A Cergy-Pontoise, les bus mettent les gaz vers la transition énergétique

Symbole d’une volonté régionale de verdir le réseau de bus, les lignes de la Stivo sont les premières à être massivement converties au biogaz. Un changement qui devrait rapidement avoir un effet sur la qualité de l’air.

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 Les nouveaux véhicules sont progressivement mis en service depuis la mi-décembre.
Les nouveaux véhicules sont progressivement mis en service depuis la mi-décembre. LP/Marie Persidat

Un trajet en bus sans la désagréable odeur de gazole qui emplit les narines, c'est désormais la norme pour près de la moitié des usagers de la Stivo, la société de transport de l'agglomération de Cergy-Pontoise (Val-d'Oise). Le réseau est en effet en train de subir une transformation majeure avec la mise en service de 56 nouveaux véhicules roulant au gaz, ce qui représente près de la moitié de la flotte circulant sur le territoire.

« Un tel renouvellement d'un coup, c'est exceptionnel, on n'a jamais vu ça », confie Marcel Marquez, le directeur d'exploitation. Ce coup d'accélérateur brutal s'inscrit dans le cadre d'une véritable course vers la transition énergétique lancée par Ile-de-France Mobilités. Le syndicat des transports de la région finance d'ailleurs à 100 % tout ce nouveau matériel. Et l'investissement est de taille.

Une autonomie plus importante que l'électrique

Rien que pour convertir le centre opérationnel bus de Saint-Ouen-l'Aumône, 3,7 millions d'euros ont été déboursés. Le centre de la Stivo a ainsi été relié au réseau de gaz haute pression, doté de deux compresseurs et aménagé afin de permettre le ravitaillement en gaz de ses bus. De grands portiques quadrillent désormais le parking numéro 1 afin de permettre le branchement en charge lente, durant la nuit, des véhicules. Soixante-six places ont déjà été équipées. Et un poste de « charge rapide » complète l'ensemble, en cas de besoin, permettant de remplir le réservoir de gaz en un quart d'heure.

Ici, c'est le gaz qui a été choisi comme nouveau carburant, tandis que dans bien d'autres dépôts d'Ile-de-France, la transition s'oriente plutôt vers l'électrique. Mais les choix sont faits en fonction des contraintes de chacun, et les bus de Cergy-Pontoise ont besoin d'une autonomie importante, un service représentant en moyenne 350 km quotidiens.

Des installations permettant de filtrer et compresser le gaz ont été aménagées au sein du dépôt de la Stivo à Saint-Ouen-l’Aumône. LP/Marie Persidat
Des installations permettant de filtrer et compresser le gaz ont été aménagées au sein du dépôt de la Stivo à Saint-Ouen-l’Aumône. LP/Marie Persidat  

« Il nous faut des solutions éprouvées, martèle Marcel Marquez. A 4 h 30, on commence et il n'est pas question que certains bus ne démarrent pas ! Nous transportons 80000 personnes par jour. » Dans les ateliers de la Stivo, les agents découvrent donc une nouvelle technologie. A part les compétences à acquérir, l'arrivée du gaz ne change pas grande chose. La sécurité a seulement été renforcée dans le grand hangar. « Nous avons installé des équipements supplémentaires pour la détection gaz et incendie », détaille Marc Charbonnel, responsable maintenance.

Plus facile à conduire, meilleur confort pour les usagers

C'est sur le toit des bus qu'est stocké le carburant leur permettant d'avancer. « Il faut être un peu plus souple dans la conduite sur les ronds-points, c'est un peu comme si on avait un canapé sur la galerie. » Mais d'une manière générale, « la plupart des chauffeurs (NDLR : ils sont 300 à la Stivo) disent qu'ils sont plus agréables à conduire », relate le directeur d'exploitation. Même constat pour les voyageurs qui gagnent en confort : les nouveaux modèles sont mieux éclairés, munis d'une troisième porte d'accès et de quelques ports USB à l'intérieur.

Mais c'est surtout l'atmosphère qui devrait voir une différence. Car bien sûr cette petite révolution vise avant tout à améliorer la qualité de l'air. Et en passant à réduire le bruit ambiant puisque les véhicules sont plus silencieux que des diesels. Ces derniers ne sont plus que 39 à circuler sur les routes de Cergy-Pontoise (sur 121 au total dont 26 hybrides).

Des bus propres partout en Ile-de-France pour 2029

Une situation qui ne devrait pas durer longtemps d'après les objectifs affichés par Ile-de-France mobilités. « Nous avons une feuille de route ambitieuse qui n'a pas d'équivalent en Europe », déclare Grégoire de Lasteyrie, maire (LR) de Palaiseau (Essonne) et délégué spécial aux nouvelles mobilités à la région. « La transition énergétique des bus et cars sera effective dans 100 % des villes denses en 2025 et partout en Ile-de-France en 2029. On parle de la conversion de 10000 véhicules. »

Le dépôt de la Stivo a été réaménagé et 56 nouveaux bus fonctionnant au gaz ont renouvelé la flotte. LP/Marie Persidat
Le dépôt de la Stivo a été réaménagé et 56 nouveaux bus fonctionnant au gaz ont renouvelé la flotte. LP/Marie Persidat  

Rien qu'en 2021, 641 bus électriques ou au gaz seront mis en fonction. « Cette année également, treize dépôts de bus vont être équipés pour le biométhane et deux pour l'électrique, ce qui représente un investissement de 55 millions d'euros. C'est un vrai changement fort », appuie le conseiller régional. « Cela va permettre de réduire les particules fines. »

D'où vient le biométhane ?

« Véhicule 100 % biométhane ». Voilà le slogan arboré par les nouveaux bus circulant sur la communauté d'agglomération de Cergy-Pontoise. Mais qu'est-ce que ce label peut vouloir dire alors qu'aucun « biogaz », issu de la fermentation de matière organique, n'est encore produit dans le secteur ? Les véhicules de la Stivo circulent en réalité grâce au gaz habituel, celui qui se trouve dans les canalisations du réseau grand public.

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Les fournisseurs injectent dans le réseau national une certaine quantité de biogaz, issu des centres de méthanisation. Ces mètres cubes sont commercialisés à un prix légèrement supérieur. Les entreprises qui les achètent ne les consomment donc pas directement mais participent au développement de l'énergie verte car les sommes perçues permettent de rémunérer les producteurs de biométhane à un tarif garanti pour 15 ans (ce qui incite au développement de nouveaux projets.)

Il ne s'agit donc pas d'un simple effet d'annonce. Cependant, pour les défenseurs de l'environnement, il faut aller encore plus loin dans la démarche. Ainsi, s'ils saluent le passage au gaz d'une partie de la flotte de la Stivo, le Groupe EELV Cergy-Pontoise demande à l'agglomération d'accélérer la mise en œuvre d'autres projets.

En particulier « l'implantation de stations d'avitaillement GNV (NDLR : gaz naturel pour véhicules), ce qui permettra la reconversion du parc de camions des entreprises de logistique et des flottes de véhicules des collectivités ». Les Verts souhaitent aussi qu'avance plus vite « l'étude, en partenariat avec le PNR Vexin, du développement de la filière de méthanisation pour produire du biogaz à partir des déchets agricoles et alimentaires des ménages ». Autrement dit, le biogaz dans les bus, c'est bien. Mais ce serait encore mieux s'il était produit sur place.