Argenteuil : l’inattendue évacuation du camp de Roms

Les familles seraient parties en pensant que le jour de l’éviction était arrivé. Il y aurait eu une confusion due à une intervention de services municipaux pour bloquer l’entrée du camp aux véhicules.

 Argenteuil, mercredi 25 novembre. La municipalité estime que l’enlèvement des déchets accumulés à côté du camp de Roms va coûter 400 000 €.
Argenteuil, mercredi 25 novembre. La municipalité estime que l’enlèvement des déchets accumulés à côté du camp de Roms va coûter 400 000 €. LP/Thibault Chaffotte

Ce n'est pas comme ça que cette évacuation devait avoir lieu. Le camp de Roms de la rue des Grand-Saules, situé sous les piles du viaduc de Gennevilliers, à Argenteuil, sous le coup depuis le 1er octobre d'un arrêté municipal « de mise en sécurité portant évacuation des habitats précaires », finalement suspendu par la préfecture jusqu'à la fin du confinement, a été vidé de ses habitants, mardi. Selon la municipalité, ses occupants seraient partis d'eux-mêmes pensant que le jour de leur expulsion était finalement arrivé.

Un malentendu selon la ville

Il s'agirait d'une méprise, car si la mairie a envoyé du personnel sur place, ce n'était pas pour cette raison. « On a fait des aménagements aux abords de la rue pour empêcher qu'il n'y ait plus de déchets déposés et plus de gens qui s'installent, explique un représentant de la ville. Je ne sais pas ce qu'ils ont compris. Ils sont partis. Ils ont dû croire que c'était l'évacuation en voyant la police municipale. Je pense que c'est un malentendu. » Avant de placer les bornes, les employés ont enjoint les Roms à enlever leurs voitures, car elles ne pourraient plus sortir après.

« Une opération clandestine » pour le collectif de soutien aux Roms

« Ils ont enlevé leur véhicules et après la police municipale est intervenue et a fait partir tout le monde, accuse Jean-Claude Vitran, coordinateur du collectif de soutien aux Roms du Val-d'Oise. Pour moi, c'est une opération clandestine. Je vais faire une enquête plus approfondie pour savoir ce qui s'est passé. »

Les deux parties sont d'accord sur la suite : la mairie a envoyé des engins pour détruire les cabanes afin d'empêcher leur retour et a mis en place les bornes en béton.

La colère du collectif de soutien aux Roms

D'ailleurs, l'arrêté municipal du 1er octobre, qui ouvrait la voie à une évacuation, avec recours à la force publique, c'est-à-dire avec les moyens de l'Etat, évoquait les risques que courraient les habitants, en raison des moyens de chauffage utilisés, de la proximité de la Seine et de la pollution des sols.

En cas d'incendie, les pouvoirs publics redoutaient que cela gêne la circulation sur l'A15, voire que cela endommage le viaduc alors que celui-ci a subi 10 mois travaux en 2018 et 2019. Par ailleurs, un oléoduc souterrain qui achemine le pétrole entre Le Havre et Paris passe à proximité du site, ainsi que d'autres réseaux.

L'insalubrité du site en cause

Selon la mairie, l'insalubrité de ce camp, qui existait depuis un peu plus d'an et comptait une centaine d'habitants, devenait préoccupante. Son but sur cette parcelle, dont elle est propriétaire, était d'éviter que les déchets ne s'accumulent davantage. Les Roms avaient commencé à entasser des déchets en tout genre. Au fil des mois, les monticules avaient pris un volume considérable. Le lieu semble avoir été utilisé par des sociétés comme décharge, comme en témoignent les nombreux sacs de gravats présents sur place.

La mairie estime que l'enlèvement de ces déchets pourrait avoisiner les 400 000 €. Elle dit avoir souhaité mettre fin à l'exploitation de cette décharge en installant d'imposantes bornes en béton.