Victime d’inceste, l’ex-basketteuse Paoline Ekambi prend la parole

Dans un long et poignant témoignage à L’Equipe, l’ancienne internationale de basket révèle avoir été violée par son père à l’adolescence.

 Après l’onde de choc provoquée par la sortie du livre de Camille Kouchner, l’ancienne capitaine de l’équipe de France de basket est la première personnalité du monde sport à évoquer l’inceste (illustration).
Après l’onde de choc provoquée par la sortie du livre de Camille Kouchner, l’ancienne capitaine de l’équipe de France de basket est la première personnalité du monde sport à évoquer l’inceste (illustration). LP/Icon Sport/Andre Ferreira

C'est un témoignage dur, poignant, glaçant. Mais tellement nécessaire. Désormais âgée de 58 ans, Paoline Ekambi, grande dame du basket français dans les années 1980 et 1990, révèle dans un long entretien à L'Equipe qu'elle a été abusée par son père de 14 à 17 ans. « Je n'ai pas été agressée, j'ai été violée, je n'ai pas peur de mettre des mots sur ce que j'ai vécu », affirme-t-elle.

Après l'onde de choc provoquée par la sortie du livre de Camille Kouchner ( « La Familia grande », dans lequel l'autrice raconte les actes d'inceste subis par son frère par leur beau-père, Olivier Duhamel, NDLR ), l'ancienne capitaine de l'équipe de France (254 sélections) est la première personnalité du monde sport à parler de l'inceste.

Elle a hésité à porter plainte

Son calvaire débute quand elle a 14 ans. Elle est alors pensionnaire à l'Insep, l'école des champions du sport français. « Je rentrais à la maison le week-end, mon père venait me chercher. Un matin… Ma chambre était face à celle de mes parents. Je connaissais tous les bruits chez nous, sauf celui-ci, celui de ma porte qui s'entrouvre. J'étais dos à la porte… Depuis, je dors toujours face à la porte, et quand je suis au restaurant, ou que je m'assois quelque part, il y a toujours un mur derrière moi. Pour que je puisse avoir un contrôle total. Il est entré. J'ai senti comme une angoisse. Il m'a dit que je ne l'avais jamais embrassé. J'ai tourné la tête, et je ne sais pas comment, sa bouche a touché la mienne… »

Malgré ses appels à l'aide, sa mère ne réagit pas. Un soir, tuméfiée après avoir été rouée de coups par ce père aujourd'hui décédé, elle s'enfuit, hésite à porter plainte. « Sur la route, on (elle et un de ses entraîneurs, NDLR) est passés devant un commissariat. J'ai demandé qu'on s'arrête. J'ai regardé la façade. J'ai pensé à mes quatre frères, à la DDASS (Direction départementale des affaires sanitaires et sociales), je me suis demandé ce qu'ils allaient devenir si je faisais ça. J'ai imaginé mon père derrière les barreaux. Et ça m'a choquée. »

Et s'est reconstruite grâce au sport

Paoline Ekambi réalise aussi que la société n'est sans doute pas prête pour affronter cette réalité qui brise des enfants. « Je me suis dit : les flics ne vont pas me croire, dans la famille ils vont tous m'en vouloir. » Le basket et les entraîneurs seront sa bouée de sauvetage. Son échappatoire. « J'ai trouvé dans le sport ce que j'avais perdu, une autre famille. Avec aussi un univers féminin, parce que je vivais dans un univers plutôt masculin. Je me suis retrouvée tout d'un coup à construire mon identité de femme. Le sport m'a aidée à canaliser beaucoup plus ma rage. »

Paoline Ekambi prend la parole aujourd'hui pour « interpeller la société, parler aux autres victimes, leur donner l'espoir qu'on peut s'en sortir ». Un autre match, un combat, qu'elle espère gagner aussi.