Agriculture biologique : le Val-d’Oise à la traîne

Avec seulement 693 hectares en culture bio, le département est le mauvais élève de la région Ile-de-France. De jeunes maraîchers, récemment installés, espèrent contribuer à inverser cette tendance.

 Chaussy, mercredi 19 février. Antonin Deshayes et Julien Pedrot ont créé Les Plants de demain après un tour de France des maraîchers.
Chaussy, mercredi 19 février. Antonin Deshayes et Julien Pedrot ont créé Les Plants de demain après un tour de France des maraîchers. LP/Djeinaba Kante

« Nous avons du retard mais les choses bougent. » Antonin Deshayes et Julien Pedrot, jeunes patrons de l'exploitation maraîchère bio Les Plants de Demain, créée en novembre 2018 à Chaussy, restent positifs sur le développement de l'agriculture biologique dans le Val-d'Oise. Même si pour l'instant, ils font figure d'exception avec quelques autres maraîchers dans ce département à la traîne.

Avec seulement, 1,28 % de ses terres agricoles cultivées de manière biologique, il est le mauvais élève d'Ile-de-France, loin derrière les Yvelines ou encore l'Essonne. Autre indicateur s'il en était besoin, selon l'Observatoire régional de l'agriculture biologique en Île-de-France, le Val-d'Oise compte seulement 6% des 19 797 hectares consacrés au bio en Ile-de-France.

Agriculture biologique : le Val-d’Oise à la traîne

Les chiffres de l'année 2019 ne sont pas encore sortis mais selon Fanny Heros du Groupement des Agriculteurs bio d'Île-de-France, « l'exploitation bio a probablement dépassé les 20 000 ha ». Cette évolution ne se traduit pas dans le département. À titre d'exemple, Les Plants de demain se sont installés sur des terres déjà consacrées à la culture bio.

La qualité du sol, un premier frein

Plusieurs raisons expliquent ce retard. Pour Charlotte Glachant de la chambre d'agriculture de la région Île-de-France, la richesse des terres val-d'oisiennes constitue un frein à la conversion à l'agriculture biologique.

« Les agriculteurs de grandes cultures bénéficient de terres riches, commente-t-elle, c'est difficile pour eux de penser à la conversion car ils perdront de l'argent forcément. » Pour la responsable de l'équipe bio de la chambre d'Agriculture, il y a aussi un effet domino dans la conversion qui s'est confirmé en Essonne et en Seine-et-Marne. « Il n'y a pas encore eu de modèle de réussite pour inspirer les autres dans la grande culture biologique » admet-elle.

Par conséquent, ce sont les maraîchers qui représentent la plus grande part de l'agriculture bio dans le Val-d'Oise : sur les 21 exploitations bios on en compte dix. Ce chiffre reste tout de même faible à l'échelle francilienne, l'Essonne en compte 40. Néanmoins, les acteurs de la filière s'organisent pour accélérer le processus. « Nous avons multiplié les événements de sensibilisation, explique Charlotte Glachant. C'est un travail sur le long terme. »

« Notre objectif est de laisser une terre plus saine »

L'exemple d'Antonin Deshayes et Julien Pedrot à Chaussy, essaimera peut-être ailleurs dans le département. Sur leur surface de 4,4 ha, située dans le domaine de Villarceaux, ils ont établi un maraîchage bio où ils cultivent toutes sortes de légumes.

L'aventure de ces anciens étudiants de l'Université de Cergy-Pontoise a commencé par une expérience fondatrice. « De janvier à octobre 2017 nous avons fait un tour de France des maraîchers, explique Antonin Deshayes. Le but était d'apprendre sur le terrain pour se rendre compte de la réalité du métier. » Produire du bio était pour eux une évidence. « Tout a été assez naturel, raconte Julien Pedrot. Notre objectif est de laisser une terre plus saine aux personnes qui nous suivront. »

Ils espèrent toucher un salaire d'ici à quatre ans

Leur quotidien est rythmé par la poursuite de leur installation, le travail de la terre, la récolte et la vente des légumes le week-end. « Nous avons plusieurs canaux de ventes, avec la Coopérative Saveurs du Vexin, sur des marchés à Vernon (Eure), à Magny-en-Vexin et aussi dans quelques restaurants » rapporte Antonin Deshayes.

En 2019, année du début de la vente de leur production, les deux agriculteurs ne se sont pas versé de salaire. Ils vivent actuellement grâce à leurs économies et l'aide de leurs proches. Dans le cahier des charges que leur a donné la chambre de l'Agriculture de la région, ils doivent être capables de se verser l'équivalent d'un smic (1 185,35 euros net) d'ici quatre ans.

« Nous vendons toutes nos productions »

Pour Julien Pedrot et Antonin Deshayes, l'entraide agricole les aidera à arriver plus vite à cet objectif. « Pour les machines, on aimerait plus de mutualisation car ça nous permettrait de réduire nos dépenses », expliquent-ils. Néanmoins l'avenir est prometteur. « Nous vendons toutes nos productions et il y a plus de demandes que d'offres. Ça va dans le bon sens » conclut Julien Pedrot, conscient du chemin encore à parcourir.