A Parmain, le futur «hameau des impressionnistes» tracasse les habitants

Des recours contestent des projets immobiliers validés par l’ex-municipalité du Val-d’Oise. Le nouveau maire, élu sur un programme anti-bétonnage, doit trouver un compromis entre les attentes de la population et la loi.

 Dans le quartier du Val-d'Oise, à Parmain, il est prévu de construire 60 nouveaux logements à la place de ce champ cultivé.
Dans le quartier du Val-d'Oise, à Parmain, il est prévu de construire 60 nouveaux logements à la place de ce champ cultivé. LP/Marie Persidat

« Découvrez le hameau des impressionnistes […] devenez propriétaire d'un duplex dans un décor d'exception, à partir de 173 000 euros. » Voilà le genre d'annonces immobilières dont la plupart des habitants de Parmain (Val-d'Oise) se passeraient bien. Surtout depuis qu'ils ont élu un nouveau maire, en juin, au terme d'une campagne électorale presque entièrement tournée vers le problème de l'urbanisme. Loïc Taillanter a été choisi par les électeurs en promettant notamment de revoir les programmes immobiliers en cours sur la ville afin de ne pas la défigurer.

Quatre mois plus tard, certains projets sont toujours d'actualité et font l'objet d'une farouche opposition. A commencer par ce futur « hameau des impressionnistes », prévu au cœur du quartier du Val-d'Oise : soixante logements doivent y remplacer un champ toujours cultivé. Le permis de construire a fait l'objet d'un recours en contentieux déposé en juillet par le collectif de riverains du secteur. Il n'a pas encore été examiné en audience par la justice.

Malgré cela, les habitants ont vu défiler le week-end dernier de potentiels futurs acquéreurs venus visiter le site. « Nous sommes très surpris de constater que le promoteur a commencé à mettre en vente sans attendre la décision de justice », s'inquiète Catherine Gerin-Roze, l'une des riveraines qui ne cache pas son inquiétude.

Preuve que l'angoisse des habitants face à l'urbanisation est toujours forte, un autre recours vient tout juste d'être déposé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise, concernant un quartier différent. Avec le concours de l'association Respecter Parmain, des habitants demandent l'annulation du permis de construire du vaste programme « Nesles 2 » qui implique l'aménagement de 108 logements dont 78 à caractère social. Nous sommes cette fois-ci sur les hauteurs de la ville, en limite d'agglomération, là où bois et forêts commencent à se dessiner.

Avec Nesles 2 disparaît un bio corridor

« Ce projet est choquant d'un point de vue de la sécurité et de l'environnement », estime Antoine Gréco de Respecter Parmain. « Cela va bien au-delà d'un simple problème de riverains », ajoute celui qui a mis le dossier dans les mains de la justice le 9 novembre, avant de rappeler que le projet a reçu un avis défavorable de l'architecte des bâtiments de France et de la commission départementale des sites.

« La parcelle concernée est sur une zone agricole avec très peu d'accès, souligne Marc Tourniaire qui vit un peu plus loin. Actuellement la côte de Nesles (NDLR : où débouchera la future résidence) est déjà saturée à 8 heures du matin. Et pour les piétons, la circulation est très dangereuse si on veut rejoindre le centre. » Le programme immobilier serait en outre implanté sur un secteur naturel identifié comme étant un bio corridor.

S'il était au départ prévu de reboiser une parcelle voisine, pour compenser cette disparition, la zone compensatoire a disparu du dernier projet au profit d'un geste d'ordre financier. Dans son recours, Respecter Parmain pointe du doigt ce changement en réclamant une étude d'impact environnemental. Enfin une autre étude hydraulique cette fois-ci ne serait pas du luxe, jugent les riverains, dans un secteur très pentu et sujet au ruissellement.

La nécessité de construire des logements sociaux

Le nouveau maire en revanche est beaucoup plus mesuré. Face à ces deux projets hérités de l'ancienne mandature — comme de nombreux autres — Loïc Taillanter se veut pragmatique. « Nous avons besoin de Nesles 2 », confie l'élu contraint de tendre vers les 25 % de logements sociaux imposés par la loi Solidarité et renouvellement urbain (SRU). Avec seulement 8,88 % de social dans son parc immobilier au 1er janvier 2019, Parmain est à l'heure actuelle le plus mauvais élève du département.

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La ville doit construire 163 logements sociaux d'ici la fin 2022 pour commencer à rattraper son retard. « Cette situation impacte notre budget (NDLR : la ville paie 58000 euros de pénalités par an). Ce serait irresponsable de dire, en tant que maire, que nous ne respectons pas la loi. » Loïc Taillanter reconnaît toutefois que le projet Nesles 2 doit être modifié. « Ce qui m'inquiète, c'est la circulation. »

«J'ai été élu pour préserver le cadre de vie des habitants»

En revanche, le nouvel élu soutient ouvertement le recours déposé contre le programme immobilier du Val-d'Oise. Dans une lettre adressée au collectif d'habitants, destinée à compléter leur dossier juridique, il pointe du doigt ce qu'il estime être « un vrai souci de sécurité publique » : le quartier est trop enclavé et ne devrait donc pas accueillir davantage d'habitants.

Sujet d'autant plus d'actualité que le secteur — coincé entre une voie ferrée et l'Oise — se trouve depuis de nombreux mois coupé du monde à cause d'une concomitance de deux chantiers. « Nous voyons bien en ce moment que si le passage à niveau est fermé, les véhicules des pompiers par exemple ne peuvent accéder au quartier. » Le maire confie d'ailleurs vouloir travailler à plus long terme sur le désenclavement de la zone pavillonnaire déjà existante.

Une révision du plan local de l'urbanisme annoncée

Comme il annonce aussi vouloir agir d'un point de vue général sur la politique urbaine. « Nous avons déjà refusé plusieurs projets qui avaient reçu l'accord de la précédente mandature (NDLR : 80 logements collectifs à côté de la maison médicale et une soixantaine de logements sociaux rue du Maréchal-Foch), annonce Loïc Taillanter. Si j'avais accepté tout cela, je ne pourrais plus me regarder dans la glace. J'ai été élu pour préserver le cadre de vie des habitants de Parmain. »

Dès le début de l'année prochaine, la nouvelle équipe municipale compte lancer une révision du plan local d'urbanisme. « Nous voulons diminuer les constructions dans les zones tendues et limiter les hauteurs en général. Il faut aussi donner des possibilités d'aménagement dans des zones aujourd'hui protégées pour permettre l'uniformisation des constructions. L'idée, c'est d'arrêter de densifier uniquement au même endroit. »