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Finale de Roland-Garros : Nadal-Djokovic, le choc des légendes

Le premier, déjà sacré à douze reprises à Paris, peut égaler les 20 sacres en Grand Chelem de Federer ce dimanche. Le second vise un 18e titre.

 Rafael Nadal visera un treizième titre à Roland-Garros. Il trouvera néanmoins sur sa route le n°1 mondial, Novak Djokovic.
Rafael Nadal visera un treizième titre à Roland-Garros. Il trouvera néanmoins sur sa route le n°1 mondial, Novak Djokovic. AFP et Reuters

Préparez les pop-corn ou le chocolat chaud! Un pan d'histoire du tennis se joue ce dimanche après-midi sur le Central de Roland-Garros. L'extra-terrien Rafael Nadal, 12 titres et 99 victoires (sur 101 matchs) à son compteur parisien, accueille sur son lopin de terre le nettoyeur multisurfaces Novak Djokovic. L'apothéose d'un inédit tournoi automnal qui aura, quoiqu'il arrive, sa place dans la légende. L'Espagnol, qui n'a concédé que 27 manches en 16 participations (soit 1,7 set par tournoi!) et aucune cette année, a les vingt titres en Grand Chelem de Roger Federer au bout de sa raquette.

Le Serbe, le seul avec Söderling à avoir surpris Nadal dans son antre en 2015, peut, lui, revenir à deux unités du Suisse et devenir le premier joueur de l'ère Open à remporter au moins deux fois les quatre Majeurs. Difficile de faire un pronostic.

Les statistiques plaideront toujours en faveur de Nadal, vainqueur de 100 % de ses finales parisiennes. Les conditions (météo, court…) jouent plutôt pour Djokovic, qui n'a gagné qu'un seul de ses quatre rendez-vous dominicaux à Paris. Quel que soit celui qui soulèvera la Coupe des Mousquetaires à la nuit tombée, il relancera le sempiternel et savoureux débat sur le GOAT (Greatest Of All Times), le meilleur joueur de tous les temps. Nul doute que Federer jettera lui aussi un œil attentif au choc de l'année. Partagé entre la perspective de voir Nadal le rejoindre ou celle de sentir Djokovic en position de les doubler tous les deux… Arnaud Clément et Sébastien Grosjean donnent leur avis sur ces deux champions.

«Nadal a toujours la même passion»

Arnaud Clément, ex n° 10 mondial

« Ce qui m'étonne le plus chez lui c'est qu'il ait pu commencer aussi jeune à aligner les victoires et qu'il ait toujours cette même envie, cette même passion. C'est fabuleux, juge Arnaud Clément, ex n° 10 mondial. Je l'ai connu à ses débuts et j'ai été marqué par sa simplicité. Je l'avais un peu découvert au Challenger d'Aix en Provence quand il avait 16 ans, puis en Coupe Davis 2004. Il s'est mis très vite à gagner, il a fait la carrière qu'on lui connaît mais je vois aujourd'hui le même garçon qu'il était à vingt ans. C'est assez admirable. La notoriété ne l'a pas changé. On peut trouver ça bateau mais je m'imagine à sa place, moi qui ai bien connu le tennis pro (rire).

Tu vois que ce n'est pas facile, que tu as besoin d'être parfois recadré. Lui, il est toujours là pour dire bonjour, aller voir des enfants, être généreux avec les autres. C'est merveilleux pour notre sport d'avoir un ambassadeur comme lui. Après cette carrière incroyable, il n'est pas là pour chasser des titres mais parce qu'il aime profondément le sport et la compétition. Ses problèmes récurrents au genou auraient pu faire penser à certains qu'il s'arrêterait avant. Mais ça, c'était surtout valable sur les générations précédentes, où les joueurs avec un jeu exigeant stoppaient ou déclinaient très tôt. A 28 ans, Chang n'avançait plus ! Aujourd'hui, Nadal joue dans une filière beaucoup plus courte et il sait gérer son physique. Il a toujours été en recherche d'évolution. Je me souviens d'une année où il était n°1 mondial et venait de presque tout gagner. Je regarde un de ses entraînements avant l'Open d'Australie et je vois qu'il a changé son service et son revers, qui est un peu plus direct. Et là tu te dis que c'est incroyable, alors que tu es tout en haut, de vouloir encore progresser. C'est pour ça que Federer, Djokovic ou lui sont toujours là. Il a toujours quelque chose à aller chercher sur un court, choper le petit truc pour être encore meilleur. »

Finale de Roland-Garros : Nadal-Djokovic, le choc des légendes

«Djokovic est impressionnant de détermination»

Sébastien Grosjean, capitaine de l'équipe de France de Coupe Davis

« Je l'ai battu à Wimbledon en 2005 (7-5, 6-4, 5-7, 6-4) et on sentait déjà qu'il y avait chez lui quelque chose de très très spécial. Il y avait déjà cette volonté, cette détermination et une marge de progression énorme. Il voulait simplement être le plus fort possible et avoir les meilleurs autour de lui. Je ne sais pas l'expliquer mais ce sont des trucs que tu sens, comme quand j'ai joué Nadal à Roland-Garros. Tu ne sais pas combien le mec va gagner de Grands Chelems, mais tu sais qu'il va en gagner, qu'il va aller tout en haut et que ça risque d'être formidable. L'année suivante, j'ai perdu contre lui à Metz alors que je menais au score et j'ai vu comment il avait encore progressé. Son ambition principale, et il ne s'en cache pas, c'est d'écrire l'histoire. Voilà. Comme les deux autres, chacun avec sa personnalité et sa motivation.

Ce qu'il est arrivé à faire est phénoménal. Je ne dirais pas qu'il s'est fait une place au milieu de Nadal et Federer mais qu'il s'est mis à gagner parce que les deux l'ont obligé à être encore meilleur. Et sa carrière est loin d'être finie… Techniquement, il s'est énormément amélioré en coup droit, en service et en qualité de déplacement. Il est même un peu mieux au filet même s'il a encore de la marge. Il ne laisse surtout rien au hasard dans tous les domaines de sa préparation. C'est un professionnel extrême. Quand il a eu sa baisse de régime après 2016, j'ai toujours pensé qu'il reviendrait. C'est difficile de rester au plus haut niveau sans avoir des moments où tu redeviens moyen. Il venait de tout gagner comme ses deux rivaux, la différence allait donc se faire sur le nombre de Grand Chelem à l'arrivée. C'est devenu l'objectif. Il a cette volonté inébranlable d'avoir le plus de records. Il est impressionnant de détermination. On a de la chance. On vit une époque exceptionnelle. »