Roland-Garros vu par Alizé Cornet : «Dans ma prison dorée»

Pendant Roland-Garros, Alizé Cornet nous fait partager l’intimité d’une édition atypique à plus d’un titre…

 Alizé Cornet a découvert l’hôtel où elle sera hébergée pendant le tournoi, un lieu transformé en bulle sanitaire pour protéger les joueurs du virus.
Alizé Cornet a découvert l’hôtel où elle sera hébergée pendant le tournoi, un lieu transformé en bulle sanitaire pour protéger les joueurs du virus. LP

« Je franchis le seuil de l'hôtel et je sais que mes 24 heures de liberté octroyées pour aller du tournoi de Strasbourg à celui de Roland-Garros sont terminées. Un petit jour d'autonomie pour sauter d'une bulle à une autre; des moments désormais précieux dans un contexte actuel où le joueur de tennis est devenu, de son plein gré, la cible d'une surveillance quasi permanente.

New York, Strasbourg, Paris, trois villes sublimes que je n'aurai pas eu la chance de voir de près cette année. Le prix à payer pour jouer au tennis en cette saison spéciale Covid se nomme la « bulle », et je mets le pied dans celle qui deviendra mon antre lors de ces deux prochaines semaines. Du moins je me le souhaite…

«J'adore quand les choses sont cadrées»

La bulle, un procédé de semi-confinement contrôlé où les joueurs ne peuvent se déplacer que de leur hôtel au site du tournoi, sans aucun contact avec l'extérieur. Une formule qui peut être plus ou moins bien vécue, discutable sur certains aspects, mais qui a comme immense avantage de nous permettre de reprendre notre métier en toute sécurité, ou presque. Pour ma part, je le vis plutôt bien. J'adore quand les choses sont cadrées, c'est mon petit côté psychorigide.

De plus, ne soyons pas faux jeton, le prix à payer est tout relatif. Nous ne sommes pas à plaindre, loin de là. L'hôtel qui accueille les joueurs du tableau final classés entre 1 et 60 a l'allure d'une prison dorée : chambres spacieuses et confortables (avec vue sur la tour Eiffel s'il vous plaît), lobby décoré avec goût, organisation aux petits soins…

Comme tous les joueurs, Alizé Cornet craint qu’un des nombreux tests PCR passés se révèle positif. LP/O.L.
Comme tous les joueurs, Alizé Cornet craint qu’un des nombreux tests PCR passés se révèle positif. LP/O.L.  

Une sélection au classement pour déterminer qui dormira où ? Oui, cela m'a également fait tilter au début, cette approche assumée du « on ne mélange pas les torchons et les serviettes ». Heureusement, les classés 60 et plus ne sont pas logés dans une auberge de jeunesse miteuse à l'autre bout de Paris, mais dans un très honorable hôtel situé un peu plus bas dans la rue…

Je croise Pauline Parmentier et Richard Gasquet à la réception, je suis heureuse de les voir, mes camarades de cellule tennistique. Le contexte limitant fortement nos activités potentielles, nous aurons peut-être le temps de socialiser un peu, ce qui ne serait pas du luxe dans ce milieu où chacun à la tête bien souvent rivée sur son propre guidon.

«Une angoisse qui reviendra hanter mes nuits»

Mais avant tout chose, direction l'agréable test PCR avant d'aller me confiner dans ma chambre pendant 24 heures en attendant mes résultats. Des heures d'attente teintées d'anxiété quand on sait que le virus est souvent asymptomatique, que les cas de faux positifs sont relativement fréquents et que le joueur ainsi que tous les gens en contact rapproché avec ce dernier sont malgré tout immédiatement sortis du tournoi. Bannis sans ménagement et enfermés sur place pour 7 à 10 jours, tel le cauchemar vécu par certains Français à New York. Une angoisse qui reviendra hanter mes nuits à la même récurrence que les tests effectués, dans 48 heures puis tous les cinq jours.

Puis, si tout se passe bien, je pourrai enfin découvrir le nouveau stade de Roland (NDLR : elle affrontera Chloé Paquet au 1er tour), qui, m'a-t-on dit, a vu son sex-appeal grimper en flèche depuis la fin tant attendue, et tant retardée, des travaux.

Un stade flambant neuf à 90 % vide (dans le meilleur des cas) pour une édition inespérée mais bousculée par un Covid oppressant, le tout placé sous le signe de cet espoir si fragile, celui de voir un jour une vie normale recommencer.

Oui, j'ai hâte d'y être. »

Roland-Garros vu par Alizé Cornet : «Dans ma prison dorée»

Alizé Cornet est l'autrice de « Sans Compromis », Ed. Amphora, 19,50 euros.