XV de France : un an dans les coulisses d’une résurrection

L’ère Galthié s’est ouverte il y a un an à Nice (Alpes-Maritimes), où les Bleus sont revenus préparer leur entrée dans le Tournoi ce samedi à Rome contre l’Italie. Histoire d’une renaissance en douze mois.

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 Le capitaine Charles Ollivon (au premier plan) est l’un des jeunes qui se sont imposés sous l’impulsion du sélectionneur, Fabien Galthié.
Le capitaine Charles Ollivon (au premier plan) est l’un des jeunes qui se sont imposés sous l’impulsion du sélectionneur, Fabien Galthié. LP/Olivier Corsan

Cette première bougie agit comme une boussole. Une lumière éclairant un chemin désormais dégagé. Une musique attirante et rassurante à la fois. Un an. C'est tellement court à l'échelle d'une vie. Et pourtant, ça peut donner un sacré coup de vieux. Surtout quand le nouveau-né en profite pour se lever et courir vers un horizon que l'on croyait perdu.

Il y avait quoi avant? Un XV de France moribond avançant à tâtons, butant, chutant, s'écroulant sur des obstacles parfois même imaginaires. Et aujourd'hui? On voit déjà les Bleus champions du monde en 2023. On les sait capables en tout cas de réaliser le Grand Chelem dans ce Tournoi des Six Nations qui s'ouvre ce samedi par un voyage à Rome où les attendent les Italiens.

Soirée raclette et osmose

Une véritable résurrection. Elle commence à Nice (Alpes-Maritimes), sur la Promenade des Anglais, où les Tricolores sont revenus cette année comme s'il fallait célébrer leur naissance avant de se relancer dans le grand bain. Le 20 janvier 2020, Fabien Galthié, le tout nouveau sélectionneur, convoque sa troupe sur les bords de la grande bleue : 42 joueurs, 24 ans de moyenne d'âge, 20 néophytes. Les vieux de la vieille ne sont plus là. Charles Ollivon a été élevé au rang de capitaine. Au côté du manager Raphaël Ibanez, avec lequel il forme un duo de plus en plus serré, Fabien Galthié présente son staff, ses adjoints : Laurent Labit (trois-quarts), William Servat (avants), Shaun Edwards (défense), Karim Ghezal (touche), Thibault Giroud (préparation physique).

La page est blanche. De nouveaux mots résonnent. De la sueur coule sur la pelouse bien sûr, un peu de sang, forcément, mais pas de larmes. Des sourires plutôt. Les gamins font connaissance. Les moins jeunes oublient le passé, les heures sombres, les mines tristes. Une soirée raclette est organisée dans un chalet de la Colmiane, sur les hauteurs de Nice.

Sans interdit mais sans téléphone portable. « On a senti assez rapidement, honnêtement, qu'on était en train de créer quelque chose, raconte Charles Ollivon. On a pu tisser des liens forts. On n'avait plus l'impression de faire partie d'une sélection, on était un groupe de copains, comme si on était en club. Il y avait une certaine osmose entre tout le monde. Sans ça, je ne sais pas si on aurait réussi à faire ce qu'on a fait. C'était le début d'une histoire, il ne faut pas se le cacher. »

Les muscles souffrent, les poumons aussi

Les têtes sont légères et assimilent des schémas simples mais précis. Reste le plus dur. Les Anglais, vice-champions du monde trois mois plus tôt, viennent promener leur arrogance au Stade de France lors de l'ouverture du Tournoi, le 2 février. Ils sont emportés par une vague de fraîcheur et renvoyés outre-Manche réviser leur copie. Rattez, Ollivon, Dupont et Alldritt, le troisième ligne centre, nouveau roc de cette équipe, mènent la danse, virevoltent sur le terrain et réussissent leur coup (24-17). Le public gronde de plaisir. Enfin. « C'est là, contre les Anglais, que tout s'est joué pour eux, souligne un proche des Bleus. Ils se sont dit : Mais alors, c'est possible! Ils ont compris que tout dépendrait d'eux, qu'ils pourraient battre n'importe qui. Ils ont vu que le travail très dur à l'entraînement payait, et qu'ils pouvaient suivre ce staff les yeux fermés. »

Le 2 février 2020, Gaël Fickou et les Bleus battaient l’Angleterre lors de la première journée du Tournoi des Six Nations (24-17)./LP/Olivier Corsan
Le 2 février 2020, Gaël Fickou et les Bleus battaient l’Angleterre lors de la première journée du Tournoi des Six Nations (24-17)./LP/Olivier Corsan  

Une semaine plus tard, les Bleus confirment sans emballement contre l'Italie (35-22). Puis ils s'imposent à Cardiff devant les Gallois (27-23). Une performance. Une sorte de revanche de ce quart de finale perdu quatre mois plus tôt lors du Mondial japonais, même si beaucoup d'entre eux n'y étaient pas. « Un groupe est né », glisse Galthié. Dans les travées du Principality Stadium de Cardiff, le mot Grand Chelem n'est plus tabou.

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Certains Bleus en parlent. Mais ces derniers chutent ensuite en Ecosse (28-17), où le jeune pilier Mohamed Haouas est expulsé; 18 000 supporters tricolores les attendaient en chantant à l'entrée de Murrayfield pourtant. Un apprentissage nécessaire pour des Bleus qui peuvent encore remporter la compétition en dominant l'Irlande le week-end suivant au Stade de France. Le match se jouera sept mois et demi plus tard, le 31 octobre pour cause de pandémie. La victoire (35-27) les placera au deuxième rang derrière… l'Angleterre.

Entre temps ?

Une longue nuit hantée par un virus s' est installée. Un confinement. L'arrêt du rugby, du sport en général. L'inquiétude? L'angoisse? « Nous avons gardé le lien avec les joueurs, explique Laurent Labit, en charge des trois-quarts. Nous les avons appelés pour voir comment ils vivaient cette situation. Et au sein du staff, nous avons chacun travaillé de notre côté, puis exposé nos idées en visioconférence. Le message de Fabien Galthié a été très clair dès le début. Il nous a fixé comme objectif de nous servir de cette situation pour progresser. » « J'ai vécu cette période comme une introspection personnelle, admet le sélectionneur. Avec le staff on a continué à travailler à distance sur notre projet sans trop savoir où on allait. »

L'automne chasse l'été

Les Bleus, masque sur le nez, se retrouvent comme si de rien n'était. Comme si rien ne pouvait les dévier de leur trajectoire. Les Gallois sont balayés en match amical le 24 octobre (38-21), puis les Irlandais lors de la dernière journée du Tournoi. Suivent l'Ecosse (22-15) dominée à Edimbourg, puis l'Italie (36-5) lors de la Coupe d'automne des nations, dont la finale oppose le XV de France à l'Angleterre à Twickenham. En raison de la convention passée avec la Ligue nationale, le XV de France aligne une équipe B face aux Anglais et ne cède qu'en prolongation (22-19).

« C'est le deuxième moment crucial, avec le premier France-Angleterre, dans la construction de ce groupe, insiste un proche des joueurs. Les remplaçants sont revenus de Twickenham gonflés à bloc en se disant qu'ils avaient le niveau. Et les titulaires restés en France se sont dit qu'ils avaient intérêt à mettre les bouchées doubles pour garder leur place. C'est gagnant-gagnant pour Galthié. L'ambiance est bonne car tout est encore neuf pour eux et ils sont bien encadrés, mais en même temps, il y a déjà une grande concurrence. » Qui s'exprime aujourd'hui sous le soleil de Nice, en attendant l'entrée dans l'arène, ce samedi. « L'histoire a démarré là », souffle le pilier Cyril Baille. Il y a un an. Une éternité.