Villiers-le-Bel : l’assassin d’Ismaëla condamné à 18 ans de réclusion

La cour d’assises du Val-d’Oise a condamné Berky J. à 18 ans de réclusion criminelle. Il a été reconnu coupable du meurtre avec préméditation d’Ismaëla, 23 ans, le 14 janvier 2017.

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 Villiers-le-Bel (Val-d’Oise), le 19 janvier 2017. Une marche blanche était organisée à la suite de la mort par balle d’Ismaëla.
Villiers-le-Bel (Val-d’Oise), le 19 janvier 2017. Une marche blanche était organisée à la suite de la mort par balle d’Ismaëla.  Le Parisien

C'était bien un assassinat pour la justice. La cour d'assises du Val-d'Oise, ce vendredi soir, a reconnu Berky J., 26 ans, coupable de meurtre avec préméditation. Il a été condamné à 18 ans de réclusion criminelle, assortie d'une interdiction définitive du territoire français, étant en situation irrégulière. Le 14 janvier 2017, il avait tué d'une balle de sanglier dans la tête le jeune Ismaëla Diaw, dans un contexte de rivalités entre quartiers de Villiers-le-Bel. L'accusé avait reconnu avoir tiré, assurant que le coup était parti accidentellement.

De 3 à 14 ans de prison pour ses complices

Morgan L., accusé de lui avoir fourni les fusils, a été reconnu coupable de complicité d'assassinat et condamné à 14 ans de prison. Ismaël T., chez qui le tireur résidait et avait trouvé refuge, accusé d'avoir stocké les armes en connaissance de cause, poursuivi également pour détention d'armes, a lui écopé de 5 ans de prison.

Enfin, Mouad I., qui était jugé par défaut, ne s'étant pas présenté à son procès, poursuivi pour avoir aidé dans sa fuite le tireur après les faits, a été condamné à 3 ans de prison. La cour a délivré un mandat d'arrêt à son encontre.

Des renforts de police ont été dépêchés au palais de justice de Pontoise ce vendredi soir pour contenir d'éventuels débordements entre les jeunes des deux quartiers présents à l'audience.

« Un contexte de rivalités qui minent les quartiers et le lien social »

Une décision mesurée de la cour d'assises après les réquisitions du ministère public le matin qui avait retenu la préméditation. L'avocate générale avait requis 25 années de réclusion criminelle à l'encontre de Kerby J.

Lors de son réquisitoire, Elodie Benaiem, avait insisté sur la gravité extrême des faits. « C'est la mort d'un jeune homme au pied d'un immeuble, dans un contexte de rivalités qui minent les quartiers et le lien social, crée un climat de violence et d'insécurité dans les cités en créant des zones de non-droit, incite au désir de vengeance privée, avait-elle souligné. Ces peines doivent être porteuses d'un message. Ces agissements, notre société ne les tolérera jamais ! »

Elle avait demandé à la cour de rendre la justice pour les habitants de la ZAC, « pris en otage par les délinquants qui vivent en marge de la société, avec leur code d'honneur, leurs trafics de stupéfiants et leurs règlements de compte où peu importe le risque d'une balle perdue ». Des personnes qui « terrorisent les habitants qui vivent dans une telle peur qu'ils refusent de répondre à une simple enquête de voisinage », en proie « à la loi du silence et à la peur des représailles ».

Un acte prémédité

Pour l'accusation, la préméditation de Kerby J. ne faisait pas de doute. « Il s'est armé à trois reprises, à trois moments différents, à chaque fois avec une arme chargée ». L'avocate générale avait évoqué son déplacement à la chicha pour chercher Ismaëla qui n'y était pas, puis le moment où il descend de chez lui pour aller à la rencontre du jeune homme venu s'expliquer dans la ZAC.

« Enervé de s'être fait frapper devant ses amis, il décide de chercher une autre arme pour se venger. Il la charge. Alors que la victime repart, il l'a rattrapée. Il ne craint plus rien à ce moment-là. Ses amis tentent de le raisonner dans sa course. Ce n'est nullement un tir de sommation. C'est un tir pour tuer. » Une arme qu'il s'est procurée la veille des faits.

« Une mère broyée, une sœur détruite, des frères traumatisés »

Plus tôt, l'avocate de la famille, partie civile, Me Stéphanie Granjean, avait décrit dans sa plaidoirie cet « enfant courageux qui part à vélo à 15 ans pour son apprentissage » de boulanger-pâtissier. « Il n'était surtout pas ce caïd qui dominait le Puits-la-Marlière. Il n'était pas craint. Il était serviable et gentil. Son parcours de délinquant, il l'avait mis derrière lui et s'en servait comme d'un exemple pour ses frères et sœurs pour qu'ils continuent à travailler à l'école. » L'avocate évoquait la descente aux enfers de la famille, parlant « d'une mère broyée, une sœur détruite, des frères traumatisés », un salon « devenu un mausolée ».

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« C'est un meurtre sans pitié, sans vergogne, un crime odieux et lâche », avait auparavant témoigné une cousine d'Ismaëla à la barre de la cour d'assises. « J'ai assisté à son baptême. Je ne pensais pas assister à son enterrement. Ce n'est pas pour moi le cours de la vie. C'est une personne qu'on a aimée, qu'on aime et que l'on continuera à aimer. C'était une belle personne, aussi belle que son prénom. » La jeune femme ajoutait avoir du mal à accepter le décès. « On se réveille tous les jours en pensant que c'est un cauchemar. Mais c'est la réalité que l'on prend en face. » Et de conclure : « Nous sommes réunis ici à la cour d'assises. J'aurais voulu que nous soyons ensemble pour inaugurer la boulangerie d'Ismaëla. »