À Roissy, une bataille de trente ans pour créer un golf près de l’aéroport

Ce projet a enfin vu son aboutissement, en accueillant ses premiers golfeurs depuis le 18 septembre. Mais il y a eu de nombreux obstacles avant d’en arriver là et éviter que cet espace ne soit happé par un projet immobilier, en raison de la proximité avec l’aéroport.

 Roissy, dimanche 27 septembre. Le practice et le parcours du golf international de Roissy sont ouverts depuis le 18 septembre dernier.
Roissy, dimanche 27 septembre. Le practice et le parcours du golf international de Roissy sont ouverts depuis le 18 septembre dernier. LP/Frédéric Naizot

Les golfeurs sont arrivés. Ouvert depuis le 18 septembre, le golf de Roissy-en-France est l'achèvement d'un projet vieux de trente ans et qui a coûté 32 millions d'euros. C'est aussi la concrétisation du rêve d'André Toulouse (LR), maire de 1977 à 2020. « Le point de départ, c'est 1988 ou 1989, relate-t-il. Il y avait une poussée de l'économie extraordinaire. »

Le petit village (2 900 habitants aujourd'hui) a vu grandir l'aéroport. Inauguré en 1974 par le Premier ministre de l'époque Pierre Messmer, il s'enrichit d'une deuxième aérogare en 1982. En 1989, les terminaux 2C et 2D, s'ajoutent aux 2A et 2B. « J'ai compris par les gens qui venaient me voir pour l'immobilier, que ça allait exploser », se souvient André Toulouse.

Une idée des Anglais

L'élu cite notamment un important projet de centre commercial et centre de congrès qui devait voir le jour entre Gonesse et Roissy. Dès lors, il redoute que la Vallée verte, un espace boisé et vallonnée de 90 hectares entre sa commune et Vaudherland, déjà classé dans le plan d'occupation des sols, ne soit happé par un projet immobilier.

« Craignant que l'Etat nous impose n'importe quoi, j'ai créé une société d'économie mixte », rappelle-t-il. L'élu réunit des investisseurs et un architecte pour avoir la main sur les projets immobiliers. L'idée est d'organiser l'implantation des entreprises autour de la Vallée verte. Un groupe d'investisseurs anglais en visite lui fait alors remarquer que le site serait propice à l'aménagement d'un golf. « Trois mois après, un autre groupe d'Anglais me fait la même réflexion. Là, je me suis dit : c'est peut-être une idée à creuser », indique-t-il.

Un parcours comme un chemin de croix

Ce tapissier décorateur de métier se met alors au golf. Il s'imprègne de cette culture, fréquente les parcours de Mont Griffon, à Luzarches, voyage et acquiert la conviction que c'est le projet qu'il lui faut. « Je me suis heurté à un mur d'incompréhension », soupire-t-il. Les propriétaires fonciers résistent. « Je n'ai pas été aidé par la préfecture. On a eu des réunions épiques. J'étais prêt à démissionner », souligne-t-il. Il voit dans ce projet un moyen de faire conserver au village son aspect rural. « Mais un golf pour un village, ça ne passe pas pour l'Etat, reprend-il. Mais si ça devenait un projet intercommunal, ça passait. »

Les permis de construire, les achats de terrain peuvent commencer à partir de 2010. Des recours sont déposés contre le projet, notamment par les écologistes. « J'étais dégoûté, je pensais qu'ils allaient me soutenir », déplore-t-il. Les recours sont purgés en 2015, année du démarrage des travaux. Après plusieurs aléas, l'ouverture prévue en 2019 a été repoussée en printemps 2020, puis à septembre. Le voilà, désormais achevé.

LP/Fr.N.
LP/Fr.N.  

UN GOLF AUX PRÉTENTIONS INTERNATIONALES

Le golf de Roissy-en-France nourrit de grandes ambitions. « On veut en faire un golf de stature internationale », souligne Swann Gueydan, son directeur. Outre sa proximité avec l'aéroport, le site est proche de nombreux hôtels.

« On a 6 000 chambres à quelques minutes », ajoute-t-il. La clientèle de ces établissements fait clairement partie des cibles, notamment le personnel navigant des compagnies aériennes, mais les établissements scolaires du secteur aussi, ainsi les que les pratiquants de toute l'Ile-de-France. À 1 990 euros l'abonnement annuel, il vise 600 membres.

Pour asseoir sa réputation, le golf de Roissy veut aussi se distinguer sur le plan sportif. Il accueillera son premier tournoi professionnel les 23, 24 et 25 octobre. « On aura des golfeurs du Challenge tour et du Alps tour, ça correspond aux 2e et 3e divisions européennes », précise-t-il. Plus tard, il n'exclut pas d'accueillir des joueurs de plus haut niveau encore mais il estime que le golf doit « monter en maturité » pour le faire.