Open d’Australie : Novak Djokovic, le triomphe du mal aimé

Le Serbe a remporté ce dimanche un neuvième Open d’Australie, son dix-huitième titre du Grand Chelem. A deux unités de Federer et Nadal, le n°1 mondial n’a pourtant jamais divisé à ce point.

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 Novak Djokovic a facilement battu Daniil Medvedev, ce dimanche en finale de l’Open d’Australie.
Novak Djokovic a facilement battu Daniil Medvedev, ce dimanche en finale de l’Open d’Australie. AFP/William West

« Novak, tu es un grand sportif et une belle personne. » Daniil Medvedev n'en a pas voulu à son bourreau, intouchable ce dimanche 20 février en finale de l'Open d'Australie (7-5, 6-2, 6-2). Alors que le clivage autour de la personnalité de Novak Djokovic a atteint son paroxysme à Melbourne, le Russe lui a rendu un vibrant hommage.

« Le premier joueur pro avec lequel je me suis entraîné, c'est Novak. J'étais 500e mondial, et lui n°1. Je me disais qu'il ne me parlerait pas, il était comme un dieu pour moi. Mais il m'a parlé comme un ami. Et depuis, ça n'a jamais changé. » La main sur le cœur, le regard ému, « Nole » a savouré : « C'est bon de savoir que tu penses du bien de moi. » Une scène tout sauf anodine, vu le contexte.

Outre la gestion désastreuse de son tournoi exhibition à Belgrade en temps de Covid-19, la création d'un syndicat des joueurs contre l'avis de Federer et Nadal, ou son dépit vis-à-vis du couvre-feu en Australie (Kyrgios et Nadal n'ont pas hésité à l'épingler), une histoire de blessure prétendument simulée a enflammé la bulle de Melbourne. C'était au troisième tour, gagné en cinq manches contre l'Américain Taylor Fritz.

Victime de ses origines ?

« C'est l'apogée des tensions, détaille l'ex-joueur français Nicolas Escudé. Djokovic déclare qu'il s'est déchiré les abdos, qu'il ne sait pas s'il pourra continuer. » Sauf que le Serbe a fini par soulever le trophée. « Pourquoi avoir dit ça alors que c'était faux?, s'interroge Escudé qui a commenté la finale pour Eurosport. Qu'il ait eu une déchirure… Je n'y crois pas vraiment. Je ne remets pas en doute qu'il ait eu un pépin, sinon il mérite un Oscar. » Ironie du sort, le Serbe s'était déjà plaint d'une blessure à une épaule lors du dernier Roland-Garros en quart de finale avant de poursuivre sa route jusqu'en finale.

Open d’Australie : Novak Djokovic, le triomphe du mal aimé

Plus proche que jamais, avec ses dix-huit trophées, des vingt titres majeurs de Roger Federer et Rafael Nadal, Novak Djokovic semble s'éloigner toujours davantage de leur niveau… en termes d'image. « Il faut un bon et un méchant dans toutes les rivalités, analyse Escudé. L'attitude du public signifie : Ne t'embête pas à faire des efforts Novak, on préfère Federer et Nadal à toi. Ce sera toujours le cas. »

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Un sentiment partagé par Enki Bilal, dessinateur français né à Belgrade, interrogé en fin d'année dernière sur son compatriote. Mais pour des raisons plus liées aux origines du « Djoker », un de ses surnoms. « Citez-moi un champion venu d'un pays de l'Est qui a conquis le cœur de l'Occident ? Je n'en connais pas. On a désigné les Serbes comme les seuls fautifs du conflit en ex-Yougoslavie (1991-2001) et le peuple non fréquentable. Djokovic a grandi dans ce contexte, il porte cette histoire en lui. Quoi qu'il fasse, il ne sera pas compris. Il n'a pas le bon profil, il n'est pas considéré comme occidental. Souvenez-vous de McEnroe ou Connors qui étaient justement aimés pour leurs débordements. »

Battre Federer et Nadal à tout prix

Reste à Novak Djokovic la recherche d'un chemin alternatif vers la légende. « La seule façon d'exister face à Federer (39 ans) et Nadal (34 ans) sera de battre leur record de titres en Grand Chelem, estime Escudé. Il va falloir que les chiffres parlent d'eux-mêmes. »

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Et le patron du circuit ATP paraît en mesure d'y parvenir. « Du fait de son plus jeune âge ( NDLR : 33 ans ) et de son niveau de jeu toutes surfaces confondues, Novak est celui qui donne le plus de garanties. » Mais Nicolas Escudé s'interroge. « Jusqu'à quand Nadal pourra tenir tête? Jusqu'à quand Novak sera au-dessus du lot? Quand la nouvelle génération viendra-t-elle le déloger? » Autant de questions auxquelles la prochaine édition de Roland-Garros (du 17 mai au 6 juin) pourrait répondre.