A Sarcelles, les détracteurs du maire dénoncent une «chasse aux sorcières»

Elu en juin, le maire (PS) Patrick Haddad met en place son administration. Ses opposants y voient une volonté de «purger» les services des fidèles de François Pupponi. Ce que réfute l’entourage du nouvel édile.

 Sarcelles (Val-d’Oise). Une sorte de remaniement des services municipaux est en cours à l’hôtel de ville, comme c’est souvent le cas lorsqu’un nouveau maire est élu.
Sarcelles (Val-d’Oise). Une sorte de remaniement des services municipaux est en cours à l’hôtel de ville, comme c’est souvent le cas lorsqu’un nouveau maire est élu. LP/A.C.

Une élection municipale ne s'arrête pas à la proclamation des résultats. Après la fièvre électorale vient, pour le maire élu, un deuxième temps, plus froid mais tout aussi stratégique, celui du choix des personnalités clés de l'administration.

« Quand un nouveau arrive, il veut placer des hommes de confiance, à tous les postes de direction, décrypte un agent. Nous, on doit faire notre boulot de la même façon, quelle que soit la couleur politique. Après, on sait tous qu'on peut sauter en cas de changement… »

A Sarcelles (Val-d'Oise), le nouveau premier magistrat (PS), Patrick Haddad, veut tourner la page d'un règne long de vingt-cinq ans du député (DVG) François Pupponi. Fort de sa légitimité remportée dans les urnes, l'élu met en place son administration.

Deux nouveaux à des postes stratégiques

Un directeur des services techniques (DGS), venu de Chambly (Oise), et une directrice des ressources humaines (DRH), en provenance de Bobigny (Seine-Saint-Denis), viennent d'être nommés. Deux postes influents et structurants, laissés vacants pendant toute la campagne municipale.

« Qu'il place des personnes de confiance, pour que la machine tourne correctement, c'est normal, confie un fonctionnaire. Après, il ne faut pas que cela tourne aux règlements de comptes… » Ses détracteurs dénoncent une « chasse aux sorcières » au sein des services municipaux, prêtant à Patrick Haddad une volonté de « purger » l'administration.

Deux policiers municipaux ont été suspendus après l’été (illustration). Le Parisien
Deux policiers municipaux ont été suspendus après l’été (illustration). Le Parisien  

Comme s'il voulait gommer les agents les plus fidèles à François Pupponi. « Certains ont été sommés de dégager parce qu'ils m'étaient trop proches, alors qu'ils font leur travail correctement, affirme le député et leader de l'opposition municipale. Soit vous baissez la tête en vous soumettant au nouveau maire, soit vous êtes poussés dehors. Ce sont des méthodes scandaleuses, mais qui ne m'étonnent pas de sa part! C'est sa personnalité. »

Du changement dans la police municipale

L'entourage du maire réfute farouchement. « Personne n'a été convoqué pour lui signifier qu'il n'est plus le bienvenu, personne n'a été sommé de partir. Nous travaillons, depuis plusieurs mois, avec des agents recrutés sous François Pupponi, cela se passe très bien, affirme-t-on. Ces accusations sont assez cocasses quand on connaît certaines pratiques managériales appliquées en son temps… »

Les syndicats s'inquiètent de « mises à pied signées à tour de bras ». Deux policiers municipaux ont, par exemple, été suspendus de leurs fonctions au sortir de l'été. « La délégation n'exclut pas le contrôle, prévient Pierre Baudin, délégué Unsa. Si ce sont des sanctions purement professionnelles, nous n'avons pas notre mot à dire. Mais il faut qu'elles soient conformes à la loi, et justifiées ! »

«Ce ne sont pas des questions de personnes»

Or, juge-t-il, une agente, connue pour avoir eu des différends avec la direction de la police municipale, a été suspendue et désarmée « sans raison valable ». « Et surtout, en dehors de tout cadre légal! Elle n'a même pas été convoquée, sans jamais pouvoir se défendre », fustige Pierre Baudin. « Tout cela est réalisé dans le cadre d'une procédure, très stricte. Il y a eu plusieurs dossiers disciplinaires réalisés », rétorque-t-on dans l'entourage de Patrick Haddad.

Un agent persiste à dénoncer une « décision sans fondement. D'ailleurs, les problèmes relationnels pointés étaient d'actualité avant les élections. Pourquoi agir maintenant ? Si ce n'est faire le ménage quand ils ont le pouvoir. » « Ces procédures sont lancées à la demande des chefs de service, ce n'est pas le fait du maire, argue-t-on en mairie. Nous remettons certaines choses en ordre. Ce ne sont pas des questions de personnes, mais de modes de fonctionnement. »