Viol, drogue, prison : comment ce handballeur est sorti de l’enfer

Ancien joueur de Starligue, Pierre-Yves Ragot a été soupçonné d’être trafiquant de drogue en Roumanie l’été dernier. Il nous raconte aussi ses angoisses causées par des traumatismes d’enfance.

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 Pierre-Yves Ragot remonte la pente, « grâce surtout à [sa] famille ».
Pierre-Yves Ragot remonte la pente, « grâce surtout à [sa] famille ». DR

« Aujourd'hui je me sens libre et je dors un peu mieux. Mais j'y pense encore beaucoup. » Huit mois après, le traumatisme est toujours présent. En juin dernier, Pierre-Yves Ragot (34 ans), l'ancien joueur de Nîmes et du Dynamo Bucarest, a été incarcéré deux semaines en Roumanie. Soupçonné d'être un trafiquant de drogue, il risquait de deux à cinq ans de prison ferme, avant finalement d'écoper de deux ans avec sursis et 180 heures de travaux d'intérêt général.

Désormais résident belge avec Andreea, son épouse, et Milan (2 ans et demi), à deux pas de la frontière française, le Lorrain, qui évolue dans le championnat luxembourgeois, revient sur cette incroyable histoire et raconte les raisons qui ont provoqué chez lui des troubles psychologiques profonds dès l'âge de 13 ans.

Juin dernier à Fagaras. Pierre-Yves Ragot, qui a signé en novembre avec le club local (D 1 roumaine), joue dans le jardin avec son fils lorsque la police débarque. « J'ai tout de suite compris et coopéré en leur montrant la pièce où je faisais pousser ma marijuana, raconte le Français. Avec le confinement et les prix prohibitifs, c'était impossible d'en trouver sur place. » Il est aussitôt emmené à la maison d'arrêt de Brasov sur ordre du procureur.

« Je passais pour Pablo Escobar, alors qu'il n'y avait que 150 g de cannabis séché »

« C'était horrible, glauque, très sale, pire qu'une prison. Lors de l'interrogatoire, le lendemain, on m'a demandé si j'étais un revendeur. J'ai répondu que c'était uniquement pour ma consommation personnelle. » Dans sa cellule, il a accès à la télé roumaine : « J'étais abasourdi par les commentaires. On disait que les enquêteurs avaient trouvé 35 kg d'herbe. Je passais pour Pablo Escobar, alors qu'il n'y avait que 150 g de cannabis séché. »

Pierre-Yves Ragot en Starligue en 2018, sous les couleurs de Pontault-Combault.LP/Céline Dely
Pierre-Yves Ragot en Starligue en 2018, sous les couleurs de Pontault-Combault.LP/Céline Dely  

Les quatorze premiers jours, Ragot est seul et n'a aucun contact avec sa famille. « J'ai vécu en tout un mois cauchemardesque, dans une cellule en sous-sol où la lumière passait en haut du mur. J'avais le temps de cogiter, alors je pensais au pire. J'avais reconnu avoir passé un joint à un autre fumeur, or dans la législation roumaine cela faisait de moi un trafiquant ! » Soutenu par le consul de France, il passe finalement un deal avec le procureur. Libéré, il fait ses valises.

Franc et sincère, l'ancien joueur de Pontault-Combault (six mois en Starligue en 2018) reconnaît être un fumeur par intermittence depuis ses 13 ans : « Ado, j'étais devenu insomniaque suite à un traumatisme de ma petite enfance. Je ne l'ai jamais dit, mais j'ai été violé de 5 à 8 ans par une personne de l'entourage familial. J'aurais voulu l'oublier, mais rien n'y faisait. »

Depuis cette sale période, il ne dort que 2 à 3 heures par nuit. Il souffre par ailleurs de trichotillomanie, une maladie qui l'oblige à s'arracher les cheveux par poignées. « À part le handball, qui m'a en partie sauvé, le seul remède que j'avais pour calmer mes angoisses, c'était l'herbe. Quand je suis en haut, ça va, mais il y a toujours ce truc qui revient. Il m'a fallu presque vingt ans pour vivre avec mes démons. Et j'assume tout. »

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« Nous ne l'avons appris qu'il y a dix ans, raconte Etienne, son père, qui vit aujourd'hui du côté de Nîmes et avec lequel il est devenu très proche. De nos quatre enfants, Pierre-Yves était le seul à la limite. Il était très perturbé et avait besoin de s'exprimer tout le temps, notamment quand je l'emmenais voir les matches de hand. Il refusait d'aller voir un pédopsychiatre, nous ne savions pas pourquoi. Depuis la révélation, nous nous sentons coupables… Qu'il le révèle va lui faire du bien. Cela va faire bouger les choses. Il n'y a que lui qui pouvait le faire. Parce que c'est sa vie. »

Deux fois par jour, Pierre-Yves Ragot transporte des enfants à l'école à bord d'une camionnette immatriculée au Luxembourg. Son patron, également président du HB Käerjeng, son nouveau club, est au courant de ses déboires avec la justice roumaine,

« Je remonte tranquillement la pente, grâce surtout à ma famille, sourit le joueur. Je ne suis pas aussi tête brûlée qu'on le croit, j'aimerais juste que l'on me comprenne. Je me reconstruis doucement. Ce qu'il s'est passé l'été dernier m'a secoué. J'ai eu peur de ne pas revoir ma famille, mon fils. Pour moi, la drogue, c'est terminé. J'ai d'autres priorités. »