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Roland-Garros : comment le tennis court derrière son attractivité perdue

Le nombre de licenciés en France continue de baisser légèrement depuis huit ans malgré les innovations mises en place.

 La Fédération française de tennis instaure de nouvelles règles ou des nouveaux formats de tournois pour redonner de l’attractivité à sa discipline.
La Fédération française de tennis instaure de nouvelles règles ou des nouveaux formats de tournois pour redonner de l’attractivité à sa discipline. EPA/MAXPPP

La vitrine du tennis en France ferme ses portes dimanche. Et les joueurs tricolores, comme souvent, ont déjà disparu des rayons. Une génération approche la date de péremption, une autre est encore trop verte malgré quelques promesses ( Gaston, Ferro).

Sans produit d'appel phare, difficile d'attirer le chaland à la petite balle jaune. Pour la huitième année d'affilée, le nombre de licenciés est en baisse. Si on estime à environ 4 millions la masse de pratiquants, ils n'ont été que 972 007 à pousser la porte d'un club la saison écoulée.

Une érosion lente (-0,7 % par rapport à 2019) mais constante. Loin, très loin de l'âge d'or du début des années 1990 où on frôlait le million et demi. Une barre que Bernard Giudicelli, le président de la FFT, élu en février 2017, rêvait à voix un peu trop haute d'atteindre avant la fin… 2020.

Deuxième sport en termes de licenciés derrière le foot

Le tennis demeure pourtant le deuxième sport en France derrière le football en termes de licences. Même si le nombre de courts a lui aussi chuté (moins de 32 000), il reste 7 400 structures affiliées pour accueillir les amateurs.

Et la fédération n'a pas ménagé ses efforts pour essayer de répondre aux nouvelles attentes des joueurs du dimanche ou des compétiteurs du lundi. D'abord en jouant la carte du digital dans un monde ultra-connecté. Ten'Up, l'application mise en place l'an dernier, est la boîte à outils numérique du pratiquant.

On peut y réserver un court dans n'importe quel club, s'inscrire à une compétition, trouver un adversaire, etc. d'un simple clic. Pour encourager les vocations (surtout celles des parents dont les enfants sont inscrits à l'école de tennis), des licences découvertes à trois euros sont proposées pour trois mois maximum, une fois par saison.

« Notre sport n'attire plus car on ne le voit plus »

Rénover, réformer le tennis, attirer un nouveau public. C'est un peu le défi que les clubs se lancent aussi à leur niveau chaque année. Mais entre Boulogne-Billancourt dans les Hauts-de-Seine ou Évreux dans l'Eure, la problématique n'est pas la même. A Boulogne, c'est même le trop-plein. « On refuse du monde et nous avons des listes d'attente pour les jeunes et cette année pour la première fois chez les adultes », commente Philippe Joliot, le président du club qui compte 4 100 adhérents.

Dans les Hauts-de-Seine, « une terre de tennis où les enfants ont acquis la culture grâce à leurs parents » comme aime à le rappeler le dirigeant, la situation est plus à l'avantage de la petite balle jaune qu'à Évreux. « Sur notre territoire, on a la concurrence frontale d'autres sports comme le foot ou le handball », confirme Clive Rothwell, l'ancien directeur sportif du Évreux Athlétic Club Tennis qui compte 500 licenciés contre 1 200 il y a 30 ans. Ces disciplines demeurent selon lui plus accessibles car elles nécessitent moins de technicité. « Au foot, au hand, vous pouvez tout de suite commencer à faire des matchs. Ce n'est pas le cas pour le tennis qui nécessite du temps. » La solution passerait selon lui par des opérations de promotion dans les écoles par exemple.

La diffusion plus régulière à la télévision, au-delà de Roland-Garros, donnerait envie aux plus jeunes de pratiquer.LP/Arnaud Journois
La diffusion plus régulière à la télévision, au-delà de Roland-Garros, donnerait envie aux plus jeunes de pratiquer.LP/Arnaud Journois  

Pour Jean-Marie, joueur et professeur de tennis dans l'Essonne et qui constate l'érosion lente des licenciés dans les clubs où il entraîne, la visibilité du tennis dans les médias est un des principaux problèmes. Spectaculaire, technique, exigeante, sa discipline réunit pourtant tout selon lui pour plaire. « Notre sport n'attire plus car on ne le voit plus. A l'exception de Roland-Garros, il n'est plus visible le reste du temps à la télévision, à part sur des chaînes privées non accessibles au plus grand nombre. On est asphyxié par le foot. Ma petite fille est tombée sur des spots de promotion de l'équitation sur une chaîne pour enfants. Conséquence, elle ne m'a parlé que de cheval. Je pense qu'un bon spot avec les glissades les plus spectaculaires de Gaël Monfils ça donnerait envie aux gamins. »

« Retrouver de la convivialité, du partage, du lien social… »

Afin de casser l'image archaïque, voire rétrograde (mais sans fâcher les puristes), de nouveaux formats de jeu (des sets en quatre jeux) ou d'épreuves ont aussi été créés. Plus adaptés aux modes de vie ou aux contraintes professionnelles. Les TMC (tournois multichance sur une journée ou deux) se sont ainsi multipliés. Les joueurs de 4e série (bas de l'échelle) peuvent se défier dans des « matchs libres », qui comptent pour leur classement, sans être obligés de passer par la case tournoi.

Dans sa quête de diversification, la fédération a aussi misé sur le padel pour conquérir de nouveaux marché s. En Espagne, pourtant royaume de Nadal, les aficionados de ce sport de raquette qui se joue en double, convient à tous les âges et attire plus les femmes, ont dépassé ceux du tennis.

Bref, pas mal d'innovations pour remonter la pente. Bernard Giudicelli, qui brigue un nouveau mandat de quatre ans en décembre, impute d'ailleurs facilement au seul Covid le fait de ne pas avoir retrouvé le million perdu depuis 2012.

Pour son opposant, l'ancien joueur Gilles Moretton, toutes ces mesures restent éloignées de l'essentiel : remettre l'humain au cœur du projet. « Le tennis, c'est le contact, résume-t-il. Il faut retrouver de la convivialité, du partage, du lien social dans les clubs. C'est 99 % de la problématique du tennis en France aujourd'hui… »