Solidarité : le gymnaste Samir Aït Saïd soutient les Restos du cœur qui l’ont tant aidé enfant

Entré dans la mémoire collective pour sa grave blessure aux Jeux de Rio, le sportif a bénéficié dans son enfance de l’aide de l’association créée par Coluche. D’où son engagement désormais auprès d’elle.

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 «L’association, humaine et d’une grande bienveillance, a toujours été là pour moi et ma famille», se souvient Samir Aït Saïd.
«L’association, humaine et d’une grande bienveillance, a toujours été là pour moi et ma famille», se souvient Samir Aït Saïd. DR/Manon Mainrenu-Merie

A Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne) en cette fin des années 1990, un petit garçon de 7-8 ans accompagne sa maman, baluchon à la main. D'un pas insouciant, il se dirige vers un local de la ville où il a grandi. Le petit garçon s'appelle Samir Aït Saïd. Le local en question abrite les Restos du cœur.

Entré dans la mémoire collective pour sa spectaculaire et grave blessure au Jeux olympiques de Rio en 2016, Samir Aït Saïd qui a aujourd'hui 31 ans évoque cette période de sa vie avec pudeur et retenue : « Oui, quand j'étais jeune j'ai dû manger grâce aux Restos du cœur, confie le gymnaste médaillé de bronze mondial aux anneaux en 2019. Cela va pourtant peut-être vous paraître bizarre mais, ce que je garde de ces moments aux Restos est fort agréable. Je n'étais qu'un petit garçon et pour moi, c'était normal d'y aller. Je pensais que tout le monde faisait la même chose et en avait le droit. Je voyais d'autres enfants qui faisaient comme moi. Je ne savais pas ce qu'il y avait derrière. Je ne savais pas pourquoi on était là et que les gens que je croisais étaient dans le besoin. Etre dans le besoin quand on est un petit garçon, ça n'existe pas. »

Ses parents ne lui disent pas que derrière l'association créée par Coluche se cache la précarité, des fins de mois difficiles et la faim : « Ma maman avait plusieurs petits boulots, mon papa travaillait beaucoup aussi mais c'était compliqué quand même, se rappelle le héros malheureux de Rio. Mes parents ne roulaient pas sur l'or mais je n'ai pourtant manqué de rien parce qu'ils ont été très courageux. Ils se sont battus pour leurs enfants. S'il fallait se priver, ce sont eux qui se sacrifiaient et ni moi ni ma sœur n'en savions rien. J'ai eu des parents fantastiques. »

«Dans l'imaginaire d'un petit garçon, ce sont des moments marquants»

En cette fin de siècle, le petit Samir voit donc la sortie aux Restos comme un moment sacré de la semaine : « Je me souviens y être allé à une période de Noël, raconte celui qui rêve d'une médaille dorée aux Jeux de Tokyo, l'été prochain. On nous avait offert des petits cadeaux, on avait reçu des chocolats, le Père Noël était là. On faisait le tour du local et on repartait avec notre petit panier-repas. Dans l'imaginaire d'un petit garçon, ce sont des moments marquants et je suis incapable de dire combien de temps cela a duré pour mes parents. »

C'est en grandissant que le jeune Samir s'est rendu compte de ce que représentent les Restos : « J'ai peu parlé du fait que j'ai dû y aller en étant jeune. Ce n'est pas un sujet tabou ni une honte mais en grandissant, on se rend compte de qui en bénéficie. Et aujourd'hui, je n'ose toujours pas demander à ma maman pourquoi il a fallu y aller. »

Le clip des champions qui chantent l'hymne des Restos

25 ans plus tard, dans le nom de l'association, Samir Aït Saïd aime à se souvenir surtout de la deuxième partie : « C'est vrai, pour moi ce qui compte le plus ce n'est pas Restos mais cœur, confie le champion. L'association, humaine et d'une grande bienveillance, a toujours été là pour moi et ma famille. On y rencontrait du monde, je retrouvais des enfants qui étaient avec moi à l'école. Les gens étaient gentils, simples. C'était un endroit chaleureux, presque convivial pour le petit bonhomme que j'étais. On me demandait comment j'allais. C'est le partage. »

Samir Aït Saïd chante l’hymne des restos du cœur à côté notamment de Guy Forget, Corinne Diacre ou Claude Onesta./DR
Samir Aït Saïd chante l’hymne des restos du cœur à côté notamment de Guy Forget, Corinne Diacre ou Claude Onesta./DR  
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Pour le gymnaste, fils d'une famille kabyle, désormais installé à Antibes, aider à son tour s'est imposé naturellement. « C'est peut-être dû à mon passage aux Restos mais j'aime aider, confie-t-il. Donner sans rien attendre en retour est ce qu'il y a de plus fort. Je me dis qu'il y a toujours quelqu'un dans une situation pire que la nôtre et si je peux redonner le sourire à cette personne, j'ai gagné ma journée. »

Celui qui va bientôt devenir papa est devenu un des acteurs majeurs de l'opération « Le Sport a du cœur » lancée par les « Etoiles du sport » en faveur des Restos du cœur : « Si un jour, les Restos ont besoin d'un bénévole, je serai toujours là pour eux, dit-il. C'est bien qu'avec tous les champions comme Marie-Jo Perec, Nikola Karabatic et tous les autres, on se mobilise pour cette association. Ils auront toujours besoin de nous et on sera là pour eux comme ils peuvent l'être pour ceux qui sont dans le besoin. »