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Mesures anti-Covid : Roland-Garros condamné au quasi-huis clos

Les organisateurs espéraient accueillir 5 000 personnes par jour à partir de dimanche. Mais le Premier ministre a confirmé jeudi soir que seules 1 000 personnes seront les bienvenues.

 « Il y a encore beaucoup de points d’interrogation mais on espère toujours », glisse Guy Forget, le directeur du tournoi, qui voudrait obtenir ce vendredi une dérogation préfectorale.
« Il y a encore beaucoup de points d’interrogation mais on espère toujours », glisse Guy Forget, le directeur du tournoi, qui voudrait obtenir ce vendredi une dérogation préfectorale. LP/Arnaud Journois

Déjà que la météo s'annonce maussade pour la quinzaine, le Premier ministre, Jean Castex a sonné la douche froide, hier soir sur France 2, en confirmant que seuls 1 000 spectateurs par jour pourront assister au 119e Roland-Garros, qui s'ouvre dimanche. Autant dire un quasi huis clos…

« Nous appliquerons les mêmes règles qu'ailleurs, a expliqué le Premier ministre. Il n'y a pas de raison que nous n'appliquions pas les mêmes règles à tout le monde. »

Devant l'hésitation de Jean Castex sur le plateau de « Vous avez la parole », Matignon a ensuite précisé qu'il s'agissait bien de spectateurs, les personnes accréditées (staff, ramasseurs, organisation, presse…) étant « soumise à un protocole spécifique » et testées tous les sept jours.

Il y a deux mois et demi, les organisateurs espéraient accueillir quotidiennement 50 à 60 % de leur nombre habituel de spectateurs (soit environ 20 000 les premiers jours et 10 000 pour les finales).

Premier revirement il y a trois semaines, lorsque la Fédération Française (FFT) s'est retrouvée contrainte de réduire la voilure à 11 500 personnes maximum par jour, réparties en trois zones totalement indépendantes (deux de 5000, une de 1500). Puis la jauge a de nouveau baissé à un total de 5000 mi-septembre, avec son volet remboursements de billets à prévoir. Et voilà que la menace d'une limite à 1000 spectateurs est venue tournoyer comme une raquette de Damoclès au-dessus du nouveau toit du Central avant de tomber comme un couperet sur la tête de Guy Forget.

«On a toujours respecté le protocole sanitaire»

« Tout ce qui a été mis en place ici a été fait avec l'accord des autorités sanitaires. Nous sommes en capacité d'accueillir une population de 5000 personnes sur un stade de 12 ha dans des conditions de sécurité maximale. Chaque restriction envoie le signal qu'il serait dangereux de venir alors que ce n'est pas le cas. On a toujours respecté le protocole sanitaire. »

Du côté de la FFT, comme de la mairie de Paris, on s'étonnait d'avoir appris la nouvelle devant la télé, sans avoir été informé ou consulté. Insistant sur le fait que Roland-Garros fait la taille de 15 terrains de football et ne pose aucun problème pour la distanciation. « C'est beaucoup plus sûr que de prendre le métro », résumait Guy Forget, citant en exemple le récent Tour de France et ses 5000 âmes à l'arrivée sur les Champs-Elysées. Reste que la plupart des fans projetait sûrement d'emprunter les transports en commun pour venir porte d'Auteuil…

Le tournoi est le poumon économique de la FFT

Pour la Fédération, Roland-Garros est un enjeu majeur. Le poumon économique de l'organisation. La quinzaine de la terre battue représente 80 % de ses revenus. Quel que soit le nombre de passionnés qui franchiront les grilles dimanche, le manque à gagner est d'ores et déjà considérable. Il était estimé à plus de la moitié du chiffre d'affaires (qui s'élève environ à 260 millions d'euros, M€) avec une fréquentation à 11 500.

L'an dernier, Roland-Garros avait reçu 520 000 visiteurs. La billetterie occupe 18 % (soit 46,8 millions d'euros), les relations publiques 16 % (41,6 millions d'euros) et la vente de produits dérivés 5 % (13 millions d'euros). On comprend mieux pourquoi les dirigeants tenaient coûte que coûte à disputer l'édition 2020. Quitte à passer en force dès la mi-mars en annonçant le report de l'épreuve du printemps (24 mai-7 juin) à l'automne sans aucune concertation préalable de calendrier avec les principales instances du tennis international.

Ce qui a permis au moins de ne pas toucher aux 36 % de recette (93,6 millions d'euros) générés par les droits télés. « Annuler Roland-Garros n'a jamais été une option, a encore martelé le président de la FFT, Bernard Giudicelli, jeudi soir. Ce tournoi est déjà entré dans l'histoire compte tenu de la façon dont il a été préparé et organisé… »