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Tennis : face au Covid-19, quel avenir pour le circuit ?

La sinistre saison 2020 s’achèvera au Masters de Londres (du 15 au 22 novembre). Et les mois qui arrivent n’annoncent pas forcément des jours meilleurs…

 Rafael Nadal a gagné son 1000e match mercredi soir devant des tribunes vides. Qu’en sera-t-il en 2021 ?
Rafael Nadal a gagné son 1000e match mercredi soir devant des tribunes vides. Qu’en sera-t-il en 2021 ?  AFP/Franck Fife

A quoi ressemblera le tennis en 2021? Dans un monde soumis pour de longs mois encore au diktat du Covid-19, la question reste floue. Alors qu'Andrea Gaudenzi, président de l'ATP, souhaite faire voter des réformes… du calendrier 2022 lors de la prochaine réunion du conseil d'administration dans le huis clos du Masters de Londres (du 15 au 22 novembre), nul ne sait précisément ce qu'il adviendra dans les semaines à venir.

« On entend beaucoup de bruits de couloir, résume le Canadien Milos Raonic. Moi, j'ai prévu trois scénarios en fonction de ce qu'il sera possible de faire. Nous verrons bien mais la situation est en train d'empirer un peu partout … » Même s'ils sont tous conscients de la chance qu'ils ont de pratiquer leur métier, les joueurs voient leurs nerfs soumis à rude épreuve entre la crainte de contracter le virus et les contraintes nécessaires pour ne pas l'attraper.

« On doit rester positifs mais on n'a aucune garantie sur les prochains mois », souffle Stan Wawrinka qui prévoit, comme les autres, son habituelle préparation foncière sans connaître les modalités du départ à l'Open d'Australie (du 18 au 31 janvier 2021). Melbourne vient à peine de sortir de 110 jours de confinement et les autorités locales n'ont pas l'intention de transiger sur les règles sanitaires.

Un problème d'équité

« Les joueurs pourraient venir à la mi-décembre et subir deux semaines de quarantaine, explique Craig Tiley, patron de Tennis Australia. Ils auraient ainsi quatre semaines pour jouer au tennis à Melbourne (NDLR : où serait aussi disputée l'ATP Cup). » La date butoir pour trancher a été fixée au 14 novembre. Les organisateurs de Brisbane, Adélaïde et Canberra, qui mènent au Grand Chelem local, espèrent pouvoir maintenir leurs compétitions en adoptant le principe de la « bulle » stade-hôtel. « Je suis sûr que presque tous les joueurs y seront, prédit Richard Gasquet. Si tu ne joues pas, c'est fini, tu déclines lentement… »

Pour Gilles Simon, le problème de l'équité risque de se creuser… « Les choses sont simples : si les tournois peuvent avoir lieu dans de bonnes conditions et que ça marche, on joue. Sinon, on ne joue pas ! lâche le n° 59 mondial. Là, dans les faits, jamais le top 30 n'a été autant avantagé dans l'histoire du tennis que depuis la reprise. Ils ont pu gagner de l'argent et des points ATP. Pour les autres, comme il y a moins d'épreuves, il devient de plus en plus dur d'entrer dans les tableaux ou les qualifications. On joue mais est-ce que c'est si bien ? Est-ce qu'il faut absolument jouer ? C'était cela la question de base. La réponse a été oui. Mais je ne suis pas très à l'aise avec la situation. »

Gasquet ne partage pas la vision de son compatriote. « Il faut jouer, lance le Biterrois. Après, c'est sûr que ce n'est plus le même calendrier et qu'il faut mixer avec des tournois un peu moins importants pour essayer de remonter. »

«Pas de retour à la normale avant un moment…»

Pour pouvoir organiser le Rolex Paris Masters, la FFT a pu compter sur le soutien financier de l'ATP et des autres épreuves de la catégorie. Avec une baisse drastique de la dotation (environ 35 %). « Forcément c'est inquiétant, souffle Pierre-Hugues Herbert, 85e mondial et coactionnaire du tournoi WTA de Strasbourg. J'ai surtout une pensée pour les filles qui n'ont pas de moyens de venir travailler (NDLR : 2 compétitions sur le circuit féminin après Roland-Garros contre 9 ATP 250, 500 ou Masters 1000 pour les garçons). Ça a été terrible pour la WTA de ne pas pouvoir avoir un Masters de fin d'année en Chine. »

Directeur de l'Open 13, prévu du 15 au 21 février 2021, Jean-François Caujolle planche sur quatre hypothèses. « Si j'ai bien compris le discours des scientifiques, on devrait se trouver dans la fenêtre de rémission entre la deuxième et la troisième vague. A moins qu'il soit interdit de voyager à cette période, nous jouerons, même à huis clos ou en jauge réduite. En revanche, je ne vois pas comment il y aurait une tournée sud-américaine, d'autant que l'ATP 500 de Rio, qui en est le pilier, ne souhaite pas organiser son tournoi en février. Deux ou trois épreuves seront sans doute montées pour compenser. Mais on sait qu'il n'y aura pas de retour à la normale avant un moment… »