VTT : «Il me reste à gagner les Jeux olympiques», lance Pauline Ferrand-Prévot

En remportant son troisième titre mondial samedi, Pauline Ferrand-Prévot a marqué encore un peu plus l’histoire de son sport. Prochain objectif ? Les Jeux olympiques.

 « Le nombre de titre mondiaux n’est pas le plus important. Ce que je veux, c’est me faire plaisir », assure Pauline Ferrand-Prévot.
« Le nombre de titre mondiaux n’est pas le plus important. Ce que je veux, c’est me faire plaisir », assure Pauline Ferrand-Prévot. Icon Sport/Jasmin Walter

Elle savoure mais elle en a l'habitude. Pauline Ferrand-Prévot a conservé, samedi en Autriche, son titre de championne du monde de cross-country et remporté son troisième maillot arc-en-ciel de la discipline après 2015 et 2019. La Rémoise de 28 ans a aussi gagné son neuvième titre de championne du monde, toutes disciplines confondues. Elle nous raconte son exploit.

Que ressentez-vous 24 heures après votre titre ?

PAULINE FERRAND-PRÉVOT. Je suis fatiguée mais heureuse. Cette saison, tout s'est enchaîné avec la Coupe du monde et comme à cause du Covid, toutes les courses ont été concentrées dans le temps, c'était assez chargé ces derniers temps. Quand on est dans le truc, on ne s'en rend pas compte mais ce n'est pas simple à gérer.

Vous comprenez que vous êtes encore championne du monde ?

Je commence à prendre conscience que j'ai réalisé un petit exploit et que je suis arrivée à réaliser ce que je voulais.

C'est un exploit par rapport à quoi : l'année particulière, votre opération en janvier, le troisième titre… ?

Un peu tout ça. Il y a eu cette nouvelle opération en janvier (NDLR : pour une endofibrose iliaque à la jambe gauche) qui n'était pas prévue. Ce fut une mauvaise surprise. Ensuite, quand j'ai commencé à revenir à mon niveau, il y a eu le début de la pandémie avec le confinement.

Comment l'avez-vous traversé ?

En respectant tout à la lettre, en restant à m'entraîner à l'intérieur ce qui a bouleversé mon quotidien. Après, il y a eu plein de courses annulées dont les Jeux olympiques qui étaient le grand objectif de l'année. C'était une année tellement spéciale. J'ai réussi à rester tout le temps motivée mais il a fallu s'adapter à plein de choses avec beaucoup d'incertitudes.

La course a semblé presque facile…

Ce n'est pas le mot. Quand je suis arrivée en Autriche en début de semaine, le circuit était sec et pas trop technique. Mais il s'est mis à pleuvoir en milieu de semaine ce qui a rendu le terrain glissant voire parfois dangereux dans les descentes. Mon but était de prendre un bon départ pour ne pas être gênée dans ces descentes justement. J'ai vu après la première descente que j'avais fait le trou et j'ai voulu courir seule.

Avez-vous encore de la place dans vos armoires pour tous vos maillots arc-en-ciel ?

En fait, celui de samedi, je l'ai donné à mon entraîneur Barry Austin. Il est Sud-Africain et cette fois, il a réussi à venir. Il a pris le premier avion quand il a appris que l'Afrique du sud ouvrait ses frontières. L'année dernière, il était derrière sa télé et j'ai voulu le remercier. Il a toujours été là pour moi et cette victoire est aussi la sienne. Je lui ai donc donné ma médaille et le maillot.

Etre championne du monde, c'est devenu une routine ?

Evidemment non. Remettre son titre en jeu n'est jamais évident. Cela donne une pression supplémentaire mais je ne me suis pas sentie stressée et ce titre, il est beau, car tout s'est déroulé comme je l'avais imaginé. L'émotion était aussi forte même si j'ai gagné avec 3 minutes d'avance.

Cette douleur qui revient à la jambe, vous fait-elle toujours peur ?

Je n'ai pas peur qu'elle revienne car je sais maintenant que je peux être prise en charge tout de suite. En janvier, quand j'ai eu à nouveau mal, j'ai appelé mon chirurgien le dimanche soir, il m'a donné un rendez-vous le lundi matin et le jeudi, j'étais opérée. J'ai un super médecin qui avait été formidable la première fois et encore plus cette fois-ci. Surtout, j'ai identifié cette douleur qui m'a tellement empoisonné la vie. Maintenant, je la connais et je peux la dompter.

Comment expliquez-vous le triomphe des Bleus qui ont gagné trois titres avec vous, Jordan Sarrou et Loana Lecomte ?

Nous sommes arrivés dans une bonne dynamique. On savait que Loana avait de grandes chances de gagner car cette année, elle est vraiment au dessus même si on ne peut rien prévoir sur une course d'une journée.

C'est elle votre relève ?

Oui, elle est super forte. Je l'espère pour elle. Elle a un très bon potentiel, cela fait longtemps que je le dis. Il lui manquait un peu de mental et maintenant qu'elle l'a, elle va faire mal dans les années futures.

Et Jordan Sarrou, c'est une surprise pour vous ?

Oui et non car il n'avait jamais gagné de Coupe du monde mais il est toujours placé. C'est un très bon coureur. Il a tenté sa chance, réussi et c'est vraiment bien.

Avez-vous personnellement l'impression de marquer l'histoire de votre sport ?

Le nombre de titre mondiaux n'est pas le plus important et je n'ai jamais réfléchi à ça ou focalisé là-dessus. Ce que je veux, c'est me faire plaisir. Avec une journée comme celle de samedi, je sais pourquoi je souffre à l'entraînement tous les jours.

Le prochain objectif, c'est Tokyo et les JO ?

Les JO, c'est LE gros objectif de ma carrière, le seul titre que je n'ai pas. Il me reste maintenant à gagner les Jeux. Il faudra prendre le rendez-vous d'une façon plus légère. Je suis championne du monde mais cela ne garantit pas de gagner sur une course d'un jour. Je veux déjà arriver aux JO en étant au top de ma forme sans rien avoir à regretter dans la préparation sans rien pouvoir faire de mieux. Ce sera déjà une première victoire.