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Sport automobile : avis de tempête à l’approche des élections fédérales de la FFSA

A deux semaines de l’élection du président de la fédération française de sport automobile, l’opposition tente de déstabiliser l’actuel titulaire en s’appuyant sur une plainte déposée au parquet national financier.

 L’ex-champion de rallye Bertrand Darniche entend mettre des bâtons dans les roues de Nicolas Deschaux, président sortant et favori de la course.
L’ex-champion de rallye Bertrand Darniche entend mettre des bâtons dans les roues de Nicolas Deschaux, président sortant et favori de la course. PHOTOPQR/« L’Est républicain »/Lionel Vadam

Intrigues et grandes manœuvres dans la course à l'élection présidentielle de la fédération française de sport automobile (380 clubs, 55 000 licenciés, 18 millions d'euros de budget en 2019). A la tête de la FFSA depuis 2007 et reconduit sans trembler jusqu'à présent, Nicolas Deschaux, 49 ans, semblait se diriger encore vers une victoire facile et un nouveau mandat de quatre ans le 7 octobre. Mais une liste d'opposition a émergé ces dernières semaines. Emmenée par l'ancien pilote de rallye Bernard Darniche, 78 ans, elle doit être officiellement déposée d'ici le 23 septembre. Simple licencié en dépit de son palmarès luxueux, Darniche n'est pas éligible sauf à modifier les statuts de la fédération juste après l'élection. Un scénario compliqué mais pas du tout impossible.

Dans le même temps, et cela ne doit rien au hasard, Nicolas Deschaux est visé par une plainte déposée à Paris début septembre auprès du parquet national financier (PNF). Elle émane de six associations sportives automobiles et six associations sportives de karting, toutes affiliées à la FFSA. Les plaignants dénoncent le contrat qui a lié pendant une dizaine d'années (entre 2007 et 2016) la fédération de sport automobile avec le prédécesseur de Nicolas Deschaux, Jacques Régis, aujourd'hui âgé de 75 ans. Il est question de possibles délits de favoritisme, de trafic d'influence, de détournement de fonds publics, de prise illégale d'intérêts et d'abus de confiance au préjudice de la FFSA et de ses membres.

« Ce dépôt de plainte, bien entendu, est orchestré par une liste d'opposition, réagit Nicolas Deschaux. Ce procédé apparaît comme le seul moyen trouvé par des détracteurs historiques de la FFSA pour tenter de porter atteinte à l'image de la Fédération ». Ambiance…

Des conseils à 400000 euros

Le fond de l'affaire remonte au printemps 2007. Après avoir démissionné de son mandat de président « pour des raisons personnelles » jamais explicitées, Jacques Régis a endossé dans la foulée un rôle de « prestataire conseil » de la fédération. Il a aussi quitté son fief de Nîmes. Direction l'île Maurice, « un paradis fiscal et judiciaire », selon ses détracteurs. Jacques Régis, alors tout juste âgé de 60 ans, a ensuite prodigué ses bons conseils au tout nouveau président, contre rémunération. Mais dans quelles conditions ? « Tant le contenu de la mission, les rapports d'activité et les conditions financières de ce contrat demeurent occultes, le président (NDLR : Nicolas Deschaux) s'opposant par tous moyens à cette divulgation et refusant toute communication », pointe Me Fabrice Savoye, l'auteur de la plainte adressée le 29 août au PNF.

En février, le site spécialisé Autonews a exhumé deux bons de commande acquittés par la FFSA au bénéfice de deux sociétés immatriculées à l'île Maurice. Le premier, daté de 2013, pour un montant de 206 250 €, le second, daté de 2014, pour un montant de 190 000 €. Nicolas Deschaux, le boss de la FFSA, ne conteste pas que ces bons de commande correspondent bien aux rémunérations annuelles versées à Jacques Régis à cette époque. En revanche, il s'insurge contre l'accusation de « missions fictives » formulée par les plaignants.

« Les interventions de M. Régis étaient centrées sur les affaires internationales, défend Deschaux. Il m'a notamment accompagné dans la stratégie de reconquête d'un Grand Prix de Formule 1 en France à l'époque où nous travaillions sur un projet en région parisienne (NDLR : projet qui n'a pas abouti). Il nous a aussi apporté ses connaissances dans la préparation de la manche française du Championnat du monde des rallyes. »

«Nettoyer la FFSA»

Pour le patron du sport auto tricolore, pas de doute : « le montant de sa rémunération correspondait aux standards habituels pour une personne comme lui, dotée d'une expertise de niveau international ». Et d'assurer : « J'ai conservé les rapports d'activité de ses missions et je les transmettrai le cas échéant ». Mais alors, si tout était clair, pourquoi avoir mis un terme à ces missions de conseil en 2016 alors que des opposants montaient déjà au créneau ? « C'était pour mettre fin à des polémiques inutiles », répond Nicolas Deschaux.

Quatre ans plus tard, l'affaire refait donc surface. Bernard Darniche, lui, se prend déjà à rêver. « Je suis le porte-drapeau d'un putsch populaire qui vise à redonner le pouvoir aux licenciés et à recruter de nouveaux pratiquants, appuie l'ancien champion de rallye. Je veux aussi nettoyer la FFSA. Au-delà de la plainte déposée au PNF, il existe bien d'autres dysfonctionnements. Il est temps que le ministère chargé des sports mette son nez dans les affaires de cette fédération. »