Volley : le Japon, véritable casse-tête pour Laurent Tillie

Le sélectionneur des Bleus entame ce week-end la saison à la tête de l’équipe japonaise d’Osaka. Pandémie oblige, il a, pendant quatre mois, coaché ses joueurs virtuellement.

 Alors qu’il entame ce week-end la saison avec les Panasonic Panthers d’Osaka, Laurent Tillie n’a fait réellement la connaissance de ses joueurs qu’il y a une semaine.
Alors qu’il entame ce week-end la saison avec les Panasonic Panthers d’Osaka, Laurent Tillie n’a fait réellement la connaissance de ses joueurs qu’il y a une semaine. LP/Icon Sport/Aude Alcover

Chez les Tillie, on se la joue plutôt… espacé. Basketteur universitaire, Killian est actuellement aux Etats-Unis où il attend la Draft dans l'espoir d'intégrer la NBA. Son aîné, Kevin, volleyeur professionnel, évolue à Rome. Quant à Kim il a été recruté par le club d'Okinawa au Japon, alors que Laurent, le papa, toujours sélectionneur des Bleus, entraîne désormais l'équipe de volley d'Osaka.

Le quotidien de la famille de sportifs est cependant largement perturbé par le Covid-19, notamment celui de Laurent qui a attendu quatre mois avant de pouvoir rejoindre le Japon. Alors qu'il entame ce week-end la saison avec les Panasonic Panthers d'Osaka, il n'a fait réellement la connaissance de ses joueurs qu'il y a une semaine. La faute à un visa qui, pandémie oblige, a tardé à être accordé. Depuis juillet, celui qui demeure le sélectionneur de l'équipe de France jusqu'aux Jeux olympiques de Tokyo, gérait les entraînements à distance. « Chaque jour, je recevais le contenu vidéo des séances, j'annotais et je renvoyais les séances du lendemain », rit, aujourd'hui, Laurent Tillie en repensant au véritable casse-tête de ces derniers mois.

Son assistant étant bloqué… au Canada, le coach s'est appuyé sur un adjoint et le préparateur physique. « Sur place, ils faisaient ce qu'ils pouvaient et les joueurs essayaient d'appliquer des consignes données à 10 000 km de là ! » Ses joueurs (dont la plupart ne parlent pas que japonais), il les a découverts via… Zoom.

«J'avais l'impression d'être dans un show de télé réalité»

« Je ne suis pas très expansif même avec les garçons de l'équipe de France, là c'était carrément compliqué d'entamer une relation approfondie virtuellement. On était dans une situation unique, j'avais l'impression d'être dans un show de télé réalité. J'étais enfermé dans une pièce, je voyais tout ce qui se passait mais je ne connaissais personne ! »

Les valises étaient, elles, bouclées depuis juillet, mais le feu vert n'a été accordé qu'il y a trois semaines. « Avec ma femme, on n'osait plus bouger, en se disant que le visa allait peut-être arriver. On se prépare, mais en fait quand l'heure du départ sonne on n'est pas prêt !, rit-il. On m'a demandé de venir au consulat un vendredi pour déposer mon dossier, le jeudi suivant j'étais dans l'avion. Ma femme, elle, me rejoindra la semaine prochaine ».

A son arrivée, elle devra se soumettre à une mise en quatorzaine, comme ce fut le cas pour Laurent. « En arrivant au Japon, j'ai dû refaire des séances à distance, mais cette fois en étant à 500 m du gymnase ! Ces quinze jours d'isolement ont été les plus terribles. Le club m'a heureusement trouvé un appartement avec une belle terrasse offrant une vue sur Osaka. Il faisait super beau, j'étais enfermé chez moi. Le premier jour où j'ai été autorisé à sortir, il pleuvait des cordes ! » Mais Laurent Tillie a enfin pu faire connaissance avec son équipe.

Distance de 3 m à table et interdiction de parler

« C'est fou parce qu'au bout de quatre mois, on reconnaît les joueurs rien qu'en regardant leurs déplacements, j'avais l'impression de les connaître alors que ce n'est pas le cas. J'essaie de rattraper le temps perdu, de faire de l'humour mais je ne comprends ni leur langue, ni les subtilités de leur culture, je suis en plein apprentissage. »

Les échanges se font grâce à une traductrice. « Elle ne me lâche pas, la pauvre elle fait des kilomètres car pendant les entraînements, je marche beaucoup en allant d'un terrain à l'autre ! Mais je ne vais pas me plaindre, j'ai des qualités de travail complètement incroyables ! » Le tout avec des mesures sanitaires très strictes. « A table, on est espacé de 3 m et on n'a pas droit de parler, on se déplace à deux bus pour avoir la distance nécessaire. »

Les Jeux de Tokyo paraissent loin. « On est tous dans l'inconnu mais on s'y prépare. Il y a quelques jours, j'étais en réunion Zoom, cette fois avec le staff de l'équipe de France. » Laurent Tillie ne rentrera en France que début mai, à la fin du championnat japonais, le 1er stage de préparation des Bleus étant prévu le 4 mai. « Je me suis un peu ennuyé cet été alors j'ai hâte ! »