra quand on arrivera à Attainville, c'est cette unité. En plus, nous n'avons pas assez de recul sur ce type d'usine. » Le premier magistrat évoque « des nuisances visuelles, sonores et olfactives », et craint « une augmentation de la circulation ».

« Je ne vais pas créer des nuisances que je pourrais subir »

Les exploitants, qui ont présenté leur projet à la municipalité au mois de juin dernier parlent, eux, d'une « opposition de principe dès le départ ». « C'est peut-être une première dans le Val-d'Oise, mais nous ne sommes plus en phase d'expérimentation, soufflent-ils. On l'utilise depuis trente ans en Allemagne, et depuis une dizaine d'années en Ile-de-France. On ne joue pas aux apprentis sorciers. Aujourd'hui, tout est très contrôlé. Ce n'est absolument pas comparable avec le centre d'enfouissement de déchets. »

Ces derniers soulignent par ailleurs qu'ils utiliseront pour le transport des chemins dédiés aux exploitations agricoles, et que les constructions seront semi-enterrées, pour diminuer l'impact visuel. « Nous faisons attention à l'intégration paysagère, conclue Mathieu Boissy. J'habite ici. Je ne vais pas créer des nuisances que je pourrais subir. »

Une autre installation à l’étude

Jusqu’à présent, aucun projet d’unité de méthanisation n’a vu le jour dans le département, malgré l’implication notamment d’une éleveuse du Vexin. Pascale Ferry, agricultrice spécialisée dans la vache laitière, a en effet développé ce dossier durant plusieurs années avant de devoir jeter l’éponge en 2017.

Mais les mentalités ont bien évolué depuis. L’idée a même fait son chemin au sein de la communauté d’agglomération de Cergy-Pontoise. L’intercommunalité a engagé une réflexion avec le parc naturel régional (PNR) du Vexin dans ce sens. Cela consisterait à créer une unité de méthanisation qui permettrait de valoriser à la fois des déchets agricoles et des détritus issus notamment de la restauration collective, produits en quantité importante en milieu urbain.

« Un enjeu économique, écologique et sanitaire »

« Cette double valorisation fait qu’il peut y avoir des choses à faire en commun entre Cergy-Pontoise et le PNR », estime Marc Denis vice-président (EELV), chargé de la transition écologique et énergétique au sein de l’agglomération, qui compte bien pousser le projet dans les années à venir.

Une telle installation pourrait entre autres permettre à terme d’alimenter un réseau de bus fonctionnant au biogaz. « Il y a un triple enjeu, économique, écologique et sanitaire car en termes de qualité de l’air le gaz naturel pour véhicules (GNV) est très intéressant », note l’élu.