Roland-Garros : en Tunisie, «la vie va s’arrêter» pour suivre le match d’Ons Jabeur

Le parcours de la joueuse de tennis tunisienne qui joue ce lundi pour une place en quarts de finale passionne son pays.

 Ons Jabeur a su faire preuve d’abnégation pour renverser la situation au 3e tour face la Biélorusse Aryna Sabalenka.
Ons Jabeur a su faire preuve d’abnégation pour renverser la situation au 3e tour face la Biélorusse Aryna Sabalenka.  REUTERS/Charles Platiau

Ons Jabeur à jamais la pionnière. Non contente d'avoir été la première joueuse africaine qualifiée pour les 8es de finale d'un tournoi Grand Chelem, c'était à Roland-Garros en 2017, la Tunisienne a depuis fait encore mieux. A l'Open d'Australie en janvier, elle s'est hissée pour la première fois en quart de finale. Et rien ne semble entraver sa marche en avant puisque ce lundi, la tête de série numéro 30 (35e mondiale) se battra contre l'Américaine Collins pour une place en quart à Roland, son tournoi. Celui qui l'a révélée aux yeux du monde entier. « Demain (NDLR : ce lundi), la vie va s'arrêter dans le tout le pays, assure Hajer Driss, une amie de la championne, leader d'opinion en Tunisie et professeur de sport universitaire. Les hommes tunisiens regardent désormais les matchs de Ons dans les cafés. »

Ça peut nous paraître un détail, mais dans un pays où le foot est roi, la diffusion des matchs de la joueuse fait l'unanimité y compris parmi la gent masculine. « A la télévision, il y a le foot, la politique et les matchs de Ons », résume Hajer Driss. Avec la progression constante dans la hiérarchie mondiale, l'effet Jabeur se ressent clairement d'après la présidente de la Fédération Tunisienne de tennis Salma Mouelhi-Guizani. « Nous avions 5000 licenciés, nous en avons désormais 10000. Et de 30 clubs nous sommes passés à 50. Et je vous parle de clubs mis en place dans des régions parmi les plus démunies comme Sidi Bouzid (sud, berceau de la révolution de Jasmin). C'est une locomotive. »

«Une lueur d'espoir dans un moment délicat pour le pays»

Celle qui a été désignée sportive arabe de l'année 2019 et fonctionne avec une structure 100% tunisienne dans laquelle son mari remplit le rôle de préparateur physique, entraîne tout un pays derrière elle. « Elle est toujours disponible pour des actions associatives ou caritatives comme le sont des icônes », indique Hajer Driss. « Elle apporte beaucoup d'espoir et de bonheur au peuple tunisien », complète Salma Mouelhi-Guizani. La joueuse, qui avait pris l'habitude de se parer du drapeau tunisien à chacune de ses victoires Porte d'Auteuil en 2017, est le porte-étendard parfait.

« J'ai l'habitude de dire que c'est notre meilleure ambassadrice pour notre pays et pour les femmes de notre pays », abonde Hajer Driss. « Ce qui compte le plus pour moi en tout cas, c'est d'avoir le peuple tunisien qui me soutient, a confirmé l'intéressée après sa victoire en trois sets samedi face à la Biélorusse Sabalenka (12e mondiale). Je sais qu'il avait de grosses attentes sur moi pour que j'aille loin dans le tournoi. Je vais essayer de représenter au mieux mon pays. »

En pleine pandémie, la Tunisie, très dépendante pour sa balance commerciale des revenus tirés du tourisme, souffre énormément. Ons Jabeur a la chance d'être une des seules sportives professionnelles tunisiennes en activité. « Elle est une lueur d'espoir dans un moment très délicat pour le pays sur le plan économique comme politique », conclut Hajer Driss.