Roland-Garros : l’incroyable destin de la famille Schwartzman

L’histoire familiale de Diego Schwartzman, opposé ce vendredi à Rafael Nadal en demi-finale de Roland-Garros, a commencé en Europe au moment de la Seconde Guerre mondiale.

 Les arrière-grands-parents de Diego Schwartzman, d’origine polonaise, ont émigré en Argentine après avoir réussi à fuir l’Holocauste en Europe.
Les arrière-grands-parents de Diego Schwartzman, d’origine polonaise, ont émigré en Argentine après avoir réussi à fuir l’Holocauste en Europe.  REUTERS/Christian Hartmann

La carrière d'un sportif est rarement rectiligne et son histoire familiale également. Celle de l'adversaire de Rafael Nadal en demi-finale de Roland-Garros ce vendredi, Diego Schwartzman, ne fait pas exception. Mardi après avoir écarté l'Autrichien Dominic Thiem, l'Argentin de 28 ans a accepté de revenir sur la vie de ses ancêtres et notamment l'arrivée de ses arrières grands-parents en Amérique du Sud en provenance de Pologne.

« Je sais que le grand-père de ma mère et les grands-parents de mon père étaient en Europe à l'époque de la guerre (NDLR : la Seconde Guerre mondiale), a-t-il raconté sans donner pour autant de date précise. Ils ont réussi à émigrer à Buenos Aires (Argentine), ils ne parlaient pas espagnol mais yiddish à l'époque. Ils ont fui la guerre. Je sais que le grand-père de ma mère a réussi à descendre des trains de déportation et il a trouvé un navire. »

En fait, cet aïeul ne doit sa survie qu'à un extraordinaire concours de circonstances. « L'attelage, qui reliait deux des wagons du train, s'est en quelque sorte rompu. Une partie du train a continué à rouler, et l'autre est restée en arrière. Cela a permis à tous ceux qui étaient coincés à l'intérieur, y compris mon arrière-grand-père, de fuir pour sauver leur vie », a raconté le joueur en janvier dernier au site Internet de l'ATP, l'instance de représentation des joueurs professionnels.

Vente de bracelets en plastique, pleurs dans l'avion

La première période post-immigration correspond à un âge d'or pour la famille Schwartzman qui prospère dans la joaillerie et le textile. Maison de villégiature en Uruguay, voitures à profusion, elle affiche des symboles de réussite. La suite est un peu moins rose. La crise économique et monétaire au milieu des années 90 en Argentine ruine sa famille. Avec ses deux frères aînés et sa petite sœur, mais également sa mère, Diego se trouve contraint de vendre des bracelets en plastique afin de financer ses déplacements pour aller disputer des tournois de tennis locaux dans une Ford Taurus qui lui fait honte.

« Quand on y pense, avec le recul, c'était une situation difficile, se souvient Diego, dont le prénom a été choisi en hommage à la star du foot albiceleste de Boca Junior, Diego Maradona. Mais sur le moment, c'était marrant. »

Dès l'âge de 13 ans, il écume les tournois en Amérique du Sud (Colombie, Venezuela, Equateur), voyage seul, confiant « pleurer dans les avions car il se sent seul » mais l'adolescent s'endurcit : « Même si ces moments étaient difficiles, ils m'ont aidé à devenir un meilleur compétiteur. » C'est également à cet âge-là qu'un médecin lui annonce qu'il n'atteindra jamais la taille d'1,80 m. La nouvelle aurait pu anéantir le jeune homme, elle va au contraire nourrir sa soif de réussite en puisant sa motivation dans son histoire familiale et personnelle. « Alors, de mon ancêtre qui s'est échappé d'un train en route vers un camp de concentration, à l'hébergement dans de minuscules chambres d'hôtel et à la vente de bracelets, je me considère chanceux. Mais tout le monde a une histoire. Je ne suis pas le seul à avoir affronté l'adversité. »

Au sortir de l'adolescence, sa carrière n'est pas encore totalement lancée. Après avoir refusé de prendre la nationalité israélienne pour bénéficier d'un coup de pouce financier, il reçoit une aide décisive de son compatriote Guillermo Coria, finaliste à Roland-Garros en 2004. Désormais à l'abri du besoin avec plus de 7 millions d'euros de gains en tournois, le petit Argentin - il ne mesure que 1,70 m - affiche une belle réussite qui pourrait être encore plus belle en cas de succès face à Nadal… qu'il a renversé il y a moins d'un mois, à Rome.