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«On peine à réaliser que c’est Roland-Garros» : les spectateurs découvrent le tournoi à l’ère du Covid

A l’image de Patrice, et malgré la pluie et le froid qui ont accompagné la première journée du tournoi, les quelques spectateurs présents ce dimanche s’estimaient privilégiés malgré une étrange ambiance.

 Les spectateurs tirés au sort par les organisateurs ont occupé les premiers rangs du court Philippe-Chatrier quasiment vide.
Les spectateurs tirés au sort par les organisateurs ont occupé les premiers rangs du court Philippe-Chatrier quasiment vide. AFP/Anne-Christine Poujoulat

Assis dans la tribune du court numéro 13, Augustin, 20 ans, et Hugo, 22 ans, encouragent de la voix et du geste le jeune Français Benjamin Bonzi. Malgré le froid, la pluie et le vent d'automne qui cinglent les visages masqués, rien n'aurait empêché ces deux étudiants ingénieurs, dont l'un est venu spécialement de Bordeaux, d'être présents ce dimanche à Roland-Garros pour le début du tableau principal de ce tournoi très spécial. Unique. « C'est vrai qu'il manque le soleil mais on ne va pas se plaindre, c'est même une chance d'être ici aujourd'hui », affirme Augustin.

« Chance », le mot revient régulièrement, inlassablement, dans les bouches des visiteurs du jour. Les deux amis font partie des 750 heureux élus tirés au sort par l'organisation après la décision de la Préfecture, en fin de semaine dernière, de baisser la jauge des spectateurs de 5000 à 1000 places en raison de la dégradation sanitaire en Ile-de-France. Les 250 autres sont invités par les partenaires ou des élus. Les allées, d'ordinaire noires de monde, sont désertes. Seulement un quart des boutiques sont ouvertes. « Il y a plus de personnes qui sont là pour travailler que de simples spectateurs, constate Patrice, 48 ans, venu de Sens avec sa famille. On peine à réaliser que c'est Roland-Garros d'ailleurs. »

«C'est agréable de ne pas être embêté par la foule»

« Je trouve que le personnel ou les visiteurs sont moins stressés que d'habitude, il y a une vraie bonne ambiance et il n'y a pas de souci avec la distanciation sociale », apprécie Marc, 61 ans, qui assiste au match de Jérémy Chardy sur le Lenglen. Dans cette enceinte qui peut accueillir habituellement 10 000 personnes, on n'en compte qu'une dizaine au début du 2e set de ce match. « Je trouve malgré tout que c'est triste de voir des stades vides, c'est vraiment dommage que les autorités n'aient pas accepté une jauge plus importante », pointe Marc.

La pluie et le froid sont, eux, bien de la partie pour rappeler qu'on n'est pas au printemps. Après l'été indien qui a accompagné le Tour de France, l'automne tient sa revanche. Venu de Lorient avec ses frères et sa maman, Hugo n'est pas dépaysé par le temps.

«On peine à réaliser que c’est Roland-Garros» : les spectateurs découvrent le tournoi à l’ère du Covid

« Il fait même meilleur en Bretagne, on aurait dû organiser l'épreuve là-bas », sourit l'étudiant en Sciences politiques. Passé la plaisanterie, l'intéressé, bonnet et capuche sur la tête, savoure. « Ma mère a appelé pour être remboursée des places et c'est comme ça qu'on a appris qu'on était pris. J'ai travaillé ici il y a deux ans et je trouve que c'est agréable de ne pas être embêté par la foule. Il y a une bonne ambiance, la sécurité est moins sur les dents que d'ordinaire. »

Le toit, le nouvel atout charme

Marine, 30 ans, et Damien, 31 ans, ont eux reçu le mail de confirmation vendredi soir. Il y a trois ans, ces deux habitants d'Orléans étaient venus au tournoi de la Porte d'Auteuil mais la fête avait été gâchée par la pluie. Cette fois, s'ils ont vérifié la météo par principe avant de partir pour se vêtir suffisamment, ils étaient sûrs d'assister à de nombreux matchs en raison des onze ailes en aluminium qui couvrent désormais la terre battue du court Central.

« La dernière fois, on n'avait pu voir que deux heures de matchs, suffisamment pour ne pas être remboursé, cette fois, grâce au toit, on est sûr de voir des matchs toute la journée, confie Damien. Même s'il n'y a pas beaucoup de monde, l'acoustique de la salle donne une belle ambiance. Les matchs sont de belle qualité. On est vraiment heureux car on avait pris des places pour être en haut du Chatrier et là on a pu se mettre dans les premiers rangs. Jamais cela aurait été possible en temps normal. »

Leurs billets, achetés 65 euros l'unité, leur permettent de s'installer à des places où le tarif avoisine les 150 euros en temps normal. Mieux, avec leurs sésames, les « chanceux du tirage au sort » peuvent se déplacer aux quatre coins du stade et assister à tous les matchs. Ce qui n'est pas permis lors d'une édition classique. « On va en profiter au maximum pour bouger, voir le court Simonne-Mathieu qu'on ne connaît pas et voir le plus de joueurs possible », poursuit Damien, appareil photo en main. Pas sûr que les joueurs tiennent le même discours.