A Villiers-le-Bel, des locataires inquiets sur les conditions de leur relogement

Les locataires des tours 3 et 5 place du Bois-Joli se sont mobilisés au pied de leurs immeubles pour réclamer « une charte du relogement » et une « indemnisation ». Le bailleur CDC Habitat leur répond.

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 Samedi 23 janvier, les locataires CDC Habitat se sont mobilisés au pied de leurs immeubles d’habitation situés 3 et 5 place du Bois-Joli à Villiers-le-Bel.
Samedi 23 janvier, les locataires CDC Habitat se sont mobilisés au pied de leurs immeubles d’habitation situés 3 et 5 place du Bois-Joli à Villiers-le-Bel. DAL

« Une charte de relogement, c'est urgent », « un logement décent et une indemnisation, c'est urgent ». Les locataires des 3 et 5, place du Bois-Joli, à Villiers-le-Bel, se mobilisent pour « être concertés » par leur bailleur social CDC Habitat sur leurs conditions de relogement, en prévision de la démolition de leurs tours de 15 étages. Celle-ci doit avoir lieu au second semestre 2022, selon Jean-Louis Marsac, le maire (DVG).

Les habitants de ces logements sociaux, financés par le Prêt locatif aidé d'intégration (PLAI) et attribués aux locataires en situation de grande précarité, sont ciblés par une opération de démolition dans le cadre de la politique de renouvellement urbain (NPNRU). Ils ont créé, fin décembre, un comité de locataires affilié au Droit au logement (DAL). Samedi dernier, ils étaient une trentaine, rassemblés au pied de leurs immeubles.

Le Comité DAL des locataires du Bois joli réclame « une charte du relogement » à leur bailleur social. « Ils veulent la garantie du respect de leur choix de relogement », explicite Céline, militante au DAL, c'est-à-dire le « choix de la localisation », « le maintien du prix au mètre carré » et « les mêmes conditions, comme le parking gratuit ».

33 familles sur 136 veulent être relogées à l'extérieur

« Nous respectons les engagements que nous avons pris en juin 2017 vis-à-vis de nos locataires lors de la signature d'une charte de relogement avec la mairie de Villiers-le-Bel, les collectivités locales et l'État. Cette charte avait été présentée aux habitants lors d'une réunion publique en septembre 2018 », rétorque le bailleur CDC Habitat.

Selon lui, sur les 136 familles concernées, 52 ont déjà été relogées à Villiers-le-Bel, et 13 sont sur le point de l'être. « Les autres procédures de relogement sont toujours en cours. Nous donnons la priorité aux résidents sur tout logement de notre patrimoine situé à Villiers-le-Bel. Cependant, 33 familles ont demandé à être relogées en dehors : nous mobilisons nos équipes pour répondre à leurs demandes », indique-t-il.

« Il y a trois ans, il y a bien eu une réunion puis une enquête sociale auprès des locataires. Depuis, on a aucune information sur le relogement et la démolition. Parmi les gens qui restent, environ la moitié a reçu au moins une proposition mais ça ne correspond pas toujours. On nous met la pression avec seulement trois choix », explique une habitante du numéro 3, qui souhaite quitter Villiers-le-Bel.

Trois offres de relogement proposées

« Chaque famille se voit proposer jusqu'à trois offres de relogement à Villiers-le-Bel ou communes limitrophes », confirme le bailleur social. Lorsque ces premières propositions sont refusées, CDC Habitat propose « des alternatives ». « Nous sommes tenus par la loi de proposer un logement adapté (taille et prix) quitte à ce qu'il soit en dehors de Villiers-le-Bel si nos premières propositions sont refusées ».

« J'ai reçu une première proposition pour Montmagny mais il y avait tout à refaire, les murs, les sols, les toilettes etc. La deuxième proposition était à Villiers-le-Bel sans ascenseur alors que mes parents sont âgés. C'était un F3, plus cher mais plus petit, donc mon frère aurait dû prendre un studio de son côté, ce qui fait des frais en plus », illustre la locataire du numéro 3.

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Selon le comité, des logements éloignés de Villiers-le-Bel ont été proposés à des retraités qui y vivent depuis trente ans. Sous la pression, une dame aurait accepté un logement plus cher et une autre un appartement où les travaux n'étaient pas faits. Jean-Louis Marsac réaffirmait aussi récemment que « tous les habitants qui le souhaitent pourraient rester sur la commune ».

Respect du prix au mètre carré

« Nous nous sommes engagés à proposer à chaque famille un logement au même prix mensuel au mètre carré (loyer + charges), rappelle le bailleur social. Nous respectons scrupuleusement cet engagement dans nos propositions. Quand les familles les refusent, les nouvelles tiennent compte des revenus, de la structure familiale, etc. pour que toutes les familles concernées évitent les difficultés de paiement. »

Toutefois, CDC Habitat reconnaît « avoir réalisé plus de décohabitations que le nombre de souhaits émis lors de l'enquête sociale. Les familles ne peuvent être relogées dans une typologie de logement qui serait en inadéquation avec leur composition familiale actuelle, par exemple si elles n'ont plus d'enfants à charge ».

Les locataires souhaitent aussi s'assurer de la garantie de remise en état de leur nouveau logement. « S'ils quittent un habitat dégradé, ce n'est pas pour retrouver un habitat indécent ! », pointe Céline. « Dans le cadre des relogements, tous les logements proposés font l'objet de travaux de remise en état avant emménagement. En fonction des demandes des locataires, nous réalisons des travaux supplémentaires », promet CDC Habitat.

À Villiers-le-Bel, le comité DAL du Bois joli pointe notamment un trou dans la façade de leur immeuble.Comité DAL Bois Joli.
À Villiers-le-Bel, le comité DAL du Bois joli pointe notamment un trou dans la façade de leur immeuble.Comité DAL Bois Joli.  

Le bailleur ne fera pas de «geste financier»

Le comité réclame aussi « l'indemnisation des locataires » au titre de leur préjudice moral pour leurs conditions de vie, avec a minima « le remboursement de leurs charges ». « Comme les tours sont vouées à la démolition, l'entretien du bâtiment n'est plus du tout fait depuis trois ans. Il y a des trous dans la façade, les canalisations d'eaux usées qui pètent, des rats, etc. », énumère Céline, photos à l'appui.

« Les remboursements de charge et autres gestes financiers ne sont pas l'étude », répond le bailleur social. Il considère en effet que « les bâtiments en question sont régulièrement entretenus ». Les habitants ne peuvent pas l'entendre : « Des gens vivent encore ici, sans lumière dans l'escalier, sans ascenseur pendant des mois. C'est invivable. Leur stratégie est de pousser les gens à partir d'eux-mêmes ou à accepter quelque chose qui ne leur plaît pas », peste la locataire.

Dans les parties communes, une explosion de canalisation avec déversement d’excréments en juin 2020 a rendu inaccessible le rez-de-chaussée pendant plusieurs jours.Comité DAL Bois Joli.
Dans les parties communes, une explosion de canalisation avec déversement d’excréments en juin 2020 a rendu inaccessible le rez-de-chaussée pendant plusieurs jours.Comité DAL Bois Joli.  

Le comité sera reçu par CDC Habitat, ce mercredi. « Cette réhabilitation importante permettra à terme d'améliorer les conditions de vie de nos locataires, et c'est bien là notre préoccupation principale. Nous réhabilitons plus de 810 logements dans le quartier, et investissons à partir de nos propres ressources : 40 millions € sur les 200 millions € mobilisés au total », conclut le bailleur social.