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Roland-Garros : Hugo Gaston, l’éclaircie dans la grisaille française

Le Toulousain, 20 ans, classé 239e à l’ATP, s’est qualifié pour le troisième tour de Roland-Garros ce mercredi. Il est le dernier Français en lice et le premier né en 2000 à réaliser une telle performance à Paris.

 Hugo Gaston s’est offert ce mercredi le scalp du Japonais Yoshihito Nishioka, 52e joueur mondial.
Hugo Gaston s’est offert ce mercredi le scalp du Japonais Yoshihito Nishioka, 52e joueur mondial. Icon Sport/Anthony Dibon

Merci Hugo Gaston! Ce mercredi après-midi, grâce au Toulousain, Roland-Garros a ressemblé… à Roland-Garros. Le petit court n°5 était bien garni pour voir le gaucher du club de Blagnac, 20 ans et matricule 239 à l'ATP, sortir le Japonais Nishioka (6-4, 7-6 (7/4), 3-6, 6-2), situé 187 rangs plus haut dans la hiérarchie mondiale. Seul rescapé (avec les défaites de Paire, Herbert et Bonzi) d'une rare bérézina, la cinquième fois à peine depuis les débuts de l'ère Open.

« C'est beaucoup de joie et d'émotion, je ne m'y attendais pas forcément sourit celui qui a sans doute réussi le meilleur match de sa carrière. J'ai juste tout donné. Je ne vais pas me mettre de pression supplémentaire parce que je suis le dernier Français.

Pour son premier grand tableau à Paris, Gaston répond parfaitement à l'invitation octroyée la FFT. Et séduit par la palette des coups qu'il est capable de distiller avec son toucher hors normes. Un vrai créateur, tout droit sorti d'un tennis révolu.

« J'ai toujours joué comme ça, c'est mon style, explique-t-il. Je n'ai pas le gabarit pour faire trois aces par jeu alors il faut trouver des solutions. Parfois, quand on a trop de choix, on fait le mauvais. Là, j'ai réussi à faire les bons… »

« Je n'ai pas été surpris par son niveau de jeu, souffle Marc Barbier, son entraîneur à la Ligue d'Occitanie, mais par sa faculté à être aussi cohérent et efficace sur la longueur d'un match. Il y avait un doute sur sa concentration… » La seule expérience du Français en la matière remontait en effet au début d'année au premier tour de l'Open d'Australie, où l'Espagnol Munar avait eu le dernier mot en quatre manches.

La semaine avant le tournoi, Gaston et son staff n'ont pas lésiné sur le travail physique. Des séances quotidiennes de 6 heures, 6h30 pour être à la hauteur et gommer aussi les préjugés dus à sa taille (1,73 m). « On me pose sans cesse la question du gabarit, lâche Barbier. Mais il ne faut pas se focaliser dessus. Ce sont sa main, son œil et son talent qui lui permettront d'avancer. »

Et maintenant, Wawrinka

Même au service, le Bleu du sud ne rentre pas dans les standards. Il est en effet l'un des très rares joueurs à ne pas laisser rebondir la balle avant d'engager.

Si le grand public ne le connaît pas forcément, Gaston, qui a frappé ses premières balles à 3 ans au club de Fonsorbes, dont son père était le président, fait partie depuis longtemps des espoirs bleu-blanc-rouge. Passé par le pôle France de Poitiers puis par l'Insep avant de retrouver sa région natale. Porte-drapeau à tous les sens du terme.

L'ex-n°2 mondial juniors conduisait en effet la délégation tricolore aux Jeux olympiques de la Jeunesse il y a deux ans à Buenos Aires. Avant de revenir d'Argentine bardé d'or (en individuel) et de bronze (double garçons avec Clément Tabur et mixte avec Clara Burel). Un point commun avec son prochain adversaire vendredi. Au troisième tour, le jeune homme défiera en effet Stan Wawrinka, sur le toit de l'Olympe avec Federer en 2008. Et accessoirement triple vainqueur en Grand Chelem, dont Roland-Garros 2015.

Quand Gaston en pince pour Rafael Nadal, le Suisse est le joueur préféré de Barbier. La marche est très haute. Mais le premier joueur français né en 2000 à atteindre les seizièmes en apprend un peu plus chaque jour.

« Je vais essayer de donner le maximum, résume-t-il. Prendre du plaisir et profiter pour ne pas avoir de regrets à la fin. Je suis très content, j'ai une marge de progression importante, c'est intéressant… »