Après une altercation avec un fumeur de joint, le maire de Franconville interpelle Matignon

Xavier Melki (LR) a écrit au Premier ministre et au ministre de l’Intérieur. Après avoir interpellé une personne fumant du cannabis, il a fait l’objet d’insultes et d’outrages.

 Xavier Melki a écrit au Premier ministre et au ministre de l’Intérieur.
Xavier Melki a écrit au Premier ministre et au ministre de l’Intérieur. LP/C.L.

Xavier Melki est « en colère ». Le maire (LR) de Franconville (Val-d'Oise) a écrit ce lundi au Premier ministre et au ministre de l'Intérieur, pour les alerter sur une situation vécue le 17 septembre dernier. Ce jour-là, l'élu voit en circulant en voiture une personne consommant du cannabis sur la voie publique.

Le premier magistrat, qui détient la qualité d'officier de police judiciaire comme tous les maires, décide alors d'intervenir et signifie qu'il s'agit d'une infraction. Le ton monte, et il reçoit alors une bordée d'insultes. « Tu peux être le maire de n'importe quoi je m'en fous », « je fume un joint et alors », aurait notamment répliqué le jeune homme.

Les agents de la police municipale sont rapidement sur place mais n'obtiennent pas l'autorisation d'interpeller le fumeur de joint. Cerise sur le gâteau, l'homme aurait conclu l'échange en narguant Xavier Melki.

Il a saisi le procureur de la République

Courroucé, l'élu a donc décidé de saisir le procureur de la République et de relater l'incident aux plus hautes instances, demandant « des actes à la hauteur de la considération qu'[ils] portent à nos institutions ». « Ce qui est important pour moi, c'est de soulever ce que j'ai vu, souffle-t-il. Si on ne fait rien et qu'on ne dit rien, c'est la place nette aux extrêmes. Ce serait alors la double peine. »

Alors que de nombreux maires ont été agressés ces derniers mois, Xavier Melki, souhaite, lui, élargir le débat. « Je ne me considère pas comme quelqu'un qui devrait être plus protégé que les autres, glisse-t-il. Je suis d'abord un citoyen. J'ai cette opportunité de m'exprimer car je suis une personne publique, mais le citoyen ordinaire qui voit ça n'importe où n'a rien. Du coup, il se sent complètement impuissant. Il faut que ça s'arrête. »

«Il n'y a plus la crainte de la police»

Plus généralement, l'élu estime qu'« il n'y a plus la crainte de la police, car il n'y a plus de sanction ». « Je suis officier de police judiciaire, je suis juridiquement habilité pour relever ce genre de faits, et derrière ça ne suit pas », regrette le vice-président de la communauté d'agglomération du Val-Parisis. « C'est aussi ce que rencontrent beaucoup de policiers. Il faut mettre des mesures sur la table. »

À noter que c'est la première fois que l'élu doit faire face à ce genre de comportement. « Jusqu'alors, quand je me présentais pour décrire ma fonction, les gens étaient plutôt respectueux, lâche-t-il. Mais on était plus sur des incivilités, comme des problèmes de stationnement. Là, nous sommes sur une infraction. Je ne laisserai jamais passer un truc comme ça. »

Insultes, menaces de mort…

Xavier Melki, qui a raconté sa mésaventure sur les réseaux sociaux, a reçu de nombreux messages d'encouragement. Et notamment de son collègue d'Eragny-sur-Oise Thibault Humbert, l'exhortant à « ne rien lâcher ». Pour rappel, celui-ci avait dû faire face à une situation plus grave il y a quelques années. Il avait été insulté et avait vu sa voiture caillassée, après avoir apostrophé des jeunes de sa commune réalisant des rodéos moto, en 2017.

Plus récemment, en août dernier, Slimann Tir, adjoint au maire de Deuil-la-Barre en charge de la sécurité, a vu sa maison visée par des tirs de paintball. Le maire (LR) de Cormeilles-en-Parisis Yannick Boëdec a de son côté été menacé de mort par tags.

«Les violences sont de plus en plus nombreuses»

La colère de Xavier Melki est partagée par plusieurs de ses collègues maires du département. Un sentiment résumé par Daniel Fargeot, président de l’union des maires du Val-d’Oise, qui « regrette le manque de respect vis-à-vis de l’autorité représentée par les maires ».

« Les élus locaux sont exaspérés, et on peut comprendre cette exaspération, assène le premier magistrat (LR) d’Andilly. Les agressions de maires, c’est aussi une agression contre la République. » Il pointe « les outrages réguliers, quotidiens, et les injures » vécues fréquemment par ses confrères.

« Les violences sont de plus en plus nombreuses », souffle l’élu, qui souhaiterait que « la loi soit renforcée », mais surtout que « les peines encourues soient prononcées par les magistrats et surtout exécutées ». « La justice doit permettre aux honnêtes citoyens de vivre en sécurité », conclut Daniel Fargeot.

Un maire de Seine-et-Marne frappé à plusieurs reprises par un habitant