Open d’Australie : novice en Grand Chelem, taiseux… qui est Aslan Karatsev, la sensation russe ?

Le Russe, 114e mondial et anonyme du circuit ATP, a déjoué tous les pronostics en se qualifiant à 27 ans pour les demi-finales du premier Grand Chelem de la saison, où il affrontera Novak Djokovic. Portrait.

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 Qualifié pour le dernier carré de l’Open d’Australie, le Russe Aslan Karatsev va affronter le n°1 mondial, Novak Djokovic.
Qualifié pour le dernier carré de l’Open d’Australie, le Russe Aslan Karatsev va affronter le n°1 mondial, Novak Djokovic. AFP/David Gray

C'est l'invité surprise du dernier carré. Et d'ores et déjà la grande sensation de l'Open d'Australie qui a ouvert la nouvelle saison de tennis. Le Russe Aslan Karatsev, 114e mondial et issu des qualifications, s'est qualifié pour les demi-finales du Grand Chelem, ce mardi, aux dépens du Bulgare Grigor Dimitrov (21e), diminué par une blessure au dos (2-6, 6-4, 6-1, 6-2).

Il défie les statistiques et efface McEnroe

Des trois joueurs russes présents en quarts de finale (Rublev affronte Medvedev mercredi), Aslan Karatsev est évidemment le moins connu. Si ses compatriotes font partie du top 10 mondial, lui n'était que 114e avant le rendez-vous australien. Mais on risque bien de se souvenir de son nom. Car « AK » est en train d'effacer de nombreuses traces des livres d'histoire du tennis.

Il devient ainsi le premier joueur dans l'ère Open (depuis 1968) à atteindre le dernier carré dès son premier Grand Chelem. Il est aussi le joueur le moins bien classé à s'inviter en demi-finale à Melbourne depuis trente ans et Patrick McEnroe (alors n° 114), en 1991. Il n'est que le cinquième joueur issu des qualifications à s'inviter dans le dernier carré d'un Grand Chelem, le premier était un certain John McEnroe lors du tournoi de Wimbledon en 1977. Le Russe défiera le n° 1 mondial Novak Djokovic, tombeur de l'Allemand Alexander Zverev (7e) en quatre sets (6-7, 6-2, 6-4, 7-6), pour une place en finale.

Un vieux routier des divisions inférieures

Si la plupart des amateurs du tennis n'avaient jamais entendu parler d'Aslan Karatsev, le Russe n'est pourtant pas un jeune premier sur le circuit. Né le 4 septembre 1993, à Vladikavkaz, au pied des montagnes du Caucase, à la frontière de la Géorgie et à mi-chemin entre la mer Noire et la mer Caspienne, le droitier écume les courts depuis neuf ans. Mais à 27 ans, celui qui est entraîné par le Biélorusse Yahor Yatsyk depuis quelques mois semble enfin atteindre la plénitude de son tennis depuis un an.

Lors de l'interruption de la saison à cause de la crise sanitaire au printemps 2020, il pointait au 253e rang mondial. Durant cette pause, il a remporté 17 matchs d'exhibition sur 23 disputés. A la reprise du circuit, il a conservé le rythme et disputé une finale à Prague (perdue face à Wawrinka) et a enchaîné avec deux victoires sur le circuit Challenger (à nouveau Prague puis Ostrava). Il a terminé l'année avec 18 victoires sur 20 matchs joués en Challengers, dont 16 sans perdre un set.

Son début d'année 2021 - malgré une quarantaine totale dans sa chambre d'hôtel imposée pendant deux semaines à son arrivée en Australie - est parfait avec la victoire lors de l'ATP Cup avec l'équipe de Russie (avec ses amis Rublev et Medvedev) et un sans-faute à l'Open d'Australie. Grâce à cette qualification il est assuré de faire son entrée dans le top 50, à la 42e place mondiale lors du prochain classement. Une victoire dans la Rod Laver Arena, ce dimanche, le propulserait même au 14e rang mondial.

Un coup droit dévastateur

Avec son physique de bûcheron (1,85 m pour 85 kg), Karatsev ne fait pas dans la dentelle sur les courts de tennis. Plus à l'aise sur les surfaces rapides et en dur - comme en Australie - que sur la terre battue, le Russe au coup droit dévastateur et au revers à deux mains est un adepte des frappes puissantes et des échanges raccourcis. « Il était très facile, se souvient, dans un entretien à l'Equipe, Thomas Setodji, 25 ans, ancien joueur français qui l'a affronté sur le circuit secondaire. On voyait tout de suite que c'était un joueur qui ne réfléchit pas trop; il envoie dès qu'il peut. C'était le même jeu que ce qu'il produit à Melbourne, sauf qu'il commet beaucoup moins d'erreurs. »

Il poursuit dans le quotidien sportif : « Il y a tout le temps le transfert du poids du corps, la main qui accélère à chaque fois, et cette impression qu'il s'en fout du score, qu'il va envoyer de la même façon à tout moment. Je ne pense pas qu'il puisse faire énormément de rallyes, je ne le sens pas très physique et, d'ailleurs, le fait qu'il ait gagné en cinq sets contre Auger-Aliassime, ça m'a surpris. Mais j'ai vu la stat contre Schwartzman, plus tôt dans le tournoi : sur 90 points il avait mis 50 winners (coups gagnants), donc ça veut aussi dire qu'il n'y a pas beaucoup d'échanges quand il joue. »

Un timide peu bavard

Timide, taiseux lors des conférences de presse et « introverti » selon Gilles Cervara, l'entraîneur français de Medvedev qui le connaît bien, Karatsev n'est pas plus disert sur les réseaux sociaux. Si la plupart de ses compagnons sur le circuit étalent leurs vies sur Instagram ou Twitter, lui reste discret. Difficile d'en savoir plus sur son caractère et sa personnalité. Il est suivi par 15100 fans sur Instagram et 1800 sur Twitter. Des chiffres qui devraient augmenter rapidement. Selon les photos, on peut penser qu'il apprécie la nature, les voyages et les chiens.

Un compte en banque qui va doubler

Depuis le début de sa carrière sur le circuit professionnel en 2013 - en simple et double -, Aslan Karatsev avait cumulé la somme de 618 354 dollars (environ 508 500 euros) de prize money. En un peu plus d'une semaine, grâce à son parcours à Melbourne, son compte en banque va doubler. Malgré la crise sanitaire et la réduction des primes imposée par les organisateurs, Karatsev est déjà assuré de quitter l'Australie avec un chèque de 850 000 dollars australiens, soit 545 000 euros. Une somme qui pourrait encore gonfler avec une qualification en finale (961 000 euros) ou en cas de succès ce dimanche (1,76 million d'euros).