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Après son sacre à Roland-Garros, quelle place occupe Nadal dans l’Histoire ?

En décrochant son treizième sacre à Paris face à Djokovic, l’Espagnol s’est offert un vingtième trophée en Grand Chelem. Comme un certain Roger Federer…

 Rafael Nadal a remporté son 100e match à Roland-Garros, où il ne compte que deux défaites.
Rafael Nadal a remporté son 100e match à Roland-Garros, où il ne compte que deux défaites. LP/Arnaud Journois

La larme à l'œil derrière son masque rose, Coupe des Mousquetaires au bras, Rafael Nadal écoute l'hymne espagnol s'élever sous le toit du Central. Le Majorquin était déjà le roi incontesté du printemps, le voici légende d'automne.

En surclassant Novak Djokovic en finale (6-0, 6-2, 7-5 en 2h41), le n°2 mondial a repoussé un peu plus loin les frontières du réel : 13 titres dans la capitale, 100e match remporté sur 102 disputés sur sa terre promise parisienne et surtout 20 couronnes en Grand Chelem. Comme un certain Roger Federer…

« C'est un grand honneur pour moi de te féliciter, a immédiatement écrit le Suisse sur les réseaux sociaux. Nous nous sommes poussés mutuellement à être meilleurs. J'espère que le n°20 sera une autre étape dans notre voyage. Bien joué Rafa, tu le mérites. » Simple. Classe. Pour le reste, les superlatifs et les jeux de mots sont usés jusqu'au cordage depuis longtemps.

« Je ne peux même pas imaginer ce que ça représente d'avoir ce record, souffle Guy Forget, le directeur du tournoi. Gagner 13 fois Roland-Garros, ça dépasse l'entendement. C'est quelque chose qui ne pourra jamais être battu, c'est au-delà de tout ce qu'on aurait pu penser il y a dix ans. Il avait déjà doublé le record de Borg (NDLR : six succès), c'est incroyable. Pour moi c'est la plus grande réussite qu'on ait vue dans le sport. »

«C'est juste monstrueux»

Jamais les vents n'avaient paru aussi contraires (météo, court, toit…) pour le gaucher de Manacor. Et rarement Nadal aura été aussi dominateur. Aucun set concédé sur l'ensemble de la quinzaine pour la quatrième fois à peine depuis 2005. Et une véritable fessée administrée au n°1 mondial pour parachever son chef-d'œuvre. Avec sept petits jeux au tableau d'affichage, Djokovic a tout juste fait mieux que Federer (4) et Wawrinka (6), respectivement étrillés en finale en 2008 et 2017 ! La saison des châtaignes a battu son plein au-delà de toute espérance.

« C'est juste monstrueux, résume l'ancien DTN Arnaud Di Pasquale. On est tous bluffés. Quand Roland commence, tu le vois inquiet. Puis on se dit qu'il a un tableau facile. Après, tu considères presque Djoko comme le favori… On ne mesure pas la force mentale de Nadal. Et tu sens qu'il y a un monde qui le sépare des autres sur terre battue. Il joue le deuxième meilleur du monde sur la surface et il n'y a pas de match. C'est fou ! Il lui a marché dessus. »

Arnaud Clément pointe un fossé physique. « Djokovic a refusé le combat d'entrée, observe l'ancien capitaine de l'équipe de France de Coupe Davis. Et on ne met pas assez en avant le génie tactique de Nadal. Il a fait des changements de rythme encore plus marqués, des balles longues sans vie qui ont complètement neutralisé le Serbe. On parle toujours des conditions mais c'est simple. C'est le meilleur qui s'adapte le mieux… »

Le 21e en juin prochain?

Le triomphe du « gladiaterre », qui donne aux dimanches de clôture des airs de jeux du cirque, va bien sûr relancer les discussions de club-house sur sa place dans l'histoire. Devant Federer, derrière, ou simplement à côté ? Hormis le Masters, auquel il ne semble pas parti pour se rendre en novembre, Nadal a tout gagné.

Après son sacre à Roland-Garros, quelle place occupe Nadal dans l’Histoire ?

« Il n'y a pas de débat, souffle Clément. Les fans de Nadal auront un avis, ceux de Federer un autre. Mais le seul juge de paix, une fois que tu as remporté les quatre, c'est le total. Aujourd'hui, Nadal est l'égal de Federer. Après on peut toujours chipoter sur l'or olympique (NDLR : que n'a pas le Suisse en simple) ou le Masters… » D'autant que le livre n'est pas encore fermé. « Le plus fascinant, c'est de voir à quel point ces trois mecs ont banalisé la victoire en Grand Chelem, note Di Pasquale. Quand Sampras a gagné ses 14, on pensait qu'il ne serait jamais battu et ils sont trois devant. Et on a rendez-vous avec Nadal en juin prochain pour le 21e… »