Sport et santé : le cheval, meilleur ami du handicap

La pratique de l’équitation adaptée fait des miracles. Elle peut venir en aide à de nombreux malades, comme les enfants atteints de troubles physiques ou psychiques.

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 Sous les conseils de Gabriel, Carla (au second plan) et Luna apprivoisent leur handicap grâce aux chevaux.
Sous les conseils de Gabriel, Carla (au second plan) et Luna apprivoisent leur handicap grâce aux chevaux. LP/E.M.

En brossant Twister pour la première fois, Carla essuie quelques larmes. Elles ne sont pas de tristesse mais l'émotion est trop forte. La jeune femme de 20 ans souffre de troubles du comportement. Son poney blanc est là pour l'apaiser. Il fait ça très bien.

Dans le box voisin, Luna est comme chez elle. Porteuse de trisomie 21, elle cajole avec soin celui qui est devenu son ami depuis des mois : Champs, un poney blanc lui aussi. Chaque mercredi, quand il faut prendre la direction du poney club de Chailly-en-Bière (Seine-et-Marne), elle affiche un sourire large jusqu'aux oreilles : «Luna attend ce moment chaque semaine avec impatience, c'est son point de repère dans son emploi du temps. Avant les séances, elle se laissait porter par le poney qui faisait ce qu'il voulait. Désormais, c'est bien elle qui le dirige», glisse sa maman.

«Les chevaux ressentent nos émotions»

Du haut de ses 12 ans, elle ne s'exprime pas avec facilité et emploie parfois le langage des signes. Pour «monter à cheval», elle met à califourchon l'index et le majeur de sa main droite sur les deux mêmes doigts de la main gauche. A cause de son handicap, beaucoup d'activités physiques lui sont fermées.

Mais l'équitation lui ouvre ses portes en grand. Le cheval devient d'un coup le meilleur ami du handicap, qu'il soit physique ou mental : «Ce que nous faisons avec Carla et Luna, comme avec beaucoup d'enfants ou d'adultes, est de l'équitation adaptée dont l'équithérapie est une composante, confie Gabriel Roche, psychologue de métier et moniteur d'équitation par passion. Les chevaux ont cette qualité immense : ils ressentent nos émotions, nos fragilités, nos handicaps, nos peurs aussi. Par rapport à nos comportements, le cheval s'adapte donc à la situation, ce qui est remarquable.»

Luna, porteuse de Trisomie 21, cajole avec soin son poney, Champs. LP/Eric Michel
Luna, porteuse de Trisomie 21, cajole avec soin son poney, Champs. LP/Eric Michel  

Pendant une petite heure chaque semaine, les deux copines, Carla et Luna, s'occupent de leur monture du début à la fin : elles brossent, sellent, montent et finissent par les soins. Elles sont là pour grandir avec leur faiblesse, pour l'apprivoiser et finalement en tirer une force grâce à leur ami à quatre jambes. Une fois en selle, tous les cavaliers se ressemblent.

«Le cheval, reprend Gabriel Roche, n'est pas un outil thérapeutique. C'est plus que ça, il est un médiateur. C'est très vrai avec les enfants autistes qui ont des soucis de communication. Le cheval leur permet de s'exprimer sans le langage verbal. A travers de ce que les enfants essaient de lui transmettre, on peut mieux franchir la barrière pour comprendre ce qu'ils ressentent.» Le cheval crée ce lien avec des personnes enfermées contre leur volonté dans leur monde.

Luna et Carla n'ont pas besoin d'un intermédiaire pour exprimer leur petit bonheur dans la carrière, le lieu clos où se pratique l'équitation. Leur rire à cheval dit tout quand on leur demande une rêne extérieure pour tourner, se pencher en arrière pour arrêter leur fière monture ou bien encore quand il s'agit d'aller toucher les oreilles ou la queue du poney pour travailler la souplesse. Et quand Gabriel demande le trot, c'est comme un cadeau d'anniversaire : «Pour que les personnes handicapées prennent du plaisir, résume le moniteur, il faut leur apporter un minimum de bagage technique de base pour qu'elles sachent diriger le cheval, l'arrêter, le remettre au pas.»

Une discipline qui améliore la coordination des gestes

Il faut pouvoir tenir sur la selle à défaut de savoir monter à cheval même si aucune des deux copines ne sera cavalière olympique. Encore que… «L'équitation est un sport qui aide au renforcement musculaire, reprend Gabriel Roche. Il permet de trouver son équilibre aussi bien physique que psychologique, par exemple quand il faut se pencher sur la monture. Bien tenir ses rênes améliore la motricité fine et la coordination des gestes.» Les bienfaits sont presque infinis.

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Le contact avec le cheval oblige aussi à se concentrer, à faire attention aux autres dans une relation de confiance à deux indispensable. C'est valable pour les cavaliers valides, mais parfois les personnes en situation de handicap peuvent manquer de cette confiance que le cheval leur offre. Sans aucune arrière-pensée, contrairement au jugement des hommes qui peut, parfois, être encore cruel.