À Argenteuil, messe virtuelle mais Eucharistie en physique

Les prêtes se relaient, tous les jours, pour assurer la communion, sacrement essentiel dans la religion catholique, aux fidèles qui le souhaitent. Un moindre mal, pour des paroissiens déçus de ne pas pouvoir assister à la messe.

 Argenteuil, ce dimanche. Marie-Noëlle vient, tous les jours, chercher l’Eucharistie.
Argenteuil, ce dimanche. Marie-Noëlle vient, tous les jours, chercher l’Eucharistie. LP/V.T.

Catharina enfile son masque avant de passer les imposantes portes en bois de la Basilique Saint-Denys, à Argenteuil. « Novice » en informatique, elle n'a pas su suivre la messe, à 11 heures, retransmise en direct sur YouTube et Facebook. Alors, en ce début d'après-midi dominical, Cette retraitée d'origine italienne vient pour l'Eucharistie (et donc l'hostie). « C'est un moindre mal, pour moi », soupire-t-elle.

Les rassemblements étant interdits pendant ce confinement, et les messes traditionnelles impossibles, les prêtes du lieu de culte se relaient, tous les jours, pour assurer une permanence physique permettant de donner l'Eucharistie aux fidèles qui le souhaitent. Une petite salle est dédiée pour cette communion, sacrement essentiel du christianisme qui commémore et perpétue le sacrifice du Christ. A l'intérieur, seul le prêtre et un fidèle. « La messe, se rassembler en communauté, nous manque mais il faut tenir, pense Catharina. Au moins, nos prêtes nous apportent un peu de gaieté. »

Une présence quotidienne

Les hommes de Dieu se mettent à disposition aux paroissiens tous les jours de 9 heures à 19 heures, et de 14 heures à 20 heures, le dimanche. Un chapelet à la main, Emmanuel ajuste son masque sur son nez avant d'aller se recueillir. Ce père de famille, âgé de 42 ans, y voit une « bien maigre consolation. Nous avons de nous rassembler. Déjà, au premier confinement, nous avons suivi les recommandations à la lettre. Là, c'est un peu long », râle-t-il.

Emmanuel estime les catholiques « assez intelligents » pour s'organiser et respecter la distanciation sociale au sein des lieux de culte. « L'Etat pourrait, au moins, nous laisser l'expérimenter, soutient-il. Nous n'avons pas l'ambition de nous contaminer! »

Dans son manteau matelassé rouge, Marie-Noëlle, 66 ans, vient quotidiennement pour l'Eucharistie. « C'est un moment essentiel dans notre religion. J'ai besoin de venir me recueillir pour entretenir ma foi », confie-t-elle.

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À Argenteuil, messe virtuelle mais Eucharistie en physique

Ancienne rhumatologue à la retraite, cette habitante du quartier des Coteaux éprouve des « difficultés » à respecter l'interdiction de célébrer la messe. « Prier devant mon ordinateur n'est pas très réjouissant », marmonne Marie-Noëlle. La médecin, volontaire pendant la première vague pour gonfler les rangs d'hôpitaux saturés, dit « comprendre » les rassemblements illégaux survenus devant des églises en France.

« Ne nous mettons pas en danger »

Pour autant, elle ne les « soutient pas ». « Je suis quelqu'un de disciplinée, j'ai confiance en l'Etat, même si je ne partage pas toutes leurs opinions et décisions, souligne Marie-Noëlle, avec beaucoup de recul. Oui, la messe est LE moment important de notre vie. Il est difficile, pour nous, de s'en passer. Mais restons sérieux, vigilants encore un temps. Ne nous mettons pas en danger. »

Un avis précautionneux, partagé par les catholiques de Pontoise, à l'autre bout du Val-d'Oise. Ils avaient, eux, déposé une demande d'autorisation de manifestation en préfecture pour se rassembler, ce dimanche à 15 heures, sur le parvis de la cathédrale Saint-Maclou. Avec, comme partout ailleurs, la volonté de montrer leur « attachement » à la messe. Les services de l'Etat l'avaient, ce vendredi, interdit.

« La réponse est assez argumentée, il semble que le virus circule de manière très forte dans le Val-d'Oise. Nous ne sommes pas des hors-la-loi, nous voulions juste nous exprimer », confiait vendredi Nathalie Thomas, présidente de l'association familiale catholique du Vexin. Elle a, ainsi, appelé les fidèles à ne pas se rendre au rendez-vous. Ils l'ont écouté. Ce dimanche, le parvis est bel et bien resté désert.