Baisse des licenciés dans le tennis : «Ce sport doit retrouver une identité»

Selon Virgile Caillet, délégué général de l’Union Sport & Cycle qui a participé aux états généraux sur l’écosystème du tennis, la discipline doit vite se réinventer.

 « Le tennis, c’est du travail dans la durée », reconnaît Virgile Caillet, ce qui peut expliquer en partie la perte d’attractivité de ce sport.
« Le tennis, c’est du travail dans la durée », reconnaît Virgile Caillet, ce qui peut expliquer en partie la perte d’attractivité de ce sport. DR

Virgile Caillet, le délégué général de l'Union Sport & Cycle, nous éclaire sur les défis et les transformations nécessaires d'une discipline qui doit se réinventer. Il y a deux ans, il avait participé aux états généraux sur l'écosystème du tennis organisé par la Fédération française de tennis (FFT).

Le tennis est-il encore un sport attractif ?

VIRGILE CAILLET. Difficile de répondre brutalement à une telle question. Pour certaines catégories d'âge, celles de la génération Z (NDLR : les 10/18 ans) par exemple, le tennis ne répond pas à leurs attentes qui correspondent à un monde sans contraintes fait de satisfaction et de plaisir immédiats. Le tennis, c'est du travail dans la durée.

La discipline est donc contrainte de réagir ?

En tout cas, cela doit interpeller ses dirigeants car le phénomène va se prolonger dans la durée. Il y a deux ans, la fédération a provoqué des états généraux de son sport. C'était urgent. Il faut que le tennis revoie son attractivité. Dans une étude de 2017, on apprenait que 64 % des pratiquants jouaient depuis plus de 10 ans et 45 % depuis plus de 20 ans. On assiste à un vieillissement et ce ne sont pas les plus de 40 ans qui vont renouveler les effectifs.

Comment rendre ce sport plus attractif ?

Il doit être plus ouvert, plus ludique pour élargir à nouveau sa base. Dans les années 1980, le tennis était le sport à la mode, celui des gentlemen qui, pour caricaturer, avaient toujours une raquette dans leur coffre pour aller jouer. Le tennis doit retrouver une identité.

La bataille est-elle perdue face au football par exemple ?

Le tennis a dans ses gênes la réponse comme le padel par exemple. On redécouvre le jeu de raquette, le plaisir de jouer. C'est une porte d'entrée accessible et intergénérationnelle en plus.

Le tennis est-il un sport populaire ?

Dans son organisation, ne serait-ce qu'avec la nécessité d'avoir un court à disposition, cette discipline est plus complexe que d'autres. Une application permet une mobilité des lieux de pratique. C'est une réponse. Encore peu de clubs permettent de réserver des créneaux de cette manière. La fédération cherche à recruter des licenciés quand des gens cherchent avant tout à pratiquer. L'athlétisme connaît un phénomène similaire : 13 millions de Français courent mais seulement 300 000 disposent d'une licence.

L'absence de joueurs charismatiques peut-elle expliquer cette désaffection ?

Le tennis doit retrouver de la modernité avec les tenues, les joueurs. Quand on doit construire une icône, il faut des aspérités. Or, le monde du tennis a tendance de nos jours à faire entrer les joueurs dans des moules. Ils sont trop normés et cadrés, pour qu'ils ne choquent personne. Mais la simple identification à un modèle ne sera pas suffisante pour attirer les jeunes générations.