Argenteuil : les familles surendettées, encore davantage prises à la gorge

L’association le Souffle plaide pour que des mesures exceptionnelles soient mises en place par l’Etat pour les ménages endettés. Elle s’inquiète d’une explosion du surendettement à venir. Des victimes témoignent.

 Argenteuil. Naïman craint le retour des huissiers à son domicile. Elle doit 11 721 € et se réveille parfois la nuit angoissée par ses dettes.
Argenteuil. Naïman craint le retour des huissiers à son domicile. Elle doit 11 721 € et se réveille parfois la nuit angoissée par ses dettes. LP/Thibault Chaffotte.

La crise sanitaire va-t-elle faire exploser le nombre de ménages en surendettement? C'est ce que craint l'association le Souffle, basée à Argenteuil, dans le quartier du Val-d'Argent-Sud, qui accompagne les habitants dans leurs démarches administratives comme la constitution d'un dossier de surendettement.

Son président, Antoine Roger Sala, évoque une situation « catastrophique » pour beaucoup d'entre eux. « Il y a des gens qui ne travaillent plus, souligne-t-il. Beaucoup de sociétés ont fermé. Il y a des gens qui ne peuvent plus payer leur loyer. »

L'association a aidé six foyers à constituer leur dossier de surendettement l'année dernière. « Nous avons cinq dossiers en cours pour le seul mois de janvier », précise Antoine Roger Sala.

Ces dossiers sont transmis à la commission de surendettement des particuliers par l'intermédiaire de la Banque de France. Cette dernière a constaté une baisse du nombre de dossiers entre 2019 et 2020 au niveau national. Les chiffres détaillés par département doivent être publiés au cours du premier trimestre.

Argenteuil. Antoine Roger Sala est président de l’association le Souffle qui aide les particuliers à constituer leur dossier de surendettement.LP/Thibault Chaffotte.
Argenteuil. Antoine Roger Sala est président de l’association le Souffle qui aide les particuliers à constituer leur dossier de surendettement.LP/Thibault Chaffotte.  

Annuler toutes les dettes des contraventions

La commission de surendettement des particuliers peut procéder à l'effacement de la dette, sous condition. L'association plaide pour que cette mesure soit élargie en raison du contexte économique qui frappe les ménages les plus fragiles.

Antoine Roger Sala évoque les trop-perçus versés par Pole emploi ou la Caisse d'allocations familiales. Les gens se retrouvent à devoir rembourser des sommes qu'ils ont déjà dépensées.

Les amendes pour contravention aggravent aussi parfois des situations financières fragiles. Les personnes qui n'arrivent à les payer voient leur montant majoré. « Annuler toutes les dettes pour contravention en 2020, ça, l'Etat peut le faire, surtout les majorations », estime Antoine Roger Sala.

« J'ai ça à payer, ça à payer, ça à payer… »

Naïman, 85 ans, s'effondre en larmes, en évoquant ses difficultés financières. Elle a constitué son dossier de surendettement avec l'aide du Souffle. Elle a accumulé une dette de loyer importante. « J'ai dû payer 6 700 € car sinon on risquait de me mettre à la rue. J'ai dû emprunter », confie-t-elle.

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Elle a réussi à rembourser son bailleur. Ses dettes s'élèvent aujourd'hui à 11 721 €. « J'ai eu les huissiers à la maison. C'est prévu qu'ils repassent prendre des choses. J'en ai franchement ras-le-bol », avoue-t-elle, en sanglots.

Elle dispose de 1 200 € de retraite, plus 80 € par trimestre au titre de la pension de réversion de son mari. Elle doit payer un loyer de 686 €. Elle a trois enfants, deux ne travaillent pas et vivent avec elle, un troisième est allé chercher du travail à 200 km d'Argenteuil, dans l'informatique.

« Une fois, ils ont pris 400 € sur mon compte, une autre fois 200 €. Quand j'ai été hospitalisée j'ai dû payer 140 €, où est-ce que je les trouve ? soupire-t-elle. Je ne dors pas. Je me réveille en me disant : j'ai ça à payer, ça à payer, ça à payer… »

Chaque mois, 1 000 € de découvert

Belkacem, 51 ans, a toujours travaillé dur mais il a dû renoncer à son métier d'agent de sécurité. « Je n'ai jamais été au chômage. J'ai commencé à 14 ans, j'ai fait du bâtiment, poissonnier, marin-pêcheur, et même footballeur », indique-t-il.

En février dernier, une opération d'une hernie discale ne s'est pas passée comme prévu. « Il fallait en faire une autre, mais j'ai refusé. Il y avait des risques. Je préfère rester avec mes douleurs », indique-t-il. Il ne peut rester longtemps assis ou debout.

« Depuis que je suis en arrêt maladie, je me suis retrouvé chaque mois à découvert de 1 000 € », témoigne-t-il. Il ne peut compter que sur ses indemnités journalières. Son épouse ne travaille pas. Il doit désormais 13 000 € à la banque. « Ma conseillère m'a dit de baisser mon découvert, mais ce n'est pas possible », souligne-t-il.

« Le problème, c'est le loyer »

Il a fait un dossier de surendettement qui a été transmis à la Banque de France. « Lorsque le dossier est déclaré recevable, normalement les dettes sont gelées », indique Antoine Roger Sala. « Cela a été fait le 20 octobre, s'indigne Belkacem. Et le 13 et le 29 novembre, ils m'ont prélevé de 400 et 432 €, ce n'est pas normal ! »

« Le problème, c'est le loyer », résume Anthony 69 ans. Il n'a pas pu le payer pendant une longue période car il s'est retrouvé sans revenus. « J'avais déposé mon dossier pour la retraite, mais pendant un an et huit mois, je n'ai rien touché », déplore-t-il.

Le premier versement partiel date d'avril 2018 et s'élève à 227 €. Aujourd'hui, sa pension est de 820 € par mois. Son loyer est de 593 €. « Je paye mon loyer mais l'ancienne dette, je ne peux pas la payer », indique-t-il. Il doit actuellement 10 700 € à son bailleur et à son fournisseur d'électricité…

Une légère augmentation des dettes de loyer à AB habitat

Principal bailleur social d’Argenteuil, AB habitat a connu une hausse de 50 000 € des dettes locatives en 2020, soit 2,28 % d’augmentation. Cette coopérative indique avoir mis en place des dispositifs pour venir en aide aux locataires en difficulté. Une commission impayés Covid 19 a été mise ne place pour examiner la situation des locataires en impayés impactés par la crise financière et proposer des solutions adéquates. Les plans d’apurement peuvent désormais s’étendre jusqu’à 30 mois, contre 18 auparavant. Des mesures d’accompagnement pour les foyers les plus en difficultés ont aussi été créées.