8 doigts, 7 orteils, un premier Grand Chelem... Fran Jones, la belle histoire de l’Open d’Australie

Issue des qualifications, la Britannique, 20 ans et 245e mondiale, entre en lice mardi 9 février à Melbourne. Atteinte d’une maladie génétique rare, la joueuse n’a jamais lâché son rêve malgré l’adversité…

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 «Plusieurs médecins disaient que je ne deviendrais jamais une joueuse professionnelle», confie Fran Jones, qui va disputer l’Open d’Australie.
«Plusieurs médecins disaient que je ne deviendrais jamais une joueuse professionnelle», confie Fran Jones, qui va disputer l’Open d’Australie. AFP/William West

Pour son entrée en lice mardi 9 février (dans la nuit de lundi à mardi en France) à l' Open d'Australie, Shelby Rogers, 60e mondiale, sait à quoi s'en tenir. L'Américaine, comme quasiment l'ensemble de la planète, connaît désormais l'histoire de son adversaire Francesca Jones.

La Britannique, 20 ans et 245e mondiale, qui dispute pour la première fois un tableau final de Grand Chelem, ne compte en effet que… quatre doigts à chaque main, quatre orteils à un pied et trois à l'autre. « Incroyable esprit, résistance et détermination », a résumé la légendaire ancienne joueuse américaine Billie Jean King.

Un corps «pas prévu pour devenir celui d'une athlète»

La jeune femme souffre d'une malformation de naissance, une maladie génétique rare au nom aussi long (syndrome d'ectrodactylie-dysplasie ectodermique-fente labiopalatine) qu'un échange de purs terriens… La joueuse de Leeds, qui a validé son ticket pour l'Australie en remportant trois matchs de qualifications à Dubaï, n'a rien d'une illustre inconnue dans le monde du tennis.

Malgré son handicap, « Fran » a soulevé cinq trophées sur le circuit secondaire ITF et tenté deux fois sa chance, sans succès, dans les qualifications de Wimbledon (2018 et 2019). Une sacrée revanche pour une petite fille à qui les médecins avaient ôté tout espoir d'assouvir ses rêves d'apprentie championne. « Plusieurs médecins disaient que je ne deviendrais jamais une joueuse professionnelle, a-t-elle expliqué. Quand, à huit ou neuf ans, on vous dit que vous ne pouvez pas faire certaines choses, beaucoup auraient le cœur brisé, mais j'ai juste encaissé avant de trouver la manière de leur donner tort. »

A son corps défendant, l'Anglaise, qui n'a jamais songé à suivre une voie « paralympique », est devenue une spécialiste du billard. Incapable d'énumérer le nombre d'interventions chirurgicales qu'elle a dû subir. « C'est certainement à deux chiffres, a-t-elle confié au Times. Il y a eu tellement d'opérations que je m'y suis habituée. Mon corps n'est pas prévu pour devenir celui d'une athlète. Je n'ai pas souffert, parce que cela faisait presque partie de ma vie quotidienne. Je dois m'occuper de moi un peu plus que les autres peut-être, mais ça ne me dérange pas. De toute façon, j'ai un seuil de douleur élevé. Cela fait partie de qui je suis. »

Courses différentes, raquette plus légère

A dix ans, Fran Jones, fille de conseillers financiers, a émigré du Yorkshire à Barcelone pour intégrer l'académie Sanchez Casal. Et entrepris un travail spécifique en lien avec sa pathologie. Basé sur le renforcement des articulations et surtout la recherche de l'équilibre et des appuis. Elle court ainsi différemment des autres joueuses pour être plus stable sur le court. Sa raquette est plus légère que la moyenne, assortie d'un petit grip qu'elle doit serrer très fort.

Mais qu'importent les différences ou l'adversité. Mentalement, Francesca Jones est dotée d'une force énorme qui lui permet aussi de mieux surmonter que beaucoup de collègues les contraintes liées à la situation sanitaire en pleine pandémie de Covid-19. « Je me prouve que je peux faire ce que je voulais et j'encourage les autres à faire pareil, soufflait-elle à Dubaï. Parce que je pense qu'il y a beaucoup trop d'enfants qui sont limités par ce que disent les autres… »