FFT : comment Gilles Moretton a gagné l’élection à l’issue d’une campagne tendue

Après plusieurs mois d’ambiance délétère, l’ancien joueur devient ce samedi après-midi le quinzième président de la Fédération française de tennis.

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 Gilles Moretton est le nouveau président de la Fédération française de tennis.
Gilles Moretton est le nouveau président de la Fédération française de tennis. PRESSE SPORTS/Pierre Lahalle

La partie était loin d'être gagnée… Au début de l'été 2020 encore, à cinq mois de la date initiale de l'élection (12 décembre, reportée pour cause de pandémie), Bernard Giudicelli semblait se diriger vers un deuxième mandat. Ce samedi, pourtant, dans un système à l'américaine où on connaît le vainqueur avant le vote final, les 199 « grands électeurs » issus des Ligues ou des Comités vont choisir Gilles Moretton pour les quatre prochaines années lors d'une assemblée générale en visioconférence.

Fort d'un plan de relance de 35 millions d'euros pour les différents acteurs du tennis afin de répondre à la crise sanitaire et du maintien contre vents et marées d'une édition de Roland-Garros fin septembre dans un écrin flambant neuf, l'omnipotent dirigeant corse paraissait avoir la main pour assurer sa reconduction jusqu'aux JO de Paris. Malgré une image de despote isolé et surtout de fossoyeur de la Coupe Davis qui trouvera une place de choix dans son bilan.

« Ses deux plus gros défauts ont été sa mauvaise communication et son manque total d'humilité, glisse l'un des proches de l'équipe sortante. Il a aussi commencé sa campagne trop tard (NDLR : six mois après son rival) et sous-estimé Moretton. Il a tranquillement attaqué l'ascension du col la tête dans le guidon sans voir que quelqu'un le doublait… »

Un fin stratège

Son opposant lyonnais, lui, a mis les moyens. Prenant le pari du porte à porte et labourant le terrain (de métropole ou d'outre-mer) de long en large ou en ligne pour prêcher sa bonne parole : rassemblement, projet basé sur la démocratie et l'éthique, la réforme de la gouvernance, le pouvoir donné au club, la formation plutôt que l'ultra-sélection ou encore la notion de plaisir à retrouver, etc. Plus de 2 000 clubs (sur les 7 800) ont ainsi été visités. « Je suis allé partout où on a voulu de moi », sourit l'ancien chef d'entreprise et président du club de basket de l'ASVEL.

En fin stratège, dans un mode d'élection où toutes les voix ne pèsent pas le même poids, l'ancien n°65 mondial a tout de même délaissé les tournois perdus d'avance (dans les zones ouest ou nord) pour aller gagner les gros matchs (Auvergne Rhône-Alpes, Occitanie, Grand-Est, PACA avec Arnaud Clément ).

Au-delà d'un débat d'idées, l'élection s'est transformée en un combat d'homme à homme entre deux protagonistes qui ne s'adressent plus la parole depuis quatre ans. Le jour où, lors d'une réunion publique au Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire), Giudicelli avait affirmé que Moretton faisait partie d'un groupe d'anciens joueurs qui revendaient sous le polo et à prix d'or des invitations de Roland-Garros.

Petite phrase, grosses conséquences. Condamné pour diffamation par la justice française, le président de la FFT a en effet dû renoncer un temps à ses fonctions au sein de la Fédération internationale (ITF), traînant cette affaire comme un boulet.

La bascule au Comité de Paris

Et son successeur en a tiré un surcroît de motivation. « Cette élection, Moretton l'a gagnée au Chambon-sur-Lignon… », glisse un cadre fédéral. Au fil des mois, dans sa quête de reconstituer la « famille », l'ex-n°65 à l'ATP a autant fédéré autour de lui que contre son adversaire, qui a vu s'enchaîner les défections. Les chantres du changement sont aussi des déçus ou recalés de l'ancien régime (François Jauffret, ex-président de l'Ile-de-France, ou Eric Deblicker, passé de conseiller spécial de Giudicelli à personnage influent du clan Moretton).

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Dans une ambiance délétère, ou l'ex-président de l'ASVEL, connu pour être procédurier, a bien occupé le terrain des commissions d'éthique ou de litige, la bascule a eu lieu début septembre. Hughes Cavallin, trésorier général de la FFT et n°2 de Giudicelli, a annoncé son retrait de la campagne. Dans le même temps, le Comité de Paris, plus gros département de France qu'il a dirigé pendant onze ans et où il reste très présent, a massivement (81 %) choisi Moretton.

Sur cette dynamique, le gain de l'Ile-de-France (qui représente 25 % des voix) mi-décembre a scellé la victoire d'EPAT (Ensemble pour un Autre Tennis) sur « Agir et Gagner ». « Cavallin a été le facteur X, souffle-t-on dans l'entourage du battu, comparant les derniers mois à un thriller politique. Sinon, les projections montrent que Moretton aurait perdu environ 52/48… »

À l'arrivée, une fois les 9 252 voix distribuées, le créateur du Grand Prix de Tennis de Lyon va s'imposer avec environ 60 % des suffrages, devenant le 15e président de la FFT. Son futur prédécesseur, lui, sera le premier depuis 48 ans (après 20 ans de Chatrier, 16 de Bîmes et 8 de Gachassin) à ne pas faire de second mandat…