Stéphane Ruffier licencié par les Verts : retour sur «un vrai gâchis»

En conflit avec son coach, l’emblématique gardien des Verts a été congédié après neuf saisons passées à Saint-Etienne. Le joueur a aussitôt annoncé la fin de sa carrière pour s’occuper des jeunes du club de Bayonne. Un choix aussi déroutant que son caractère.

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 En neuf saisons dans le Forez, Stéphane Ruffier a disputé près de 400 matchs avec l’AS Saint-Etienne.
En neuf saisons dans le Forez, Stéphane Ruffier a disputé près de 400 matchs avec l’AS Saint-Etienne. LP/Guillaume Georges

Dans le Forez, il n'y a que des perdants. Saint-Etienne se traîne à la 16e place du classement avec l'une des plus mauvaises défenses du championnat (35 buts encaissés). Et son ancien joueur, Stéphane Ruffier, longtemps considéré comme l'un des meilleurs gardiens de la L1, se morfond dans sa maison aux alentours de la ville depuis son licenciement le 4 janvier. Écœuré, il a décidé de mettre fin à sa carrière pour devenir éducateur, dès la rentrée de septembre 2021, à… l'Aviron Bayonnais, son club formateur, qui évolue en N3.

S'il se montrait souple dans ses parades, Ruffier, hors des pelouses, étalait un caractère extrêmement rigide. Sa personnalité mutique n'a pas non plus favorisé un dialogue avec Claude Puel, le coach stéphanois. « C'était un type lunaire, pas désagréable mais étrange, se souvient un ancien international qui l'a côtoyé en Bleu. Le type qu'il ne faut pas déranger car tu sens qu'il peut t'en coller une vite fait ». Et son entourage proche ne l'a pas forcément aidé à faire preuve d'un minimum de rondeur pour apaiser les tensions stéphanoises ces derniers mois.

L'incendie s'embrase et ne s'éteindra jamais

Officiellement, le clash est né avant un match contre Reims le 23 février 2020. Mécontent de ses performances dans le jeu au pied, Puel convoque Ruffier dans son bureau pour lui dire qu'il le met au repos un match. Furieux, le joueur, sans attendre les explications du coach, claque la porte et contacte son agent Patrick Glanz. Ce dernier, au lieu d'appeler au calme, se répand publiquement sur le thème « Puel s'attaque à une légende du club et veut détruire mon joueur ».

Ruffier refuse de se désolidariser de ces propos. L'incendie s'embrase et ne s'éteindra jamais. Si Puel s'en est pris à Ruffier, au club depuis 2011, c'est qu'en débarquant à l'ASSE, il a constaté que son gardien, héritage de l'ère Jean-Louis Gasset, s'entraînait comme il le souhaitait sans rendre de comptes à personne. Quelques jours plus tard, alors que Ruffier, lors d'un entraînement, dégageait un ballon d'une longue chandelle, Puel lui a demandé de ne pas recommencer. Ruffier a répondu par une insulte.

Après sa mise à l'écart contre Reims, Ruffier annonce qu'il refuse d'être numéro 2 derrière Jessy Moulin qu'il estime être moins bon. Puel le sort du groupe. Malgré des tentatives de réconciliation du président Roland Romeyer qui voit son plus gros salaire (NDLR : 2,8 millions d'euros annuels) ne plus jouer, Ruffier refuse de présenter des excuses. A l'intersaison, il écarte toutes les offres de transfert. La brouille ne pouvait qu'aboutir à un licenciement que Ruffier va contester, avec de grandes chances de succès, devant les Prud'hommes.

Retrouver son Pays basque natal

A 34 ans, alors qu'il aurait pu jouer encore longtemps, il a décidé de plaquer le monde professionnel pour retrouver son Pays basque natal. « Il venait parfois nous voir quand il était en vacances, se souvient Jean-Pierre Mainard, le président bayonnais. Cela s'est fait en quelques jours. Il est venu et m'a dit : Je veux lancer une académie de gardiens. Dans la foulée, il a pris une licence de dirigeant. On sent quand même que sa rupture avec l'ASSE est douloureuse. Il a une immense envie de transmettre aux jeunes gardiens du club. Même s'il n'est pas très expansif, il est sincère dans sa démarche. »

Ruffier, qui pourrait prochainement s'exprimer pour évoquer les raisons de son divorce stéphanois, a déjà rencontré les portiers du club basque. « Il est très sympa et nous a donné tout de suite son numéro de téléphone, explique Cyril Fogacci, le gardien de l'équipe première. J'avais de lui l'image d'un type un peu fermé et dur, et c'est tout le contraire. »

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Averti de ce témoignage, un membre de l'AS Saint-Etienne s'avoue dépité. « Il fallait tellement peu de choses de la part de Stéphane pour que tout s'arrange. Puel ne le détestait pas, contrairement à ce qu'il s'est mis dans le crâne. Cette histoire, c'est un vrai gâchis. »