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Roland-Garros : l’arbitrage électronique et la VAR pour remplacer les juges de ligne ?

Le numéro un mondial Novak Djokovic verrait d’un bon œil la disparition des juges de ligne. Il défend l’utilisation de la technologie Hawk-Eye sur terre battue. D’autres joueurs réclament la généralisation de l’arbitrage vidéo.

 De nombreux joueurs ont plaidé depuis le début de Roland-Garros pour l’utilisation de la technologie du Hawk-Eye (œil de faucon en français) sur terre battue.
De nombreux joueurs ont plaidé depuis le début de Roland-Garros pour l’utilisation de la technologie du Hawk-Eye (œil de faucon en français) sur terre battue. LP/Arnaud Journois

L'arbitrage humain a-t-il fait son temps au tennis? Novak Djokovic a relancé le débat samedi soir en prônant la disparition des juges de ligne. « Avec tout le respect que j'ai pour la tradition et la culture que nous avons dans ce sport, a lancé le n°1 mondial, disqualifié du dernier US Open après avoir involontairement allumé… une juge de ligne, la technologie est si avancée en ce moment qu'il n'y a aucune raison de les garder! »

Covid oblige, lors du dernier Masters 1000 de Cincinnati, délocalisé à New York, seul l'arbitre de chaise était présent sur le court. Une machine éructait les « out » et les « fault » sans laisser place à la contestation. Le Serbe voudrait voir le système s'étendre à l'ensemble de la planète tennis.

Dominic Thiem, Stefanos Tsitsipas, Denis Shapovalov ou Casper Ruud ont plaidé depuis le début de Roland-Garros pour l'utilisation du Hawk-Eye (œil de faucon en français) sur terre battue. Apparue en 2006 à Miami, cette technologie a une précision de 3 mm, contre 2 cm sur l'œil humain. « Je ne comprends pas pourquoi on ne l'a pas partout, quelle que soit la surface, souffle Tsitsipas. C'est juste de l'innovation. Il faut continuer à rendre notre sport plus juste. »

A quand la VAR ?

Le système ne s'applique pourtant pas sur terre, où la balle laisse une trace, voire une traînée. En début de saison, l'ATP avait prévu un test sur trois épreuves avec l'entreprise espagnole Foxtenn, qui propose un procédé concurrent au Hawk-Eye. Il ne s'agit plus de reconstituer des images de synthèse mais d'utiliser des images réelles filmées par une quarantaine de caméras haute vitesse (contre 10) réparties autour du court. Seul l'ATP 500 de Rio a pu en bénéficier en février avant le confinement.

« Ça a très bien marché là-bas, affirme Thiem, qui affronte ce dimanche le dernier français en lice, le surprenant Hugo Gaston. J'espère que nous l'utiliserons sur toutes les épreuves de terre dès la saison prochaine. » Certains réclament même la généralisation de la VAR, à l'image de ce qui se fait dans le football. Le dispositif a déjà été testé lors du Masters Next Gen, qui sert de laboratoire à idées, ou de l'ATP Cup.

« Ça serait génial qu'on instaure l'arbitrage vidéo dans le tennis. Cela nous éviterait des scénarios tristes comme celui que j'ai vécu », a ainsi lâché Kristina Mladenovic, victime d'une erreur d'arbitrage lors de sa défaite au premier tour (7-5, 6-3) contre Siegemund. La Française avait virtuellement remporté le premier set 6-1 mais l'arbitre n'a pas vu que son amortie avait rebondi deux fois dans le camp adverse avant que l'Allemande la rattrape…

« Réduire l'injustice ou le sentiment d'injustice »

« Il faut à tout prix réduire l'injustice ou le sentiment d'injustice, assure Jean-François Caujolle, directeur de l'Open 13, l'un des premiers ATP 250 à avoir abrité le Hawk-Eye. On doit mettre le maximum de vérité et si ça passe par la machine, eh bien ça passe par la machine. Ça enlève toute polémique. Pour la VAR, au-delà de l'attente, il y a décision de l'homme, puis de la machine. Il y a donc un problème d'interprétation. »

Quarante ans après, l'ancien n° 71 mondial n'a pas oublié sa défaite face à Connors au 2e tour du Grand Chelem parisien alors qu'il menait 6-3, 6-2, 5-2, 30-40. Ni deux décisions litigieuses en sa défaveur…

« Il ne faut pas briser les vocations au niveau amateurs, poursuit-il. Mais on peut garder l'arbitrage humain pour les compétitions ITF, Future et jusqu'aux Challengers et généraliser la technologie des Grands Chelems aux ATP 250. Ces tournois-là font tous partie de la même famille. Il ne faut pas que certains l'aient et d'autres non. »

Dans l'inéluctable course au progrès, Novak Djokovic consent tout de même à conserver les ramasseurs de balle. Jusqu'à quand ?