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Roland-Garros : le froid, ça change quoi ?

Depuis un Tour de France presque caniculaire, les températures ont fondu comme neige au soleil. Joueurs et matériels doivent s’adapter…

 Dimanche, Victoria Azarenka, finaliste du dernier US Open, a quitté le court Suzanne-Lenglen pour protester contre les conditions de jeu.
Dimanche, Victoria Azarenka, finaliste du dernier US Open, a quitté le court Suzanne-Lenglen pour protester contre les conditions de jeu. REUTERS/Christian Hartmann

Roland-Garros, collection automne-hiver. Depuis dimanche, le défilé des joueuses — et à un degré moindre des joueurs — a des allures de fashion week dans une station de ski. Leggings, t-shirts techniques en manches longues, veste de survêtement… Tous les moyens sont bons pour lutter contre le froid, le vent et l'humidité qui vont sévir pendant toute la quinzaine. « Moi j'adore ça, ça me rappelle l'Autriche », glisse Dominic Thiem, finaliste des deux dernières éditions, qui a tout de même eu droit au toit du Central pour refroidir Cilic.

« Ce n'est pas le collier de glace qu'on met en Australie. Il faudrait plutôt fournir une bouillotte pour les changements de côté, plaisante Jérôme Bianchi, responsable médical de l'Académie Mouratoglou. Les joueurs sont tout de même interloqués. C'est très rare. D'ordinaire, quand il fait froid à l'extérieur, on joue en indoor… Ils n'ont pas l'habitude de porter des sous-peaux comme au vélo ou au ski, d'utiliser des pommades chauffantes ou de mettre des shorts avec les cuissards à la Agassi, qui compressent et gardent la chaleur au niveau des muscles. »

Plus le thermomètre baisse, plus le risque de blessure grimpe. « Il faut être attentif à la qualité de son échauffement avant la séance matinale qui précède un match, explique Paul Quétin, préparateur physique à la FFT. Les joueurs ne changent pas forcément leur routine, mais ils prennent encore plus de précautions. »

Gérer les temps morts

L'autre piège se situe à l'entrée sur le court, après avoir fait sa préparation au stade Jean-Bouin ou sous le Central. « On passe de 20 degrés à deux fois moins, poursuit Quétin. Il faut rester protégé le plus longtemps possible à température avant de taper les premières balles et c'est pour ça qu'on voit des collants, des fuseaux… Les joueurs mettent aussi plus de temps avant de vraiment s'engager physiquement, d'avoir des changements de course brusques ou de jouer avec intensité. »

Roland-Garros : le froid, ça change quoi ?

Quand il bouge, le corps s'ajuste au milieu ambiant. Y compris s'il a des allures de congélateur. Le plus gros problème du tennis, ce sont les temps morts, qui représentent tout de même 80 à 90 % d'un match ! « Il ne faut surtout pas rester à attendre dans le froid, prévient Bianchi. Il devrait y avoir par exemple une règle qui oblige à sortir du court à la fin d'un set si son adversaire sort. Cinq minutes assis dehors, c'est catastrophique à la reprise ! »

Le matériel, lui aussi, est soumis aux durs aléas de la météo. « Nous ne sommes jamais confrontés à ce cas de figure, explique Benoît Mauguin, cordeur, entre autres, de Gaël Monfils ou Caroline Garcia. On a baissé la tension des cordages. Le risque de casse est plus important avec l'humidité sur les boyaux. On s'est arrangés pour que les joueurs attaquent le tournoi avec une série de raquettes neuves, avec un maximum de rigidité. On doit aussi s'adapter aux balles, que l'on découvre dans ces conditions. » Et qui se retrouvent assez vite méconnaissables, au-delà des réserves portées sur leur qualité. « Elles deviennent humides et plus grosses », résume Petra Kvitova. « Je ne les donnerais même pas à un chien pour mâcher », lâche le Britannique Dan Evans. Ou alors au coin d'un bon feu…